La culture, rempart contre la barbarie. Vraiment?

Tournai : le festival Ramdam du film qui dérange a été annulé
Tournai : le festival Ramdam du film qui dérange a été annulé - © Archive DAVID STOCKMAN - BELGA

Si la culture est un rempart contre la barbarie. Il semble qu'il soit tout doucement en train de s'effriter. Depuis les attentats déjoués à Verviers il y a une semaine, plusieurs expositions ont décidé de fermer leurs portes. Un danger pour notre démocratie, selon le philosophe Guy Haarscher.

Il y a à peine deux semaines, la marche de Bruxelles pour la liberté d'expression réunissait 20 000 personnes. On y entendait des citoyens, mais aussi des responsables du monde culturel et politique hurler : "Nous n’avons pas peur !" Le premier ministre Charles Michel en tête : "Nous ne permettrons pas que des barbares portent atteinte durablement à notre liberté !"

La semaine suivante, le danger se rapprochait avec les attentats déjoués de Verviers. Et force est de constater que le rempart de la culture semble bien moins résistant que prévu. Au début de la semaine, l'exposition de Welkenraedt sur la censure fermait ses portes, d'initiative. Ce mercredi le musée Hergé décidait de ne finalement pas organiser une exposition en hommage aux victimes de Charlie Hebdo. Jeudi, c’était la police, qui décidait d’annuler le festival Ramdam du film qui dérange, de Tournai. Particulièrement menacé apparemment, le film Timbuktu qui évoque la vie sous le joug des extrémistes religieux au Mali. "Si c’est exceptionnel, explique le philosophe Guy Haarscher, c’est-à-dire si vraiment on renonce au moment où il y a vraiment un danger pour les vies –et ça, c’est une valeur supérieure-, alors c’est tout-à-fait acceptable."

Ne pas choisir la solution de facilité

Le philosophe se montre par contre beaucoup plus critique lorsque le danger n’est pas clairement identifié et que c’est le climat ambiant ou une peur diffuse qui pousse les organisateurs à l’autocensure ou la police à interdire des évènements. "Il ne faudrait pas adopter la solution de facilité où les autorités brandiraient la difficulté de protéger les gens comme argument pour annuler toute manifestation qui pourrait gêner. Parce qu’à ce moment-là vous donnez raison aux fanatiques qui n’aiment pas l’expression libre, l’impertinence etc. Si le terroriste a la possibilité de faire en sorte que les gens s’autocensurent, alors, le terroriste aura gagné et n’aura plus besoin de bombes ni de kalachnikov."

Le risque, en s’autocensurant, c’est de devenir complice de ceux qui veulent déstabiliser notre démocratie.

O. Leherte

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