La médecine générale est-elle en pleine mutation?

La médecine générale est-elle en pleine mutation?
La médecine générale est-elle en pleine mutation? - © JOE RAEDLE - BELGAIMAGE

Les médecins généralistes francophones sont de plus en plus séduits par le fonctionnement des maisons médicales. Selon le Journal du médecin, leur nombre d'adhérents a augmenté de 25% entre 2008 et 2011. Un succès qui s'explique notamment par l'envie de ces praticiens "d'avoir une vie comme les autres", explique le docteur Michel Roland un des fondateurs d'une des premières maisons médicales en Belgique. Une réalité à laquelle vont devoir s'adapter les patients.

Travailler seize heures par jour avec une garde un jour sur deux, répondre au téléphone presque 24h sur 24 même le weekend, c'est la réalité d'un médecin généraliste, ou du moins cela l'a été pendant des dizaines d'années. Et si certains continuent à donner ainsi de leur personne, de plus en plus, surtout chez les jeunes, n'en veulent plus.

"A ce rythme, c'est toute la vie de famille qui se dissolve dans le boulot" avec au bout du compte "divorce" et "infarctus". C'est en tout cas l'avis du docteur Michel Roland, aujourd'hui à la retraite et président de Médecins du Monde Belgique. Pour lui, "le médecin a droit à une vie comme les autres".

Cet homme, qui a travaillé pendant 40 ans en maison médicale, a toujours pensé que ce style de médecine était l'avenir : "J'en ai toujours été persuadé et il semble que l'évolution valide l'hypothèse. La médecine du siècle passé est en train de s'éteindre, le monde libéral est en train de s'éteindre".

Qui ? Pourquoi ?

Selon le Journal du médecin, "les professionnels exerçant dans ce cadre sont généralement jeunes. Voire très jeunes. Dans la partie francophone du Royaume, l’âge moyen de ces praticiens est de 42,9 ans. 51% de ces médecins généralistes n’avaient, en 2011, pas encore atteint la barre des 40 ans. En Belgique pourtant, seul un généraliste sur cinq n’a pas encore franchi ce cap. En maison médicale, les praticiens plus âgés et plus expérimentés sont donc – en toute logique – peu nombreux : 28% des médecins généralistes qui y travaillent ont plus d’un demi-siècle, contre plus de la moitié des généralistes au niveau belge".

Il précise aussi que "la majeure partie des généralistes exerçant en maison médicale sont des femmes (59,8% à Bruxelles, 57,7% en Wallonie). Les jeunes générations sont fortement touchées par cette féminisation : ces dames et demoiselles représentent 65% des 35-39 ans, 75% des 30-34 ans et jusqu’à 77% parmi les moins de 30 ans. La tendance s’inverse nettement au-delà de 45 ans : les hommes sont ainsi largement majoritaires chez les 60-64 ans (76%)".

S'il y a plus de femmes, estime le docteur Michel Roland, c'est parce qu'il y a aujourd'hui beaucoup plus de femmes que d'hommes qui font des études de médecine. Pour le reste, il affirme que "les jeunes ne veulent plus travailler seuls". Et le travail en groupe a comme avantages : "la qualité des soins", "les conditions de travail" et "l'ambiance de travail".

Une concurrence déloyale ?

Depuis la création de la première maison médicale en 1972, les réticences ont pourtant été nombreuses. De la part de l'Ordre des médecins et de l'ABSyM, l'association Belge des Syndicats Médicaux.

Le docteur Michel Roland parle même de nombreux "conflits ouverts". On leur a reproché une concurrence déloyale car ils s'installaient dans des quartiers défavorisés et laissaient tomber le ticket modérateur.

L'Ordre des médecins avait aussi un problème avec le côté multidisciplinaire de ces centres. Médecins, infirmières et kiné s'y côtoient, il n'y a pas de hiérarchie. "Pour l'Ordre, le médecin devait rester chef", explique-t-il.

En d'autres termes, "notre mode de pratique et d'organisation est incompatible avec les prescrits de l'Ordre des médecins. Mais ces prescrits datent du siècle passé"

Au final, "cela est passé de fait, car ce style de médecine s'est imposée au fil du temps"

Un système forfaitaire

C'est en tout cas tout bénéfice pour les patients et l'Inami, l'Institut national d'assurance maladie-invalidité.

Tout personne en ordre de mutuelle peut s'inscrire dans une maison médicale. C'est financé par les mutuelles (qui paient tous les mois une somme fixe par patient), les patients ne paient plus rien du tout. En contrepartie, ces derniers ont l'obligation de venir consulter dans le centre qu'ils ont choisi pour tous les soins de médecine générale, kiné et infirmier. Il n'y a donc plus de lien exclusif entre un patient et praticien puisque c'est la personne de service qui le prend en charge.

Aujourd'hui il y a plus de 95 maisons médicales en Communauté wallonie-Bruxelles. "Deux autres fédérations regroupent également des maisons médicales et poursuivent des missions similaires dans le cadre de soins de santé primaires de qualité en Belgique : la VWGC regroupe les maisons médicales néerlandophones en Flandre et à Bruxelles ; la Fédération Médecine pour le peuple qui regroupe les maisons médicales associées au PTB", peut-on lire sur le site de la Fédération des maisons médicales.

Concernant les maisons médicales mises en place par le PTB, "le projet est positif, il répond à la même optique de prise en charge de la population, mais avec une vision extrêmement politique et la volonté d'une transformation radicale de la société", explique le docteur à la retraite. Mais tout cela ne le gêne pas, car "c'est clair que ce sont des maisons médicales PTB et ils se présentent en tant que tel".

Pour lui, le système va continuer à se développer et à se décliner de "diverses façons". "Il va s'adapter à la réalité".

 

C. Biourge

 

 

 

 

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