La Croix Rouge promet toute la transparence sur les 30 millions d'euros de dons pour les victimes des inondations

30 millions d’euros, c’est le montant record des dons recueillis par la Croix Rouge pour venir en aide aux victimes des inondations en Wallonie : une solidarité inédite en réponse à une situation d’une ampleur exceptionnelle, alors que 202 communes sur les 262 que compte la Région wallonne sont éligibles au Fonds des calamités.

La Croix Rouge et ses nombreux bénévoles sont engagés sur le terrain pour venir en aide aux sinistrés mais la gestion de cet acteur incontournable de l’aide humanitaire est questionnée à Pepinster voire critiquée en Flandre. A juste titre ?

1,5 million d’euros dépensés en aide urgente

Depuis que les pluies ont gonflé la Meuse et ses affluents et fait sortir l’Ourthe et la Vesdre de leur lit, mi-juillet, l’aide a afflué dans les zones sinistrées, pas toujours coordonnée ou organisée au début compte tenu de l’ampleur du désastre qui fera date dans les livres d’Histoire de Belgique. Très vite, la Croix Rouge, opérateur incontournable en matière d’aide humanitaire, a dépêché ses bénévoles sur le terrain et lancé un appel aux dons. 


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Sur les 30 millions d’euros récoltés à ce jour, 1,5 million a d’ores et déjà été investi dans des actions urgentes comme la mise en place de plus de trente postes avancés de secours avec 800 bénévoles sur le terrain, une aide psychosociale, une aide alimentaire, la création de centres d’hébergements d’urgence ou de tournées mobiles fournissant de l’aide à Angleur, Chênée, Trooz, Verviers, Chaudfontaine, Aywaille, Theux, Spa ou encore Esneux.

Polémique à Pepinster

Ce déploiement a pourtant été critiqué à Pepinster où, le bourgmestre indépendant, Philippe Godin, estimait il y a quelques jours que la Croix Rouge était aux abonnés absents. "Nous admettons que tout n’était pas parfait mais je crois que tout le monde a été dépassé par l’ampleur des inondations et de la catastrophe humanitaire qui a suivi", analyse le directeur général de la Croix Rouge de Belgique, Pierre Hublet.

"Plus de 200 communes ont été touchées ; ce n’est jamais arrivé. Il y a beaucoup de souffrance. Je peux entendre ces critiques mais, je crois que nous avons fait au mieux vu le contexte. Nous sommes en liaison avec les autorités locales, les CPAS et les acteurs de terrain des communes sinistrées qui, eux-mêmes, doivent faire face à des problèmes de locaux. Il faut considérer toutes les démarches accomplies et rester positif pour la suite car il reste beaucoup à faire et nous serons là pour aider les victimes de ces intempéries".

"Un défi logistique majeur"

Le directeur général de la Rode Kruis, la Croix Rouge flamande, Philippe Vandekerckhove, a apporté un autre élément d’explication sur les ondes de la VRT : "La coordination au niveau des autorités a également été quelque peu dépassée, ce qui signifie que l’action sur le terrain n’a pas démarré immédiatement. […] Ni les autorités sur place, ni la Croix-Rouge de Belgique n’avaient une bonne vue d’ensemble des besoins". Philippe Vandekerckhove ajoute : "Une catastrophe est toujours un défi logistique majeur et inattendu. Cela signifie que, dans les premiers jours, la coordination n’est pas encore assez forte pour garantir que les ressources arrivent au bon endroit".

A Pepinster-même, l’une des communes les plus touchées, sur les plus de mille repas chauds distribués quotidiennement, la Croix Rouge en prend en charge 700 depuis la semaine dernière. L’organisation humanitaire y coordonne aussi l’accueil et le centre de dons, en partenariat avec les bénévoles et le plan de cohésion sociale de la commune.

La transparence

Certains, dans la localité sinistrée, continuent cependant à s’interroger sur la Croix Rouge. Une source impliquée dans la gestion de la commune lance : "Je voudrais savoir exactement où va l’argent, où vont les dons. Le gouvernement wallon met 50 millions d’euros à disposition des communes sinistrés dont 25 millions en guise de première aide urgente. Pepinster en a reçu deux millions. Pourquoi la Croix Rouge ne peut pas être transparente et procéder de la même manière ? Nous avons besoin d’argent liquide".

Le directeur général de la Croix Rouge Pierre Hublet, lui, insiste : "Chaque don reçu ira aux victimes des intempéries. Notre organisation est présente en période de crise et elle le sera aussi à moyen et long terme. Nous rendrons des comptes à propos des 30 millions de dons reçus, c’est notre responsabilité".

Gérer l’urgence et l’aide à moyen terme

La Croix Rouge a ainsi réalisé une ERU (Emergency Response Unit) alors que la phase de l’aide dite aiguë s’est achevée, autrement dit, elle évalue l’aide à apporter à moyen terme. 200 volontaires formés ont ainsi rencontré 1500 victimes des inondations, soit un échantillon de 5% de la zone sinistrée. Sur base des besoins ainsi exprimés, la Croix Rouge va construire un plan d’aide pour les prochains mois –notamment les mois d’hiver– et pour le long terme.

Parallèlement à cette évaluation des besoins, quelque 600 bénévoles en moyenne continuent à travailler pour aider les victimes des inondations. Ces bénévoles sont issus des régions sinistrées mais aussi de tout le pays, y compris de Flandre puisque la Rode Kruis envoie chaque jour quelque 200 personnes. "Il y a beaucoup de bénévoles sur le terrain, y compris des Flamands. C’est génial", constate Pierre Hublet. "C’est la première fois que je vois une telle mobilisation de l’ensemble des citoyens et des bénévoles de nos organisations francophone, flamande et germanophone. Nous travaillons en étroite collaboration et nous nous apportons beaucoup les uns aux autres".

Un défi immense

Pour la directrice de la communication de la Croix Rouge, Marie Masset, "au sein des communes sinistrées, la solidarité des collectifs de citoyens est juste incroyable et il est important de la respecter. Plus de deux semaines après les inondations, la fatigue est présente chez certains et il est important de les relayer. Il nous faut travailler en partenariat avec les communes, c’est important, d’autant que les réalités sont très différentes d’une commune à l’autre […] Nous constatons aussi que les personnes sinistrées les plus vulnérables étaient déjà dans le besoin avant".

Le défi sera donc immense pour la Croix Rouge parce qu’elle devra mener de front l’aide aux victimes des inondations (dans les vallées de l’Ourthe et de la Vesdre mais plus largement aussi à Namur, Dinant, Court-Saint-Etienne ou d’autres villes victimes des intempéries), l’appui à la gestion de la pandémie de Covid-19 et la panoplie d’actions habituellement menées.

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