La côte belge est-elle également menacée par la hausse du niveau des mers?

Le réchauffement climatique ne ralentit pas. Au contraire, constate le monde scientifique, il s'accélère. Ce réchauffement entraîne sécheresse, tempêtes, hausse du niveau des mers et menace plus de 100 millions de personnes dans le monde. En Belgique, qu'en est-il ? François Massonnet, chercheur au Earth and Life Institute de l'UCL, était ce matin au micro de La Première. 

La côte belge est-elle concernée par la montée du niveau de l'eau? 

François Massonnet: "La hausse du niveau des mers n'est pas homogène. Mais la mer du Nord ne va pas être épargnée. On parle ici de plusieurs dizaines de centimètres jusqu'à la fin du siècle. La forme et la disposition du littoral vont aussi changer d'ici la fin du siècle. La hausse du niveau des mers va continuer avec des impacts qui vont être tangibles au niveau du littoral belge."

Quelques millimètres en plus par an, certains vous diront que ce n'est pas très grave. Que répondez-vous?

"En effet, pour l'instant on est à une élévation de l'ordre de trois millimètres par an. Je suis venu ici avec un verre en verre pour expliquer à quoi ça correspond. Il faut savoir que si on voulait contrecarrer l'augmentation de trois millimètres par an, si on voulait garder le même niveau, il faudrait que chaque minute chaque personne sur Terre aille dans la mer écoper un verre d'eau de 30 centilitres. Donc, trois millimètres par an, ça paraît assez dérisoire, mais ça correspond à une quantité phénoménale d'eau qui s'ajoute chaque fois dans les océans."

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Cette augmentation du niveau de la mer a-t-elle des conséquences visibles aujourd'hui ?

"Il faut savoir que c'est un problème qui prend du temps. Ces changements s'opèrent sur des dizaines d'années, il est donc difficile d'attribuer chaque fois un événement en particulier à cette hausse du niveau des mers. Néanmoins, il y a des conséquences presque certaines. La première, c'est l'effet des tempêtes. Si au moment où le niveau des mers est un peu plus haut, une marée qui a un fort coefficient s'ajoute, une tempête peut projeter davantage d'eau à l'intérieur des terres. Le problème en soi n'est donc jamais la hausse du niveau des mers en elle-même. Mais quand elle est conjuguée à d'autres facteurs, elle peut avoir un impact sur ce qui se passe à l'intérieur des terres. C'est un facteur aggravant. " 

"Un autre problème clairement documenté est l'intrusion d'eau salée dans les nappes aquifères. Une grande partie de la population qui vit sur le littoral s'hydrate au moyen d'eau potable qui est localisée dans les aquifères. Si l'eau de mer commence à interférer avec ces eaux-là, ça ne la rend plus du tout potable. Ca met donc en péril la potabilité de l'eau dans ces régions-là. On peut encore citer l'exemple de l'agriculture. Cultiver des légumes ou des fruits avec de l'eau salée, ce n'est pas possible."

"Et ce n'est pas en mettant des barricades sur tout le pourtour des côtes dans le monde qu'on va arriver à empêcher l'eau de pénétrer dans les cultures. Et des exemples comme ça, il y en a beaucoup."

Au niveau de la faune et de la flore à la mer du Nord, on ne voit plus beaucoup d'étoiles de mer. C'est lié?

"Il y a plusieurs facteurs qui jouent ensemble. Il y a évidemment la hausse du niveau des mers qui va faciliter l'érosion, changer la sédimentation et perturber les habitats où se reproduisent des espèces, comme des oiseaux par exemple."

"Par ailleurs, l'eau elle-même augmente en température et on sait que les espèces n'aiment pas du tout les changements de température. Ils n'aiment pas non plus les changements d'acidité. C'est quelque chose dont on ne parle pas beaucoup, mais il n'y a pas que le problème du CO2 dans l'atmosphère, il y a aussi un problème de CO2 dans les océans. Ce CO2 augmente l'acidité des océans et tous les organismes qui sont munis de coquille vont être très vulnérables à ce changement."

D'où vient finalement cette augmentation du niveau de la mer ? 

"Il y a deux facteurs. Le premier facteur, c'est ce qu'on appelle l'expansion thermique. Vous pouvez faire l'expérience chez vous, si vous chauffez 10 centilitres d'eau dans une poêle et que vous la reversez dans la bouteille dans laquelle était contenue cette eau froide, vous n'arriverez pas à tout remettre simplement parce que l'eau prend plus de place quand elle est chaude. L'autre facteur, c'est la glace continentale basée sur le continent antarctique ou sur le Groenland. Cette glace - qui est sur la terre - se déverse progressivement dans les océans, de la même manière que si je verse un glaçon dans un verre d'eau, elle va faire monter le niveau des mers."

La taxe CO2 pourrait-elle être une solution? 

"Oui, moi je rappelle toujours l'exemple du protocole de Montréal. A fin des années 80, il y a eu un protocole pour éviter d'émettre davantage de chlorofluocarbure (CFC) afin de résorber le trou dans la couche d'ozone. Ce qu'on voit, c'est qu'en 2018, le trou de la couche d'ozone s'est quasiment complètement résorbé, ce qui montre qu'à force de volonté on peut arriver à nos fins. Le problème du CO2 et le problème des gaz à effets de serre sont toutefois quand même beaucoup plus conséquents. Il est beaucoup plus entremêlé à notre mode de vie et c'est donc peut-être plus difficile d'y arriver, mais il y a des raisons d'être optimiste."

"Le changement climatique ouvre des opportunités. La question est de savoir si on veut vivre avec un monde qui change et ne rien faire ou est-ce qu'on veut nous-mêmes être acteurs de ce changement. Je pense qu'il y a maintenant suffisamment d'évidences scientifiques pour montrer que les changements qui s'opèrent - notamment sur la hausse du niveau des mers - vont continuer quoiqu'on fasse. Il va donc falloir s'adapter, mais je pense qu'une grande partie du futur va résider dans la manière dont on va pouvoir trouver une solution à ces problèmes."
 

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