Le nombre de cancers de la peau en Belgique ne cesse d'augmenter très fortement

Le nombre de cancers de la peau détectés augmente de manière impressionnante, s’inquiète mardi la Fondation contre le cancer, qui demande un plan d’action national.

Il s’agit du cancer le plus courant en Belgique. Anne Bocquiau, Directrice médicale de la Fondation contre le cancer explique : " Il faut savoir que les seuls cancers de la peau qui sont enregistrés dans le registre du cancer sont des mélanomes. Ils ne représentent que 8% de l’ensemble des cancers de la peau parce qu’ils sont les plus dangereux. Mais quand on veut avoir une vue globale chez nous, c’est le cancer le fréquent, en 2018, on a recensé 44.000 nouveaux cas de cancers de la peau dont 3500 mélanomes. Ce qui nous inquiète, c’est que ces chiffres augmentent d’années en années. A ce rythme, ils pourraient doubler à l’horizon 2030 "

A l’origine de ce raz de marée ? Mode de vie, climat et couche d’ozone

Les experts s’attendaient à une augmentation significative en raison du vieillissement de la population, mais la hausse est beaucoup plus importante que prévu. " Nous nous exposons au soleil de plus en plus depuis les années 60. Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec ces enfants qui ont été davantage exposés à une époque où il n’y avait pas de conseils de prévention contre la nocivité de ces rayons. Je fais partie de cette génération-là, je sais de quoi je parle " : nous avoue Véronique Del Marmol, Dermatologue à l’hôpital Erasme et grande spécialiste du mélanome.

Et d’ajouter que " la population vieillit, c’est une incidence qui augmente avec l’âge, les deux raisons cumulées expliquent cette explosion des cas. "

Anne Bocquiau va plus loin : " Il y a, depuis cette époque, la volonté d’être bronzé pour avoir l’air d’être en bonne santé, c’est un critère de beauté aussi et cela incite à nous exposer avec les dégâts que l’on connaît. Il y a aussi une variation de la puissance des UV à cause des changements climatiques, notre couche d’Ozone s’est amincie, avec plus d’UV qui atteignent le sol et donc notre peau. "


►►► La crise du coronavirus impacte la détection précoce des cancers de la peau


Bancs solaires

La Belgique reste en outre l’un des leaders en termes d’utilisation des bancs solaires par rapport aux autres pays. La Fondation contre le cancer plaide pour interdire leur usage commercial. La directrice médicale est claire : " Ces équipements délivrent des UV artificiels à des doses très importantes sur la peau. Les bancs solaires sont reconnus par le centre international de recherche contre le cancer comme un agent cancérogène avéré. C’est la classe d’ultraviolets, où il n’y a pas de doute scientifique entre l’exposition et le fait que cela puisse provoquer le cancer. "

Cette hausse accélérée met les soins de santé sous pression. "Les temps d’attente pour les rendez-vous chez les dermatologues sont de plus en plus longs et ont pour conséquence que certains patients reçoivent un diagnostic trop tard", déplore la fondation, qui appelle à un système qui détecterait les patients à haut risque en premier.

Il faut un plan d’action national ambitieux

Afin d’éviter une augmentation de la facture des soins de santé, la Fondation contre le cancer appelle les autorités à mettre en œuvre "un plan d’action national ambitieux comprenant la prévention, la détection et le traitement".

Interdiction des bancs solaire à usage commercial, dépistage ciblé chez les personnes les plus à risques, plus d’efficacité et de coordination dans la prise en charge des patients par les différents personnels de santé afin d’éviter les " sur-traitements ", financement de la recherche (de nouvelles thérapies arrivent et peuvent changer le pronostic de certains mélanomes).

" Cela doit demander une mobilisation générale et là on peut modifier le bilan catastrophique d’aujourd’hui" : prévient Anne Bocquiau. " D’autres pays ont lancé une stratégie nationale avant nous avec succès, comme l’Australie. Ce pays est très touché par ces cancers car les gens ont la peau claire et l’exposition est assez intense aux UV. Là-bas, le déclin de cas chez les plus jeunes a commencé. Le nombre d’utilisateurs de bancs solaires a rapidement diminué au Danemark. Quant aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, ils ont aussi vu un changement significatif des comportements de protection. Le défi c’est de réussir ce plan d’action national en étant confronté à un paysage politique particulièrement morcelé avec le risque que chacun se renvoie la balle. Et que l’on ne perde de l’efficacité. "

En attendant, changeons nos comportements

Véronique Del Marmol rappelle quelques principes simples pour éviter ces cancers : " Protégez les enfants surtout pendant les heures chaudes lors des vacances où l’exposition au soleil est chronique, éduquez-les à se protéger. Idem pour les adultes. Même message à tous ceux qui travaillent ou font du sport à l’extérieur régulièrement. Il faut se protéger même si on n’a pas toujours conscience d’être très exposé. L’autre prévention, c’est d’inspecter visuellement notre corps régulièrement. Si de petites lésions, points de beauté ou taches apparaissent et qu’ils grandissent ou évoluent, c’est un signal d’alerte. Montrez-les à un dermatologue qui pourra confirmer ou non si c’est un cancer. Pas de panique, dans la plupart des cas il pourra enlever la lésion.

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