La lumière naturelle, un enjeu pour l’architecture et la santé

La Belgique n’est pas mondialement connue pour son ensoleillement, c’est un fait. Pourtant, l’architecture belge a toujours donné beaucoup d’importance à la lumière naturelle, dès l’Art nouveau de la fin du XIXe siècle. Il n’y a qu’à se promener à Bruxelles pour s’en rendre compte : bow-windows, vitraux et balcons fleurissent. Pour les architectes de l’époque, comme Victor Horta ou Paul Hankar, il était essentiel d’inonder les appartements de soleil, même les jours de pluie. « C’était un défi de prendre les lumières et de jouer avec les couleurs des vitraux », explique Michèle Dessicy, la directrice de la Maison Cauchie, à Etterbeek. Cette maison de trois étages, construite en 1903, était à la fois la résidence et l’atelier du peintre Paul Cauchie, auteur de nombreux sgraffites à Bruxelles, et sa femme Léona. « Au deuxième étage, le couple donnait ses cours de peinture, précise Michèle Dessicy. Dans cet appartement, il y a un puits de lumière avec l’éclairage venu du plafond vitré, qui donne une lumière très intéressante. »

Pendant des siècles, les fenêtres étaient essentielles, puisqu’elles étaient la seule source de lumière durable et économique. Mais avec la démocratisation de l’électricité, l’architecture moderne a réduit l’apport en lumière naturelle, notamment pour une question énergétique : les fenêtres représentent occasionnent souvent une forte déperdition d’énergie (entre 10 et 15% de pertes thermiques notamment, juste derrière la toiture). En 2013, 39% des habitations bruxelloises avaient un score très négatif (note G) sur leur certificat PEB (Performance Énergétique des Bâtiments), selon CertiBru. Pour les bâtiments construits avant 1945, ce chiffre grimpait même à près de 49% !

Respecter son rythme biologique

Dans certains logements, les ouvertures sur l’extérieur ont même quasiment disparu. C’est le cas de l’appartement de Soizic, qui habite depuis 3 ans dans un studio… sans fenêtres. Seul un velux au plafond apporte un peu de lumière à l’appartement. L’étudiante en médecine raconte que cette absence de fenêtre affecte sa santé physique et psychologique. « Il y a de la fatigue oculaire, c’est un peu déprimant, explique Soizic. On a vraiment l’impression d’être dans un espace clos, dont on ne peut pas sortir. Pour travailler, ce n’est pas agréable, il y a des difficultés de concentration, pas mal de fatigue sur une journée d’étudiant. »

Car l’absence de lumière dans un appartement est un véritable problème de santé. Une bonne exposition à la lumière du jour permet entre autres de respecter notre cycle biologique de 24 heures, rappelle Magali Bodart, chercheuse en éclairage naturel à l’UCL : « Sans la lumière naturelle, notre rythme peut être complètement perturbé. » Un rythme aussi appelé circadien, qui permet notamment de gérer le sommeil, la faim ou l’humeur. Alors que l’homme passe de plus en plus de temps à l’intérieur (environ 90% de son temps), il a d’autant plus besoin de recevoir une bonne exposition lumineuse, pas seulement chez lui, mais aussi au bureau. Selon une étude californienne, il est prouvé que la lumière naturelle booste la productivité en contribuant à un meilleur niveau de concentration et de mémoire à court terme. « Après son installation dans un nouveau bâtiment très lumineux, l’entreprise américaine Lockheed Martin a vu la productivité de ses 2700 employés croître de 15% par an, et leur absentéisme chuter », note Coralie Cauwerts, chercheuse en architecture et développement durable à l’UCL, dans le magazine du FNRS.

Laisser rentrer la lumière, c’est donc ce que veulent faire de nombreux architectes, qui rivalisent d’idées pour permettre aux habitants (et aux employés) de bénéficier d’un bon éclairage : pas de logements au rez-de-chaussée sans vue, des duplex inversés pour que les séjours baignent dans la lumière, ainsi que des appartements à grandes fenêtres. Quitte à créer des déperditions d’énergie ? Pour Pierre Blondel, architecte, la question ne se pose plus : « Les châssis que l’on met aujourd’hui ont des fenêtres extrêmement isolantes, affirme-t-il. Il y a moins de déperdition dans une baie de fenêtre aujourd’hui que celle qu’il y avait dans un mur dans les anciens bâtiments ! »

Reste qu’à moins d’emménager dans du neuf, il est parfois difficile de rendre son logement plus lumineux, lorsqu’on n’a pas la possibilité (ou les moyens) de faire poser des fenêtres. Dans ce cas, la lumière doit venir de l’agencement de l’intérieur de l’appartement. « On peut utiliser des couleurs claires, qui vont refléter la lumière dans l’espace, ou des revêtements un peu plus brillants », explique Christophe Ternest, architecte en intérieur. Des réflecteurs de lumière sur les fenêtres peuvent par exemple apporter plus d’éclairage aux lieux de vie. Pensez également à apporter des touches de couleur vive sur des murs blancs, et à utiliser au maximum des ampoules de couleur blanche (entre 4000 et 5000°K) plutôt que des ampoules de couleur jaune (2500 à 4000°K), qui appuient le manque de lumière naturelle.

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