La Flandre secouée par un scandale environnemental qui nous concerne tous

Les habitants de la commune de Zwijndrecht, et tous ceux vivant dans un rayon de 15 km – soit plus d’un million de personnes- , sont invités à ne plus manger d’œufs provenant de leur jardin. Pour le quotidien De Morgen, cela pourrait devenir l’un des plus grands scandales environnementaux de l’histoire récente de la Belgique.

Jusqu’au début des années 2000, l’usine 3M de Zwijndrecht a pollué les sols qui l’entourent. La société américaine (que l’on connaît pour ses papiers collants et ses post-it) y produisait du PFOS (sulfonate de perfluorooctane), une substance chimique artificielle qui présente des risques pour la santé.

Des chercheurs de l’Université d’Anvers ont trouvé dans les œufs provenant de ce périmètre de 15 km des concentrations en PFOS supérieures aux normes européennes. Selon le Standaard, Thimo Groffen, biologiste à l'Université d'Anvers, qualifie ces résultats de “très inquiétants”.

Des résultats très inquiétants

L’Université d’Anvers publie depuis 2004 des études sur la présence de PFOS à proximité de 3M, mais c’est la première fois qu’elle met en avant un périmètre aussi large, les normes européennes étant récemment devenues plus strictes.

Et au-delà de cette zone de 15 km, qu’en est-il ? Aucune mesure n’a encore été prise. “Nous ne pouvons donc pas faire de déclaration à ce sujet pour l’instant", explique Thimo Groffen.

L’ampleur du scandale dépasse de toute façon largement ce rayon. A la fois parce que l’on trouve cette substance dans de nombreux produits (et partout dans l’environnement et chez l’humain) et parce qu’il y a déjà eu des cas de contamination ailleurs dans le monde.

Nous vous proposons d’y voir plus clair en 5 questions.

Qu’est-ce que le PFOS ?

Le PFOS (sulfonate de perfluorooctane) est une substance chimique qui fait partie de la famille des PFAS (substances perfluoroalkylées). On les surnomme les “forever chemicals”, les “produits chimiques éternels” : ils sont pratiquement indestructibles, et s’accumulent donc au fur et à mesure dans la nature.

Les 'forever chemicals', ou produits chimiques éternels

Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments, on les retrouve dans un large éventail de secteurs industriels, notamment celui du textile, des produits ménagers, de la lutte contre le feu, de l’industrie automobile, de la transformation des aliments, de la construction, ou de l’électronique. Ils sont hydrofuges, ignifuges, anti-graisse et anti-salissures. A titre d’exemple, ils sont utilisés dans les revêtements antiadhésifs des poêles, les mousses anti-incendie ou les vêtements anti-pluie.

Quels sont les dangers pour la santé ?

Ces substances sont omniprésentes à la fois dans l’environnement et chez les humains. C’est principalement par le biais de l’alimentation que les PFAS se retrouvent dans notre sang.  “Ces substances se retrouvent le plus souvent dans l’eau potable, le poisson, les fruits, les œufs ou les produits transformés à base d’œuf”, précise l’Autorité européenne de sécurité des aliments.

Les aliments peuvent être contaminés par de la terre ou de l’eau elles-mêmes contaminées et utilisées pour cultiver ces aliments, par la concentration de ces substances chez des animaux via les aliments et l’eau qu’ils ont consommés, par des emballages alimentaires contenant des PFAS ou encore par l’intermédiaire d’équipements de transformation contenant des PFAS.

Le PFOS persiste des années dans notre organisme. Il affecte principalement notre système immunitaire. “Il a un effet immunodépresseur, précise le toxicologue Alfred Bernard (UCLouvain), il bloque le système immunitaire et entraîne une résistance à la vaccination.

Il bloque le système immunitaire et entraîne une résistance à la vaccination.

Il peut aussi entraîner une augmentation de cholestérol, et par ailleurs des infections plus fréquentes chez les enfants. C’est également un perturbateur endocrinien (il bloque le fonctionnement de la thyroïde).

Chez les animaux, le PFOS est cancérigène, “et du coup il est possiblement cancérigène chez l’homme”, ajoute Alfred Bernard.

Le toxicologue précise : la dose journalière acceptable pour une exposition pendant toute une vie a été fixée à 1,8 millionième de milligramme par kilo de poids corporel. “C’est extrêmement bas, donc c’est un composé très toxique !

Y a-t-il eu d’autres cas de pollution de grande ampleur ?

La réponse est oui. Tant aux Etats-Unis qu’en Europe, il y a déjà eu des cas de pollution autour d’usines produisant des substances de la même famille, les substances erfluoroalkylées (PFAS). Le Morgen rappelle que les problèmes liés à ces substances ont débuté à la fin des années 90, aux Etats-Unis.

En Virginie occidentale, à la fin des années 1990, un éleveur voisin de l’usine DuPont a vu ses vaches mourir une à une. L’entreprise produit des PFAS. L’éleveur décide de porter plainte. Il est suivi par des milliers d’autres personnes qui se plaignent de maladies qu’ils estiment causées par ces substances. DuPont a déjà versé au moins 400 millions de dollars de dommages et intérêts.

Le journal mentionne aussi une forte pollution à Dordrecht, aux Pays-Bas. Pendant des décennies, le PFOA, autre substance de la famille des PFAS, y a été déversé dans les eaux usées. Des affaires ont également éclaté en Allemagne (Bavière) et autour de deux usines en Italie.

Pourquoi cette polémique maintenant ?

Cette pollution était déjà connue des autorités. Elle refait surface maintenant, parce que des travaux ont lieu près du site de 3M à Zwijndrecht, dans le cadre du bouclage du ring d’Anvers.

La société Lantis, qui gère le projet, a trouvé des centaines de milliers de mètres cubes de terre polluée par des SPFO. Elle doit également gérer des eaux souterraines contaminées, et a installé pour cela une station d’épuration.

En ce qui concerne les terres, on peut en général s’en débarrasser en les réutilisant pour construire des routes, ou des digues, à condition qu’elles ne soient pas trop polluées.

D’après le Morgen, les autorisations données à Lantis pour enfouir ces terres et les normes définies au niveau flamand à ce sujet (beaucoup plus souples qu’aux Pays-Bas ou en Bavière) posent question. “C’est l’une des principales questions auxquelles la commission d’enquête du Parlement flamand devra répondre : comment la Flandre en est-elle arrivée à cette norme ?”, se demande le quotidien.

L’affaire a-t-elle des conséquences politiques ?

L’affaire a mis la majorité flamande sous tension. La ministre de l’environnement Zuhal Demir (N-VA) a surpris ses partenaires de coalition en demandant la création d’une commission d’enquête.

La question est sensible pour le CD&V, également dans la majorité. Cette pollution est connue depuis 2004, or, entre 2004 et 2019, tous les ministres de l’environnement étaient des démocrates chrétiens flamands.

Le Parlement flamand votera mercredi sur la création d’une commission.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK