La communauté roumaine se mobilise contre le coronavirus : des visières fabriquées grâce à une table de découpe

Jusqu’à 300 par jour : c’est la capacité de production de la table de découpe de Carmen Ionescu. Cette anesthésiste de 63 ans, active au sein des hôpitaux publics Iris Sud depuis 20 ans, est mobilisée depuis une petite semaine pour produire des visières de protection. "A la base, comme je bricole, je dessine, cette table me sert à fabriquer des jouets mathématiques", raconte Carmen Ionescu. "Mais je l’utilise désormais pour produire des visières à destination du personnel médical en première ligne" dans la lutte contre l’épidémie de coronavirus.

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La communauté roumaine se mobilise contre le coronavirus: des centaines visières de protection fabriquées grâce à une table de découpe © Tous droits réservés

La visière va permettre de protéger le personnel soignant, lui d’éviter d’être contaminé à son tour. Elle a la taille d’une feuille A4, recouvre la bouche mais aussi les oreilles. "C’est du PVC transparent qui peut être désinfecté avec de l’alcool ou du savon iodé", précise Carmen Ionescu qui pose une grande plaque de plastique sur sa machine, avant d’activer la découpe. La visière découpée, dans ce plastique souple incassable, le dispositif doit encore être complété par deux bandes en polypropylène (parfaitement recyclable) pour le maintien sur la tête. Sous la visière, le médecin ou l'infirmier peut sans problème porter son masque classique.

Des masques mis gratuitement à disposition

Daniela Livia Biciu, 45 ans, travaille dans la communication politique. Elle assure la promotion de ces visières, "qui sont offerts gratuitement", insiste-t-elle. "Le financement se fait par des dons. L’appel a d’abord lancé auprès de la communauté roumaine", explique celle qui réside dans notre pays depuis 20 ans. "Au départ, la communauté roumaine a été touchée par la situation en Roumanie. Celle-ci est tout simplement catastrophique. Là-bas, 15 à 20% du personnel médical est infecté." Sans compter le manque de matériel. "Les Roumains de Belgique ont voulu aider."

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Daniela Livia Biciu. © Facebook

Homes, hôpitaux, Croix-Rouge…

Puis est née une réflexion parallèle : la situation étant également critique en Belgique, pourquoi ne pas mobiliser aussi ici ? "L’aspect de proximité a été mis en avant", confie Daniela Livia Biciu. "C’est ainsi que l’appel aux dons a été lancé pour les visières. Cet argent nous sert à acheter le matériel. Mais les visières ne sont pas vendues. Plus de 1000 ont déjà été livrées : à la Croix-Rouge, aux homes du groupe Orpea, aux hôpitaux publics Iris Sud… Je viens de lancer un appel sur les réseaux sociaux afin que le personnel médical qui aurait besoin de ces visières se manifeste. La priorité, c’est le personnel d’urgence dans les hôpitaux mais aussi auprès des CPAS, dans les homes…"

Les capacités de production ne sont pas industrielles, bien évidemment. Mais "1000 masques réalisés à ce stade, c’est déjà beaucoup. Et cela va continuer", ajoute Daniela Livia Biciu, Molenbeekoise, candidate MR aux élections en 2018.

L’objectif de ce projet privé est d’atteindre les 5000 masques. "Il faut que les donateurs puissent voir que leur argent sert à quelque chose." Raison pour laquelle Daniela Livia Biciu communique sur sa page Facebook.

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Des travailleurs des homes d'Orpéa recevant leurs visières. © D. R.

Carmen Ionescu, qui a imaginé le dessin de la visière avec ses amis, est également fière de dire que "cette visière est européenne. Le PVC provient d’un grossiste belge, les bandelettes viennent de France. Quand nous fabriquions nos jouets mathématiques, nous étions aussi fiers de dire que c’était des jouets européens et non pas produits à l’autre bout du monde".

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Les visières, déjà montées, prêtes à être livrées. © D. R.

Cette initiative bruxelloise n’est pas unique dans le pays. Les "Fablabs" de l’ULB, d’Andenne et de Charleroi, ces espaces collaboratifs travaillant sur des prototypes en tout genre, ont également planché sur un modèle de surmasque permettant de mieux protéger les soignants exposés à des malades du coronavirus. 1500 masques ont notamment été confectionnés et livrés au CHU Saint-Pierre de Bruxelles. En France aussi, certains sortent leur imprimante 3D pour fabriquer des visières.

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