La Masse critique? "Nous, vélos, sommes aussi le trafic!"

Ils sont là, fidèles au poste chaque dernier vendredi du mois. Ils, c'est la "masse critique", un mouvement social qui réclame plus de visibilité pour les cyclistes en ville. Le principe est simple : un parcours à vélo à un train de sénateur dans un centre urbain en occupant bien la largeur de la chaussée, histoire de rappeler aux autres véhicules que les cyclistes ne sont pas un détail de la ville. 

"On rencontre d'autres cyclistes ainsi et c'est bien, on se rend compte que l'on n'est pas seul à circuler en ville à vélo", explique tout sourire Cindy, une participante bruxelloise. Ce rendez-vous mensuel devient également un appel au monde politique: "Je pense que les politiques se rendent compte qu'il faut faire quelque chose. Les choses évoluent lentement, sans doute pas assez rapidement à notre goût mais Rome n'a pas été construite en un jour et je pense que d'ici quelques années, il y aura plus d'aménagements cyclables", poursuit-elle philosophe. 

Le tout se déroule dans une ambiance bonne enfant avec notamment la participation de "Jacqueline", un "vélo musical".

Un mouvement urbain mondial

Serait-ce là une lubie de bobos bruxellois? Loin de là. Le phénomène est né à San Francisco à 1992. La Masse critique a ensuite envahi les centres urbains américains puis mondiaux au fur et à mesure des années. Pionnière en Belgique, Bruxelles accueille cette parade revendicatrice depuis maintenant 20 ans. "Il y a 10, 15 ans, si on était 60, c'était une victoire", explique Réginald de Potesta de Waleffe, un "vétéran" du mouvement,"aujourd'hui, nous sommes 500 même en hiver!" Les réseaux sociaux ne seraient pas étrangers à l'enthousiasme grandissant qui entoure l'événement depuis quelques années. 

Présente depuis des années à Sao Paulo (Brésil), à Dhaka (Bangladesh), à New York, Berlin, Londres, Lille, Liège ou encore Anvers, les revendications de la Masse critique sont toujours d'actualité malgré de fortes mobilisations. Preuve sans doute que les usagers faibles de la route sont encore considérés comme peu importants dans l'agenda politique.

Un partage de la route pas du goût de tous

Ces "cyclactivistes" poussent tranquillement sur leurs pédales, occupent le pavé et tournicotent lentement autour des ronds-points et places publiques, de quoi provoquer de temps à autre l'énervement d'automobilistes pressés de regagner leurs pénates ou de se changer les idées le vendredi soir. "On emmerde un peu les gens effectivement, tout le monde n'est pas content mais il faut aussi parfois pousser pour avoir de la place", justifie un étudiant. "La plupart des conflits avec les automobilistes sont liés à des problèmes d'infrastructures", enchaîne un autre cycliste.

Interrogés sur cette proximité parfois problématique, plusieurs participants dégainent une petite phrase : "les automobilistes doivent comprendre qu'ils ne sont pas coincés dans un embouteillage, ils sont l'embouteillage!

L'histoire de la Masse critique est également jonchée d'incidents. Comme à Porto Alegre, au Brésil, le 25 février 2011. Un automobiliste appuie sur l'accélérateur et fonce à travers le peloton. Quinze personnes terminèrent à l'hôpital ce jour-là. 

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