La cigarette électronique, une "normalisation du concept de fumer"

La cigarette électronique,
La cigarette électronique, - © JUSTIN SULLIVAN - AFP

Vapoter tue. Peut-être lira-t-on un jour ce message de prévention sur les capsules de cigarette électronique. Pour l’Organisation mondiale de la Santé, qui vient de publier un rapport sur le tabagisme, la dangerosité du vapotage ne fait aucun doute.

Le rapport s’en prend donc durement au vapotage. Pour Martial Bodo, tabacologue, cette décision est totalement justifiée. "Cela repose sur trois fondements. Il y a d’une part la toxicité. L’inhalation des arômes, des additifs et de la nicotine sont loin d’être de la vitamine D dans les alvéoles pulmonaires. Il y a ensuite un deuxième paramètre, à savoir une normalisation du concept de fumer. Et le troisième concept abordé par l’OMS est que ce n’est pas une méthode efficace pour arrêter de fumer parce qu’on maintient somme toute la dimension psycho-émotionnelle et psycho-comportementale".

La nicotine toujours en cause

Selon Martial Bodo, on ne peut donc pas parler de la cigarette électronique comme d’une aide au sevrage. "Je préfère les substituts nicotiniques ou d’autres médicaments qui sont basés sur le sevrage physique pour arrêter de fumer ou tout simplement un accompagnement avec un tabacologue", explique-t-il. "Mais en dernier recours pour certains patients, ça pourrait être une étape intermédiaire. Mais ce qu’on voit davantage, c’est que celui qui a l’illusion d’arrêter de fumer avec la cigarette électronique a bien trop souvent tendance à maintenir les mêmes habitudes, même si l’objet est différent."

Les questions concernant la dangerosité que l’OMS cible dans la cigarette électronique se posent. Est-ce son contenu ? Que contient exactement cette cigarette ? "C’est un liquide qui va être chauffé et qui développe une vapeur. Cette vapeur inhalée contient une multitude de produits qui ont des conséquences qu’on ne mesure pas encore à moyen et long terme au niveau des alvéoles pulmonaires", explique Martial Bodo. "Il y a des additifs, il y a des arômes et il y a cette fameuse nicotine qui est la molécule qui rend l’organisme accro. C’est pour ça que quand vous observez un vapoteur, il passe son temps à tirer dessus, parce que ce qu’il recherche n’est pas de faire ces grands nuages de vapeur, mais c’est de prendre sa dose de nicotine. La nicotine est quand même une molécule qui a des propriétés de toxicité au niveau cardiaque et au niveau circulatoire et elle est responsable de l’accélération du rythme cardiaque et du rétrécissement des artères. C’est donc toxique."

Plus populaire en France qu’en Belgique

En Belgique, la cigarette électronique est logée à la même enseigne que la cigarette dite classique au niveau de la législation. Martial Bodo considère que cet avis de l’OMS permettra aux fumeurs de se rendre mieux compte de la dangerosité. "Qui a racheté tous les brevets de cette cigarette électronique ? Il ne faut pas chercher midi à 14 heures, ce sont les cigarettiers", rajoute-t-il.

Chez nos voisins français, le son de cloche est tout autre et l’engouement pour la cigarette électronique semble bien plus important. "Je ne sais pas ce qui se passe en France avec cette cigarette électronique, mais elle a un succès dingue, ce qui est nettement moins le cas chez nous", constate Martial Bodo. "Je pense donc que mes collègues tabacologues ici en Belgique sont nettement plus dans la mesure et pas trop pro ou anti, ils sont beaucoup plus mesurés. Je le redis : la cigarette électronique, en dernière intention pour arrêter de fumer, pourquoi pas ? En intention pour ceux qui veulent continuer de fumer, pourquoi pas ? Mais méfions-nous de ceux qui n’ont pas encore commencé à fumer, donc des jeunes, et méfions-nous de la naïveté et de la crédulité du grand public, qui aurait l’illusion de croire que vapoter est inoffensif et non toxique. Non, ce n’est pas rien."

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