La diminution de la pauvreté des seniors est-elle due à la revalorisation des pensions?

La diminution de la pauvreté des seniors est-elle due à la revalorisation des pensions?
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La diminution de la pauvreté des seniors est-elle due à la revalorisation des pensions? - © Belga

En juillet dernier, les chiffres du SPF Economie indiquaient une baisse de la pauvreté chez les seniors : entre 2005 et 2013, le taux de pauvreté des seniors est passé de 23 à 16% dans notre pays.

Selon le comité d'étude sur le vieillissement, cette baisse devrait même continuer jusqu'au milieu des années 2050 grâce à plusieurs facteurs, comme la revalorisation des minima de pensions et la participation accrue des femmes sur le marché du travail.

Une baisse plus forte chez les femmes

Une étude de l'Institut pour un développement durable (IDD) sorti fin août vient d'ailleurs confirmer cette tendance mais pas tout à fait cette analyse de StatBel qui se base sur des chiffres jusqu'en 2015 : "Le taux de pauvreté des seniors est, en effet, passé de 21% en 2004 à 15% en 2015 après avoir connu un pic à 23% en 2006. Pour la première fois depuis 2004, le taux de pauvreté des personnes âgées est donc comparable au taux de pauvreté de la population globale. Deux facteurs peuvent expliquer cette diminution : la revalorisation des pensions minimums et la participation accrue des femmes au marché du travail, qui perçoivent ainsi des pensions plus élevées".

Mais Philippe Defeyt qui signe cette étude de l'IDD s'empresse de souligner que cette évolution a un corollaire : l'augmentation du taux de pauvreté des moins de 65 ans, de l'ordre de deux points de pourcentage en tendance, ce que l'indique le graphique ci-dessous.

En outre, les statistiques confirment que la baisse du taux de pauvreté des seniors est plus forte pour les femmes que pour les hommes : le taux était plus important chez les femmes il y a 10 ans, il passe de 25% à 16%, alors que chez les hommes, la baisse se fait de 21% à 14%.

Si la Belgique compte parmi les pays européens avec les taux de pauvreté des seniors les plus hauts (avec le Royaume-Uni), le recul du taux de pauvreté des seniors est un phénomène qui se retrouve ailleurs en Europe, souligne cette étude de l'IDD. Il en va de même avec l'écart du taux pour les plus et les moins de 65 ans. Dans certains pays (Autriche, Danemark, Espagne, Pays-Bas) il est négatif : plus de seniors sont mieux lotis que la population plus jeune.

Plus de jeunes pensionnés

Si la revalorisation des minima de pensions et la participation accrue des femmes sur le marché du travail comptent parmi les raisons régulièrement citées de l'amélioration de la situation financière des seniors, il y en existe d'autres, souligne l'étude de l'IDD : les statistiques fiscales indiquent que la part des 65 ans et plus dans le revenu imposable total des ménages augmente plus vite que leur part dans la population des 18 ans et plus, passant, de 65% à 74% entre 2005 et 2013.

Ceci s'explique par l'arrivée de jeunes pensionnés (65-69 ans) dont le revenu imposable moyen est nettement supérieur (presque 30% en 2013) à celui des très âgés (85 et +). Au fur et à mesure que ces derniers meurent, le revenu moyen s'en trouve automatiquement relevé, même si le nombre relatif de plus de 85 ans ne fait qu'augmenter par rapport aux pensionnés plus jeunes.

On note aussi l'augmentation au cours de la période 2005-2013, du revenu imposable total de 32,7% en termes réels et la masse des prestations aux 65 ans et plus de 33,3%. Des moins de 65 ans perçoivent aussi des pensions de retraite et de survie, mais ils sont de moins en moins nombreux : plus de 10% pour les salariés et indépendants, plus de 25% pour le secteur public, alors qu'en 2006, ils étaient respectivement de plus de 13% et de 30%.

L'étude de l'IDD rappelle enfin les inégalités entre régimes de pension :

  • la pension moyenne du secteur public est plus de 2 fois plus élevée que celle du secteur des salariés et indépendants
  • la pension moyenne d'une femme représente un peu plus de 77% de celle d'un homme, et ce dans les deux régimes de pension

et donne des estimations des pensions moyennes par sexe et par régime :

En conclusion, pour l'IDD, "la diminution du taux de pauvreté des seniors découle surtout de l'augmentation du nombre de pensionnés ayant, seuls ou à deux, des pensions supérieures au seuil de pauvreté, et non de la revalorisation des pensions
minimum". "Le principal apport des femmes à la réduction du taux de pauvreté des seniors n'est pas (ou peu) à à trouver dans la hauteur de leur pension, qui reste médiocre ; mais elles sont plus nombreuses qu'avant à permettre, avec leur apport, au ménage dont elles font partie de dépasser le seuil de pauvreté
".

Cette évolution devrait se poursuivre, mais à un rythme ralenti, d'autant que "des mesures ont été prises au cours des dernières années (ou sont en préparation) qui vont elles aussi progressivement infléchir cette amélioration". Une conclusion très politique donc, partagée par le parti Ecolo (dont Philippe Defeyt est ancien secrétaire fédéral) qui s'inquiétait il y a quelques jours du nombre croissant de bénéficiaires de la Grapa (Garantie de revenus aux personnes âgées).

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