La lutte contre les mutilations génitales passe par une meilleure prévention

Manifestation contre l’excision au Sénégal
Manifestation contre l’excision au Sénégal - © GEORGES GOBET - BELGAIMAGE

Les mutilations génitales étaient au cœur des débats en commission santé-égalité des chances de la Fédération Wallonie Bruxelles ce lundi après-midi. Les députés ont auditionné un témoin et deux asbl qui ont fait des recommandations. Plus de 2000 petites filles seraient à risque, en Belgique.

Teliwel Diallo a 27 ans. Elle tenait à témoigner devant les députés pour parler des deux excisions qu'elle a subies en Guinée, quand elle avait 8 et 15 ans. " Pour qu’on sache tout ce qu’on endure, tout ce qu’il y a derrière l’excision, le manque d’estime de soi qu’on a après, la souffrance psychologique et physique. "

Les termes sont crus, ils mettent mal à l’aise, mais sont le seul vecteur de cette souffrance terrible que ces femmes ont vécu dans leur chair. " Quand j’avais 8 ans, on m’a d’abord enlevé le clitoris. Lors de la seconde excision, quand j’avais 15 ans, en enlevant le reste du clitoris, ils en ont profité pour couper les petites lèvres."

Ces mutilations ont été perpétrées sans anesthésie, dans des conditions d’hygiène douteuses. Certaines femmes souffrent ensuite de telles infections qu’elles en décèdent. Pour d’autres, l’excision aboutit à la stérilité. Toutes voient leur vie sexuelle gâchée à jamais. Aujourd’hui encore, Teliwel subit les conséquences de ce rite qu’elle a subi enfant. "Tout est douloureux. Il y a des conséquences psychologiques. C’est fait par tes propres parents, alors qu’ils sont sensé te protéger. Physiquement, les rapports sexuels sont très douloureux. "

Un acte irréversible

"On ne te dit jamais que ça fait très mal. On te dit que c’est pour qu’un jour tu puisses te marier. C’est un rite de passage de la jeune fille à la femme initiée. C’est un acte irréversible."

Le seul moyen de lutter contre toutes les conséquences de ces excisions est donc de tenter d’éviter qu’elles ne se produisent. Il faut donc sensibiliser les parents à ces traditions qu’ils importent de leur pays d’origine. Les chiffres de 2008 évoquaient 2000 petites filles à risque. Leur nombre serait depuis lors en augmentation.

Détecter les enfants à risque

Les asbl Intact et Gams ont travaillé pendant plus d’un an à mettre en place des stratégies de prévention pour éviter les mutilations génitales. Elles recommandent notamment une meilleure formation des professionnels de la santé, d’une part à la détection de ce public à risque, d’autre part à la communication avec les parents sur un sujet très tabou.

Elles recommandent le développement et la mise à disposition de d’avantage d’outils de prévention, qui pourraient soutenir les professionnels et les familles.

Elles dénoncent aussi un manque de collaboration des différents services de prise en charge et de prévention de la maltraitance des enfants.

Décloisonner les services

" L’un des obstacles que nous avons constatés est une gestion trop cloisonnée des interventions entre professions, explique Thérèse Thonon de l’asbl Intact. Et je pense que c’est une question qui dépasse largement la question des mutilations génitales féminines et qui concerne tous les types de maltraitance. En Belgique la prévention à la santé est confiée en partie à l’ONE, en partie à la médecine scolaire et il y a très peu d’échanges entre les institutions et parfois même au cœur des institutions. Quand une famille doit changer de service, l’information ne transite pas entre les professionnels, ce qui risque de causer un préjudice pour les enfants qui risquent de subir ce type de maltraitance. "

Pour Thérèse Thonon, il faudrait prendre exemple sur les Pays-Bas et avoir, à terme, un dossier unique qui suivrait l’enfant de la naissance jusqu’à l’âge adulte.

Marie Thonon, conseillère au cabinet de la ministre de l'aide à la jeunesse Evelyne Huytebroeck, reconnaît l'existence de ce cloisonnement des services mais souligne que depuis juillet 2013, la collaboration est devenue obligatoire. " En juillet 2013, on a signé un protocole au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui crée une plate-forme de prévention intersectorielle qui visera à lutter contre la maltraitance. Un plan d’action triennal commun va être élaboré par l’ensemble des secteurs. Le sport la culture, l’aide à la jeunesse et l’ONE doivent collaborer ensemble à lutter contre la maltraitance. "

Vers un mécanisme de protection

La ministre de l’égalité des chances Fadila Laanan a tenu, lors des débats en commission santé- égalité des chances, à rappeler que d’ici quelques jours, à la veille de la journée internationale de lutte contre les mutilations génitales, des chiffres seront publiés sur le nombre de victimes et de victimes potentielles de ces mutilations en Belgique. La dernière enquête date de 2008. " Cela nous permettra de disposer d’indicateurs précis sur des publics concernés en Belgique. Je pense que nous disposerons alors de tous les outils permettant de construire un mécanisme de protection cohérent et efficace envers ce fléau. "

O. Leherte

 

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