La médecine vous hypnotise de plus en plus

La médecine vous hypnotise de plus en plus
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L'hypnose "spectacle" est très à la mode ces derniers temps. On en a beaucoup parlé avec la tournée du fameux Messmer. Loin de cette pratique sensationnelle, l'hypnose est aussi de plus en plus utilisée dans le domaine médical. Surtout chez nous, puisque la Belgique francophone est pionnière en la matière.

L'hypnose est en fait une ressource que chacun a en soi. On l'utilisait d'ailleurs déjà dans le domaine médical avant 1850, mais avec l'apparition de l'anesthésie générale on l'a petit à petit abandonnée. Elle est pourtant toujours là, à disposition, et on y recourt parfois spontanément.

Le professeur Marie-Elisabeth Faymonville, du CHU de Liège, véritable pionnière dans le domaine de l'hypnose donne un exemple : "C'est une patiente qui était arrivée aux urgences parce qu'elle avait été mordue par un lion. En fait, une passerelle avait cédé et elle était donc tombée devant un lion qui avait attaqué sa cuisse. Mais elle m'a raconté qu'elle n'avait rien senti, qu'elle n'avait eu aucune crainte, ni aucune douleur. Elle s'était vue de l'extérieur, avec le lion. Au fond, elle s'était dissociée." Elle est donc passée d'elle-même dans un autre état de conscience.

De nombreux champs d'application

L'usage le plus connu de l'hypnose dans le domaine médical, consiste à faire glisser les patients dans cet autre état de conscience lors d'une opération, en lieu et place d'une anesthésie générale.

On pratique tout de même toujours une anesthésie locale en complément. Et cela se fait pour des opérations plus ou moins superficielles, pas pour de la chirurgie cardiaque par exemple.

Par ailleurs, si un patient, une fois sur la table d'opération, n'est tout d'un coup plus convaincu de pouvoir se laisser aller à l'hypnose, il peut toujours demander de bénéficier d'une anesthésie générale. Sur 9000 patients, qui ont déjà été opérés sous hypnose au CHU de Liège, seuls 18 ont dû passer en anesthésie générale.

Le professeur Faymonville utilise aussi l'hypnose pour aider ses patients qui souffrent de douleur chronique, comme la fibromyalgie : "En douleur chronique, ce qui est important c'est que le patient apprend à utiliser lui-même, à la maison, ses propres ressources pour calmer sa douleur. Tout se passe comme si l'hypnose adoucissait l'information qui arrive au niveau du cerveau. "

Une autre réalité, en soins palliatifs

En soins palliatifs, le professeur Faymonville permet à ses patients en fin de vie, bloqués au lit, de se rendre dans un autre lieu, par la pensée : "En leur apprenant l'autohypnose on leur permet de retourner visiter leur maison, leur jardin, ou partir en vacances dans l'endroit qu'ils rêvent de revisiter."

Et c'est beaucoup plus fort que ce qu'on peut ressentir en se laissant simplement aller à la rêverie. Marie-Thérèse Lebrun a subi une opération sous hypnose. Le principe est le même : elle a dû s'évader tout en restant sur la table d'opération. Elle a choisi un endroit qu'elle connaissait, en bord de mer : "J'ai profité des petits courants d'air, du soleil sur la peau, de la belle vue, je ressentais tout ça."

On peut aussi retrouver, pourquoi pas, l'odeur de la mer, ou du lilas de son jardin. C'est comme si on y était. Et cela se voit au niveau du cerveau, précise le Professeur Faymonville : les zones liées à la vision, à la motricité ou aux émotions sont activées. "L'individu a les yeux fermés mais son cerveau travaille comme si réellement il voyait, comme si réellement il bougeait, comme si réellement il sentait, etc."  Ce genre de voyage permet ainsi aux patients en soins palliatifs d'améliorer leur quotidien.

L'hypnose peut aussi aider les femmes lors de leur accouchement, ou les patients atteints d'un cancer, pour limiter leurs nausées ou leur fatigue après une chimiothérapie ou une radiothérapie.

Et pour arrêter la cigarette, c'est efficace ?

On entend souvent que l'hypnose peut permettre d'arrêter la cigarette ou qu'elle peut aider les personnes qui souffrent de boulimie, par exemple. D'après le Professeur Faymonville, il y a effectivement des personnes qui disent que ça les a aidées, mais il n'y a pas encore d'étude scientifique suffisamment sérieuse qui le prouve. Elle met en garde, aussi : la pratique de l'hypnose n'est pas encore assez cadrée, il ne faut donc pas aller chez n'importe qui.

Une approche plus participative

On le voit donc, il y a plein d'applications possibles pour l'hypnose. Mais il y a encore une certaine réticence dans le milieu médical, parce que cela demande aux médecins de changer leurs habitudes, de passer d'une médecine paternaliste à une médecine plus participative, où le patient est acteur. Il y a pourtant de nombreux avantages à continuer à développer cette approche, et notamment des avantages économiques, avec des patients qui par exemple reprennent plus vite le travail après une opération.

Daphné Van Ossel

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