"La grosse voiture crée-t-elle le chauffard, ou le chauffard préfère-t-il les grosses voitures?": une étude scientifique nuance

Est-on par nature un enfoiré au volant d'une grosse bagnole, ou le devient-on ?
Est-on par nature un enfoiré au volant d'une grosse bagnole, ou le devient-on ? - © RapidEye - Getty Images

"J’ai remarqué que les personnes les plus susceptibles de brûler des feux rouges, de céder le passage aux piétons et qui conduisent généralement de manière imprudente et rapide étaient souvent celles au volant des voitures allemandes rapides." Cette observation, pas mal de monde l’a déjà faite, y compris ce professeur de psychologie sociale de l’Université d’Helsinki, Jan-Erik Lönnqvist.

Des recherches menées sur le phénomène ont déjà conclu que les conducteurs de grosses voitures sont plus susceptibles d’enfreindre le Code de la route. Pour rester en Finlande, des chiffres de 2017 montrent que les conducteurs de BMW, Audi et Mercedes-Benz sont ceux qui ont le plus d’amendes pour vitesse excessive. Une étude en Californie a observé que les conducteurs de BWM étaient particulièrement agressifs au volant (dans l’État où les conducteurs sont les plus rageux des États-Unis, on n’imagine même pas), tandis que des chercheurs américains ont conclu que les individus de classes sociales supérieures se comportaient de manière moins éthique que ceux des classes sociales basses.

Lien entre marque de voiture et traits de personnalité

Jan-Erik Lönnqvist a décidé d’aller plus loin dans l’étude de ce phénomène, et s’est posé la question : est-ce la voiture qui fait que le conducteur devient agressif et stupide, ou les enfoirés de la route sont-ils particulièrement attirés par les grosses voitures, type Audi, BMW, Mercedes ? Et de se détourner des revenus des conducteurs, ou de leur tendance à enfreindre le Code de la route : l’étude s’est plutôt penchée sur la personnalité globale des conducteurs (donc pas seulement au volant).

Un échantillon représentatif de la population finlandaise a donc dû répondre à un formulaire portant sur leur voiture, leurs habitudes de consommation, et surtout, leurs traits de personnalité. Des personnalités décrites grâce au fameux modèle des Big Five, largement utilisé afin de définir la personnalité selon cinq facteurs : ouverture à l’expérience, conscience, extraversion, agréabilité et névrosisme.

L’égocentrique et le consciencieux

Et l’analyse des résultats est assez claire : " les hommes égocentriques qui sont argumentatifs, têtus, désagréables et insatisfaits sont beaucoup plus susceptibles de posséder une voiture de haut standing comme une Audi, une BMW ou une Mercedes. " détaille le communiqué de l’Université d’Helsinki.

"Ces traits de personnalité expliquent le désir de posséder des produits de haut niveau, et ces mêmes traits expliquent aussi pourquoi ces personnes enfreignent le Code de la route plus fréquemment que les autres" commente l’auteur de l’étude.

Mais ce type de personnalité n’est pas le seul à favoriser ces voitures à "haut-statut ". Les personnes plutôt consciencieuses, fiables, ambitieuses et bien organisées aussi. " Cela s’explique sans doute par l’importance qu’ils attachent à une qualité élevée. Toutes les marques de voiture ont une image spécifique, et en conduisant une voiture fiable, ils envoient le message qu’ils sont eux-mêmes fiables" analyse le professeur Lönnqvist.

Lien entre égocentrisme et grosse bagnole, oui, mais pas chez les femmes

Autre donnée intéressante, alors que le lien entre personnalité consciencieuse et "grosse" voiture se retrouve chez les hommes et les femmes, par contre, celui avec personnalité égocentrique ne se retrouve que chez les hommes. Le chercheur finlandais n’a pas d’explication précise, mais une piste serait que la voiture n’a socialement pas la même signification pour les deux sexes, en termes de représentation du statut social.

Jan-Erik Lönnqvist espère en tout cas que le lien entre traits de personnalité et consommation de biens de luxe sera plus étudié dans l’avenir. "Ce serait formidable si les consommateurs avaient d’autres moyens durables de montrer leur statut plutôt que la consommation superficielle de produits de luxe qui a souvent des conséquences négatives. Nous constatons déjà que la conduite d’une voiture électrique est en train de devenir un symbole de statut, alors que les SUV, avec leurs émissions élevées, ne sont plus considérés comme des véhicules cool".


Pour consulter l’étude en question : “Not only assholes drive Mercedes. Besides disagreeable men, also conscientious people drive high-status cars”.


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