La fondatrice de Paye Ta Shnek jette l'éponge: "Témoigner ne suffit plus"

Le site a récolté 15 000 témoignages en sept ans d'existence.
Le site a récolté 15 000 témoignages en sept ans d'existence. - © Tous droits réservés

Paye Ta Shnek, c'est un blog français qui publiait, depuis 2012, des témoignages anonymes de femmes harcelées. En caractère blanc sur fond rose, on peut ainsi lire des "Toi je te viole", "Je vais te gifler", "Je peux te toucher le sein droit?" et autres interpellations bien plus crues. En sept ans, le site a récolté pas moins de 15 000 témoignages, et est devenu une référence en matière de lutte contre le harcèlement. 

Mais suite à une agression en boîte de nuit, et un sentiment de découragement progressif, sa fondatrice, Anaïs Bourdet, a décidé de quitter le projet, et ne publiera plus les témoignages envoyés au site. "Je constate, de manière très empirique dans ma vie, que les violences ne reculent pas", regrette-t-elle. "Dans le nombre de témoignages que je reçois également, je suis incapable de vous dire aujourd'hui que les violences contre lesquelles je lutte depuis sept ans ont reculé. Et donc, je ne suis plus en mesure de dire aux femmes que si on prend la parole massivement ensemble, on fera bouger les choses"

Anaïs Bourdet a annoncé son départ sur Facebook, et a reçu plus de 1500 messages de soutien et de remerciement pour la visibilité donnée aux femmes victimes de harcèlement. Elle tient tout de même à rappeler que les publications restent visibles sur le blog. "C'est un travail collectif, et je ne veux pas qu'il disparaisse, donc il reste à disposition de quiconque veut travailler sur ces questions-là"

"C'est la plus belle aventure de ma vie"

Ce départ, c'est aussi l'occasion pour Anaïs Bourdet de faire le bilan de son investissement dans ce blog qui n'était censé être, au départ, qu'un simple recueil de témoignages de ses amies. "C'est vraiment la plus belle aventure de ma vie...Je vais devenir émotive, là (rires). C'était incroyable de recueillir la confiance de 15 000 femmes que je ne connaissais pas. Et de voir une communauté se créer et se souder autour de cela...On a eu plein de belles victoires: en 2016 par exemple, on s'est opposées à une décision du Sénat et on a obtenu gain de cause. En sept ans, on a fait avancer plein de points par-ci, par-là. Et personnellement, cela m'a amenée à faire des choses que je n'aurais même jamais espéré faire: je suis intervenue deux fois à l'Assemblée Nationale, j'ai été invitée à Boston, j'ai rencontré des personnes formidables...Je n'ai aucun regret, et je suis très reconnaissante vis-à-vis de toutes les personnes qui ont contribué à ce projet"

Un podcast sur les victoires contre le harcèlement

Graphiste de formation, Anaïs Bourdet tient un commerce d'affiches en lien, elles aussi avec le harcèlement: on peut y lire les insultes qu'elle a reçu en tant que fondatrice de Paye Ta Shnek au fil des années. Elle anime par ailleurs des formations contre le harcèlement dans des lieux de nuit, et se consacre à "Yesss", un podcast mensuel qui relate des victoires décrochées contre "les injonctions et les violences sexistes". "Il s'agit de mettre en avant des moments où des femmes ont réussi à recadrer, faire changer d'avis, faire basculer la violence ou la peur, dans le but de partager des stratégies qui fonctionnent", explique-t-elle. "Les femmes peuvent ainsi s'armer et se sentir plus facilement légitimes à dire non, à se défendre. C'est du self-défense verbal"

Le podcast comporte déjà 13 épisodes, qui peuvent être écoutés sur le site https://podcast.ausha.co/yesss

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