La galère des jeunes diplômés en psychomotricité

Un cursus spécifique en psychomotricité est organisé en Fédération Wallonie Bruxelles depuis 2012.
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Un cursus spécifique en psychomotricité est organisé en Fédération Wallonie Bruxelles depuis 2012. - © Pioneer Library System/flickr

Un cursus spécifique en psychomotricité est organisé en Fédération Wallonie Bruxelles depuis 2012. Après trois années d’étude, 200 jeunes ont été diplômés l'an dernier. Mais la profession n'a toujours pas de statut officiel en Belgique. En cause, notamment, des différences de formation entre la Flandre et la Fédération Wallonie-Bruxelles. L'insertion de ces jeunes sur le marché de l'emploi est donc fortement limitée.

Sept établissements d’enseignement supérieur ou de promotion sociale organisent le bachelier en psychomotricité en Fédération Wallonie Bruxelles. Un millier d’étudiant suivent ces cours. Des étudiants aujourd’hui inquiets pour leur avenir. Et pour cause ! La profession de psychomotricien n’a toujours pas de statut officiel en Belgique. Ce qui coince, "c’est qu’il y a actuellement une différence de formation entre le Nord et le Sud du pays", explique Anne Taymans, présidente de l’Union Professionnelle Belge des Psychomotriciens Francophones (UPBPF). Or, "la reconnaissance de la profession ne peut être donnée qu’au niveau national".

Pas de reconnaissance

Le bachelier en psychomotricité a été créé en 2012, à l’initiative de Jean-Claude Marcourt, ministre de l’Enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles. A l’époque, la Commission nationale des professions paramédicales n’avait pas encore rendu d’avis. Et les établissements scolaires n’ont pas informé leurs nouveaux étudiants de ce vide juridique. "Le ministre avait bien envoyé un courrier aux établissements en expliquant la situation", explique Brieuc Wathelet, président de la Fédération des Etudiants Francophones (FEF). Mais "si les établissements informent sur la précarité de la profession, le nombre d’inscriptions risque de diminuer. S’il y a diminution des inscriptions, il y a diminution du financement". CQFD.

Quelques mois plus tard, la nouvelle tombe: l’avis de la Commission est défavorable. Il n’y aura donc, pour le moment, pas de reconnaissance pour la profession de psychomotricien. "Je pense sincèrement que les établissements d’enseignement supérieur ont espéré, en 2012, quand le cursus s’est ouvert, qu’il y ait une reconnaissance officielle qui vienne du fédéral. Reconnaissance qu’ils n’ont pas eue. Ils se sont donc mis dans une situation difficile".

3 ans d’étude, et après ?

"Aujourd’hui, on est dans une situation où il y a chaque année entre 100 et 200 étudiants qui vont sortir du cursus en psychomotricité et qui n’auront aucun débouché professionnel", explique le président de la FEF. C’est le cas de Clémence Boce. A 25 ans, elle est étudiante en troisième année à la Haute Ecole Léonard de Vinci. Elle devrait obtenir son diplôme à la fin de cette année. Mais comme ses camarades d’auditoire, elle est très inquiète: "On a été hyper fâchés. On ne comprenait ce qu’il se passait. (…) Parfois je ne trouve pas mes mots, car j’ai un vrai sentiment d’injustice". "Je pensais pouvoir revenir en France après cette formation. Je me suis dit que si la formation était ouverte en Belgique, c’est qu’on aurait un diplôme européen qui nous permettrait de nous déplacer".

Mais les choses ne sont pas si simples. Car sans reconnaissance officielle de la profession, pas d’équivalence de diplômé à l’étranger. Autre problème: il est aujourd’hui impossible pour les diplômés en psychomotricité de poursuivre leur formation dans l’enseignement supérieur. "A l’heure actuelle, les psychomotriciens n’ont pas accès aux masters et spécialisations, pourtant ouverts aux autre diplômés paramédicaux", précise la FEF. " Notamment le master universitaire en santé publique et la spécialisation en gériatrie".

Une définition claire pour un vrai statut professionnel

La FEF et l’Union Professionnelle Belge des Psychomotriciens Francophones (UPBPF) demandent la reconnaissance du titre de psychomotricien en tant que profession paramédicale à part entière. Ils le diront d’ailleurs ce mercredi 9 mars à Rudy Demotte, ministre-président de la Fédération Wallonie Bruxelles. Les étudiants revendiquent aussi un devoir d’information de la part des établissements d’enseignement, et l’organisation de passerelles de façon à pouvoir poursuivre leurs études, s’ils le souhaitent. La présidente de l’UPBPF, Anne Taymans précise que des débuts de législations existent déjà. "Par exemple, dans le secteur des maisons de repos et celui du handicap. Nous demandons donc qu’il y ait sur base de ces reconnaissances décrétales, un élargissement, plus de possibilités d’emplois pour les jeunes diplômés, au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles". Le Sud du pays pourrait donc prendre de l’avance sur le Nord, si ces revendications étaient écoutées.

 

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