Un "complot" de l'exécutif et du législatif contre le monde judiciaire?

Pierre Chomé, avocat et assistant à l'ULB
Pierre Chomé, avocat et assistant à l'ULB - © ERIC VIDAL - BELGA

Après deux semaines de grève dans les prisons, la colère monte dans la magistrature. Une colère qui pourrait déboucher sur des actions de la part des juges et avocats. Leur colère ne vise pas les gardiens, mais le gouvernement, accusé de vouloir délibérément "asservir" le monde judiciaire.

Invités ce mercredi dans l’émission Face à l’Info sur la Première, Paul Dhaeyer, juge d’instruction au tribunal de première instance du Hainaut et l’avocat Pierre Chomé ont eu des mots très durs à l’égard du gouvernement. Sans donner de précisions, Paul Dhaeyer annonce des actions inédites : "Aujourd’hui la justice est famélique, dans une situation catastrophique. Les prisons, vous le savez, c’est le budget de la justice. La justice, c’est, avec les finances, le pilier de l’État. Et cet État va mal, très mal. Les magistrats sont en colère. Il y a aujourd’hui au sein de la magistrature, une réflexion à tous les niveaux. Que ce soit au niveau de la hiérarchie ou au niveau de la base sur ce qu’il faut faire. Je rappelle que le 20 mars nous avons poussé un cri d’alarme, un appel à la nation pour dire 'stop, ça ne va plus, un des trois pouvoirs de l’État meurt'. On ne s’est pas adressé au gouvernement parce qu’on se rend compte que l’exécutif n’a pas pris la mesure de la catastrophe, donc nous nous sommes adressés à la nation. C’était un appel unique depuis 1831. Et rien, pas de réponse. Les magistrats sont en colère. Il y aura certainement des actions, je ne peux les préciser pour l’instant, mais les magistrats attendent des réponses claires et concrètes".

"Complot délibéré"

Pierre Chomé, avocat et assistant en procédure pénale à l’Université Libre de Bruxelles va même plus loin. Il parle d’action délibérée pour saboter la justice : "On sabote littéralement le monde judiciaire et il y a une intention claire d’asservir le monde judiciaire. Un complot "délibéré" de l’exécutif et du législatif contre le monde judiciaire. J’analyse cette situation depuis 40 ans et aujourd’hui je suis effrayé : on demande au monde judiciaire d’intervenir dans tout et dès que quelque chose se passe mal on stigmatise l’incompétence des gardiens de prisons ou le laxisme des juges, mais on fait tout pour que ça se passe comme ça ! On fait des discours sécuritaires, confortables à entendre lorsqu’on est citoyen et on ne donne aucun moyen pour qu’il y ait une cohérence dans ces discours, que des gens, par exemple, puissent être réinsérés et qu’ils ne deviennent pas de véritables bombes humaines comme on a vu".

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