La carte routière: l'éternel bon plan pour des vacances réussies (illustrations et vidéos)

Carte spéciale sur la mémoire de la guerre, ainsi que collection de départementales "Michelin"
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Carte spéciale sur la mémoire de la guerre, ainsi que collection de départementales "Michelin" - © AFP/BELGA

"Lorsqu'elle s'enfuit, la route est la seule amante qui vaille la peine d'être suivie". La citation est de l'écrivain français Sylvain Tesson. La route, c'est déjà les vacances. Un goût d'ailleurs, de découvertes, de liberté. Les paysages défilent. Et le long de la route, les curiosités se profilent. Eglises, moulins, ruines ou beautés naturelles, l'aventure est au bout de chaque tournant. 

La route, du moins celle des vacances, allait de pair, pendant des décennies, avec un rectangle en papier cartonné. La modernité a amené le GPS. Depuis, le bourlingage et les détours champêtres ont moins la cote. L'oeil rivé sur l'ordinateur de bord ou comme téléguidé par une voix métallique, le voyageur ne sait parfois même plus géographiquement où il se trouve... L'outil satellite n'offre pas cette vision d'ensemble sur une région, ce recul qui permet les fantaisies. Sans la navigation assistée, beaucoup se retrouvent maintenant naufragés. De la route. Du paysage. Du territoire.  

Alors ouvrons grand la fenêtre de l'automobile. Respirons profondément. Balançons le GPS, et reprenons une bonne vieille carte routière. Déplions là. Et en route!    

Des inventions... à la carte

L'invention de la carte routière à proprement parler date de la fin du XIXe siècle. La révolution industrielle a alors bousculé la géographie. La société pense profit. Les innovations font florès. Pour faire voyager plus efficacement personnes et marchandises, l'Europe occidentale se couvre de lignes de chemins de fer et de tramways vicinaux. Des routes sont tracées (le réseau routier devient alors, hormis pour les agglomérations et les autoroutes, assez semblable à l'actuel). De nouveaux canaux sont creusés. Et le transport individuel va bientôt connaître un profond bouleversement. Si la draisienne (1817) et le grand bi (1865) restent assez anecdotiques; les inventions du pédalier (1855), et surtout de la chaîne, en 1879, vont changer bien des choses. A star is born: le vélocipède. A l'avènement du deux roues moderne succédera, dix petites années plus tard, les débuts de l'automobile. 

Les premières cartes routières naissent donc grâce aux premiers clubs cyclistes -et grâce aux compagnies d'assurance- entre 1880 et 1895. Avec le boom du vélo (et dans un second temps de l'auto), les usagers, pour mener à bien leurs nouveaux périples, ont besoin d'indications. Et d'autres informations que celles contenues dans les anciens plans. 

Ces cartes ne ressemblaient pas forcément aux habituelles Michelin ou IGN (institut géographique national). Les différentes maisons d'édition présentes sur le marché se concentrent entre autres sur les pictogrammes, les couleurs, et d'autres indications. Apparaissent les distances entre les lieux, l'existence de postes télégraphiques ou téléphoniques (pour pouvoir prévenir si pépin il y avait), les hôtels, les garagistes, mais aussi la largeur des routes, les lieux touristiques... Est important à l'époque aussi, pour les conducteurs de ces ancestraux bolides, d'avoir une idée sur le type de revêtement de la chaussée. Bien que nombre de routes étaient à l'époque pavées ou en terre, le Macadam faisait sont apparition, et il était important pour l'usager de savoir à quelle sauce il allait être mangé... 

Une autre indication précieuse: les pentes. Leur sens et leur "inclinaison" sont ainsi mentionnés par le signe > (ce signe étant encore souvent indiqué sur les cartes actuelles, en étant doublé ou triplé selon la raideur de la déclivité).

La pente. Une des principale marotte de l'époque. Des cartes, étonnantes, voient ainsi le jour. En Allemagne sont imaginées, à partir de 1890, des "strassenprofilkarte". Produites en série, elles perdureront jusque dans les années 50. En cliquant sur ce lien, voyez un intéressant exemple avec la Suisse et ses alentours. Les pentes sont curieusement indiquées. De couleur rouge (trois teintes différentes), elles renseignent sur la difficulté des montées ou des descentes.  

Des traits, des couleurs et des hommes

Avant de repartir encore un peu plus loin de le passé, nous avons retrouvé dans notre boîte à archives une interview du directeur de recherches FNRS Robert Halleux et du géographe Yves Lacoste. Paul Danblon s'intéresse alors à l'invention de la géographie et de la cartographie, ses évolutions et son utilité aux cours des siècles.

Extrait de "Babel" du 06 mai 92 (Archives RTBF/Sonuma)

Revenons donc sur la piste des cartes à destination du voyageur. En arrière...toute! Et nous voici au XVIIe siècle. Les premiers "guides des routes" sont dessinés. Ainsi, voici, ci-joint, une partie de celui intitulé "Britannia". Réalisé vers 1675, il a été concocté par un certain John Ogilby. Une carte du Devon est ainsi proposée par le site de la BBC. Ces "guides" ont été créés aux XVII et XVIIIe siècle, dans une Angleterre qui commençait à avoir la bougeotte. L'idée: décrire les routes principales au moyen de bandes verticales, parallèles aux tracés. Un hic cependant, les livres reprenant ces croquis étaient fort volumineux. Des améliorations concernant le format ont eu lieu au cours du temps, pour arriver des formats de poche, vers la fin du XVIIIe. 

En France, on a aussi vu fleurir également des "cartes-itinéraires", comme celle ci-joint: la route de Leipzig à Saint-Pétersbourg. Elle est parue en...1802. Le ministère français de la Culture par le biais de "la Revue des Patrimoines", donne de plus amples explications sur cette manière de représenter l'espace.     

Les lignes du front

Jusqu'au deuxième tiers du XIXème siècle, la cartographie de nos contrées est encore principalement liée à la chose militaire. Connaître précisément le terrain s'avère être un avantage considérable entre autres sur les champs de bataille. Dans nos Pays-Bas autrichiens, au XVIIIe siècle, sont réalisées les (superbes) cartes de Ferraris.

En France, ce sont les cartes de Cassini  qui sont en vigueur (pour les amateurs, sachez que l'on peut y observer aussi, en cliquant sur le lien, la région de Philippeville-Mariembourg, une partie de l'Ardenne et un territoire hennuyer allant alors jusque Beloeil).

Bref. Napoléon Ier décide en 1808 de les remplacer par de nouvelles. On cherche la meilleure échelle possible. Ce sera au 1/80 000 (un centimètre sur la carte correspondant à environ 800 mètres dans la réalité). La mise en oeuvre de ces représentations sera menée tout au long du XIXe. Ainsi naissent les cartes d'état-major.

Pour la petite histoire, Napoléon ne bénéficiera pas de leur précision légendaire. Cela lui aurait nui, notamment lors de la bataille de Waterloo. L'empereur se fiait alors à la carte de Ferraris, où s'était glissée une erreur. Voulant positionner des canons près de la ferme de Mont-Saint-Jean, l'empereur s'est, comme à son habitude, penché sur la carte. Une mauvaise reproduction a placé la ferme du côté gauche d'un chemin. Le bâtiment étant en réalité du coté droit, le chef militaire l'a confondue avec celle de la Haie-Sainte. Se trompant de lieu, il se trompait aussi d'un kilomètre. Les boulets de canons tombèrent suite à cela dans la boue, bien loin des troupes ennemies..., comme l'explique le Parisien 

Archives RTBF/ Sonuma: fabrication d'une carte d'Etat Major par l'armée belge en 1967

En France, dès 1900, Michelin a toutes les cartes en main

Refaisons un bon dans le temps, et voyageons jusqu'à l'entame d'un nouveau siècle. Au centre de la France, une entreprise de pneumatique bouillonne. Les idées dans les cerveaux de ses PDG auvergnats, les frères Michelin, sont volcaniques. Les amateurs  de la route, ayant maintenant goûtés au tourisme et à la villégiature, vont alors découvrir bien vite un certain petit guide rouge. En 1900, le Guide Michelin est né. Auberges, restaurants et pompes à essence y sont listés et commentés. C'est maintenant leur confort (et le commerce) qui compte(nt). En 1902, une petite carte de France y sera adjointe.

A l'époque, sur le terrain des cartes et des plans, plusieurs éditeurs sont présents dans le paysage. Mais les marchands de pneu clermontois laisseront leurs traces dans l'histoire encore un fois en 1913, comme on peut l'apprendre sur le site de l'"association des Collectionneurs de guides et cartes Michelin" - et oui, ça existe-. Les industriels inventent alors la carte routière "moderne" (une première avait été éditée par les mêmes Michelin trois ans auparavant, pour un événement sportif en Auvergne). Selon le site internet de France culture, qui dédie un article à l'innovation, entre 1910 et 1913, Michelin réalise la couverture entière de la France en 47 cartes. Avec cette innovation: l'objet est repliable, et la couverture, cartonnée, intégrée à la carte. Ils ont l'idée géniale de la plier en accordéon de deux fois dix plis, beaucoup plus pratique à ranger. Ce format a très peu changé depuis.

Et ils ne se sont pas arrêtés en si bon chemin, les frères Michelin. Ce qu'on sait moins, c'est que ce sont aussi eux qui ont fait borner la France. A la Belle Epoque, le long des routes, il y avait très peu d'indications de lieux, et encore moins de curiosités. Les voies étaient numérotées, certes, mais les Michelin vont les...marquer. Après quelques péripéties, le gouvernement décide donc de borner les routes des France. Et la marque au Bibendum en sera le fournisseur officiel. Juste avant la grande guerre, voilà le nom Michelin présent...à tous les coins de rues! Jusqu'en 1970, l'entreprise fabriquera 300 bornes (souvent en béton) et panneaux, qui jalonneront le réseau français. 

Les routières sont sympas

Voilà donc nos cartes routières modernes parties sur la piste de l'âge d'or. Couvrant de la plus petite à la plus grande échelle, sous forme d'atlas, de la classique cartonnée ou présentes dans des guides régionaux -sous forme d'itinéraires, par exemple-, elles sont utiles aux voyageurs, des camionneurs aux randonneurs. Le vingtième siècle permettra le développement des formes, des couleurs, de la topographie,... de la qualité du papier aussi. Vers l'indéchirable, la "waterproof" et des contrées de matières encore inexplorées... 

Non, la carte routière n'est pas morte

Le nouveau millénaire s'annonçait périlleux. Après une baisse des chiffres de ventes vertigineuse, face à l'arrivée des outils de guidage électronique, le chiffre de vente est parvenu à se stabiliser. Notamment pour Michelin. Car le géant clermontois du pneu est parvenu à se moderniser, et est arrivé à négocier le virage numérique. Pareil pour les organismes soutenus par les états, comme l'IGN (institut géographique national), qui réalise toujours des cartes touristiques. Mais d'autres n'ont pas réussi. On pense alors à feu la marque belge De Rouck, qui a, elle, foncé droit dans le mur (en dix ans, entre 2004 et 2014, on est passé à deux millions de cartes vendues par an à... 200 000).

Une des recettes pour maintenir la production? La thématisation. Multiplier les points de vue: Cartes touristiques, originales, sélectives, historiques,... Le numérique est aussi mis en avant. C'est devenu primordial. En ligne, le trafic en temps réel, de multiples informations pratiques, interactivité et une personnalisation poussée (notamment à des applications sur smartphones) peuvent apporter vraiment un plus. 

Caaaaaaartes à vous!

Voilà pour notre petit voyage dans la magie des lignes, des couleurs et des formes arrive à son terme. On l'utilise peut-être moins dans nos voitures, mais pour préparer une excursion ou un voyage, elle reste un must. La bonne vieille carte routière poursuit son petit bonhomme de chemin.

Aaah, le frisson donné par le dépliage de cet accordéon de papier, de long en large, sur une table!... Il provoque toujours son petit effet chez nombre de rêveurs. Le dépaysement, déjà au coeur de son salon.  

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