La crise du coronavirus a renforcé les inégalités pour l'accès au marché de l'emploi, note DUO for a JOB

Se faire épauler pour mieux s’insérer, c’est la philosophie de l’ASBL DUO for a JOB. L’association s’est créée en 2013. Depuis, 3200 jeunes issus de l’immigration ont ainsi été accompagnés dans leurs démarches pour trouver un travail. L’idée : un duo entre un jeune issu de l’immigration et une personne expérimentée pour accéder au marché du travail. Pendant six mois, le duo se voit une fois par semaine et l’aide est nécessaire.

Mais en pleine pandémie de coronavirus, l’ASBL met aussi en évidence dans une étude (Covid-19 : accélérateur d’inégalités sur le marché de l’emploi, ndlr) les inégalités sur le marché du travail. Les possibilités d’emploi ont diminué et la recherche via les plateformes digitales est problématique pour certains.


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Ci-dessous, le sujet radio à propos de l’ASBL Duo for a job avec le témoignage d’une jeune et de son mentor.

Continuer malgré la crise sanitaire

DUO for a JOB continue de fonctionner malgré la crise sanitaire. Néanmoins, celle-ci complexifie l’affaire, puisque depuis le mois de mars dernier, le taux d’emploi de ces jeunes accompagnés a baissé. Pour cette association, il y a un an, la question était de savoir comment elle pourrait continuer à mener à bien sa mission et créer des liens de solidarité entre les citoyens pour lutter contre les inégalités, nous explique Julie Bodson, la directrice adjointe de l’ASBL. "Et donc, DUO for a JOB a dû transformer toute une partie de son programme pour offrir une version digitale de son programme tout en maintenant une partie en présentiel. Et donc, grâce à ça, on a quand même pu créer 720 duos en 2020, ce qui est une bonne chose".

Mais le constat est aussi, que malgré l’accompagnement des mentors et de tout le réseau de service public et associatif avec lequel travaille l’ASBL : "On a une fragilisation de la situation de certains jeunes. Et ce qu’on a voulu faire avec cette enquête, c’est effectivement objectiver cette situation, d’une part pour donner à voir la réalité de ces jeunes, et puis pour contribuer à émettre des pistes de réflexion pour éviter que ce fossé se creuse".

L’enquête

L’ASBL a donc mené une enquête auprès des jeunes et de leurs mentors, et le sentiment qui en ressort est que la situation n’était déjà pas égale il y a un an, mais que le fossé s’est creusé. 83% des jeunes disent qu’il est désormais très difficile d’obtenir, par exemple, un simple entretien d’embauche. Autrement dit, sur les personnes qui ont été interviewées, "on est à plus de huit jeunes sur dix qui disent que c’est plus difficile de trouver un entretien d’embauche et 64% des mentors qui estiment que les possibilités d’emploi pour le mentee ont diminué", précise Julie Bodson.

Notons que les difficultés étaient préexistantes et continuent à exister, notamment la maîtrise des langues, le manque de confiance en soi, le manque de capital social ou culturel, mais de nouvelles difficultés ont émergé, et notamment des problèmes d’accès aux services, des problèmes de garde d’enfants, de confiance en soi, précise encore la directrice adjointe.

L’enquête menée auprès de 128 jeunes issus de l'immigration et près de 200 mentors met en lumière d’autres chiffres. Tout d’abord, à propos des conséquences sociales de la crise. Plus d’un jeune sur deux pense que sa situation sociale et financière s’est détériorée et un jeune sur deux se sent isolé. "Et on sait que la situation sociale des jeunes a forcément un impact sur leur recherche d’emploi".

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© DUO for a Job ASBL

Le premier constat concerne la dégradation de la situation socio-économique pour ces jeunes. Mais il y a d’autres indicateurs. Dans son précédent rapport, l’ASBL montrait que l’accès aux services est une difficulté qu’on rencontre en raison de la langue, des terminologies administratives, etc.

Ce que montre cette dernière enquête : "C'est que six jeunes sur dix ont rencontré, depuis mars 2020, des difficultés à joindre les services publics, et la difficulté repose notamment dans le fait qu’il n’y ait plus de rendez-vous en présentiel. C’est donc une difficulté", pointe Julie Bodson.

Et elle poursuit : "D’autres difficultés concernent effectivement le fait de basculer en digital pour la communication ou la recherche d’emploi". Résultat : un jeune sur trois a des difficultés à chercher un emploi en digital. "Il y a un gros effet diplôme… Pour huit jeunes sur dix qui ont un diplôme universitaire, ce n’est pas du tout un problème. Par contre, si on parle des jeunes qui n’ont pas le CESS, ça représente 70% d’entre eux".

Difficultés à réaliser des activités en ligne

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Difficultés à réaliser des activités en ligne © DUO for a Job ASBL

Le présentiel

Si les problèmes peuvent concerner un manque de matériel ou un manque de savoir-faire, pour DUO for a job, il est surtout nécessaire d’offrir une alternative en présentiel : "Parce qu’il y a toute une série de choses qui sont de l’ordre de la qualité de la relation, la sensibilité, la compréhension des non-dits, la confiance, c’est-à-dire des difficultés qui sont annexent et qui nécessitent de mettre en place des alternatives en présentiel".

Pour cette association, dans le cadre des plans de relance économique, il est important de prendre en compte le fait que ces jeunes ont été particulièrement fragilisés. Il faut aussi s’assurer qu’il y ait un accès aux services publics garanti à toutes et à tous, insiste Julie Bodson. "Il est évidemment utile de numériser une partie des services, mais il est nécessaire aussi de pouvoir y accéder dans le cadre d’une rencontre humaine en présentiel. Et de manière plus globale, il est vraiment essentiel d’empêcher que cette numérisation accélérée ne crée de nouvelles inégalités".

Raison pour laquelle DUO for a job estime qu’il est nécessaire de pouvoir accompagner les jeunes là où ils sont dans le cadre d’un accompagnement individualisé au-delà des accès existants.

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