"La Guerre des Montres": quand l'industrie horlogère se battait pour fournir Apollo

Omega Speedmaster et Bulova Accutron Astronaut
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Omega Speedmaster et Bulova Accutron Astronaut - © Tous droits réservés

Quelle montre équipera les astronautes du programme Apollo ? En ce début des années soixante, l’enjeu est de taille pour l’industrie horlogère. Le marché du siècle, en quelque sorte. Après une sélection très sévère, deux montres sont retenues pour la finale : la Speedmaster suisse et sa concurrente américaine, la Bulova Accutron Astronaut.

Dans cette guerre des montres, Bulova part avec un avantage certain, puisque le général Omar Bradley (cinq étoiles) est le président du conseil d’administration de Bulova. Et ce héros de la Bataille des Ardennes et de la Guerre de Corée est prêt à tout pour imposer sa marque dans la course à la Lune.

Le petit Suisse et le géant américain

Bradley est persuadé de faire triompher sa marque dont les montres sont, de fait, les plus précises du monde. Mais c’est sans compter les tests "massacrants" que la Nasa fait subir en 1964 à toute une série d’horloges candidates : pressions et températures extrêmes, vibrations, chocs, humidité… Et de toutes les montres "torturées", la seule à ne pas s’être arrêtée fut l’Omega Speedmaster cal 321 (mouvement Lemania conçu en 1948).

C’est l’humiliation pour Bradley et Bulova dont le mouvement à diapason Accutron révolutionne pourtant le monde de l’horlogerie. Il vibre à la fréquence de 360 Hz, ce qui ressemble au très caractéristique "bzzz" d’un moustique, alors que le balancier de l’Omega génère un antique "tic-tac" au rythme de 8 oscillations par seconde (à écouter ci-dessous).

Bradley se lance alors dans un lobbying incroyable. Il en appelle au Sénat pour que le "Buy American Act", imposant à tout achat gouvernemental d’être américain à 60% minimum, soit appliqué au marché des montres des astronautes.

La parade d’Omega est immédiate. Les boîtiers et les lunettes Speedmaster de la série Nasa seront fabriqués aux Etats-Unis. Les mouvements étant assemblés en Suisse. Le Buy American Act sera bien respecté.

Victoire helvète

Les équipages du programme Apollo seront donc dotés des chronographes Omega. Neil Armstrong sera le premier homme à marcher sur la Lune, mais pas le premier à porter une montre sur la Lune. Il avait laissé son Oméga à bord du module lunaire, car l’horloge électronique embarquée était défectueuse (une Bulova…).

C’est donc Buzz Aldrin qui foule le sol de notre satellite naturel en portant fièrement au poignet l’Omega Speedmaster. Tellement fièrement qu’il ne la rendra jamais à la Nasa ! Il inventera avoir été victime d’un vol. On le soupçonne en fait de l’avoir planquée quelque part. Elle porte le numéro de série Nasa "43". En vente publique, cet objet devrait dépasser les 10 millions de dollars. C’est l’estimation basse que l’on peut avancer sur base de l’enchère de 1,2 million de dollars atteinte récemment par la Bulova personnelle portée semi-clandestinement (contre rétribution par Bulova) par Dave Scott lors de la mission Apollo 15.

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