La Bretagne ne parvient pas à endiguer les algues vertes

Opération de ramassage d'algues vertes à Saint-Michel-en-Grèves, en Bretagne, le 26 mai 2010
Opération de ramassage d'algues vertes à Saint-Michel-en-Grèves, en Bretagne, le 26 mai 2010 - © Fred Tanneau (archives AFP)

Favorisées par la chaleur précoce, les marées d'algues vertes prolifèrent cette année en Bretagne, ravivant questions et critiques sur l'efficacité du plan national de lutte lancé après la mort d'un cheval et le décès suspect d'un salarié chargé du ramassage pendant l'été 2009.

Comparés à l'an dernier, les ramassages d'algues ont augmenté de 12.045 à 20.321 m³, selon le dernier bilan régional de la préfecture de Bretagne.

Les volumes ont peu évolué dans les Côtes d'Armor - 12 544 m³ en 2011 contre 11 947 m³ en 2010- mais sont "six fois plus importants" dans le Finistère -7.577 m³ en 2011 contre 1.098 en 2010-, selon ce bilan.

Cette "croissance forte" est liée aux conditions climatiques de ces derniers mois (soleil, chaleur, faible précipitation et faible houle), selon la préfecture.

"Même à la Baule, il y a des filets d'algues vertes, c'est du jamais vu, avec la chaleur c'est arrivé plus tôt et, en plus, ça s'est généralisé sur les côtes bretonnes", s'inquiète André Ollivro, du collectif "Marées vertes".

Un récent rapport du Conseil économique et social de Bretagne (Ceser) identifie "un total de 109 sites d'échouages" en Bretagne et note que "des marées vertes sont désormais observées jusqu'à l'île d'Oléron ainsi qu'en Normandie".

Face au fléau, ce rapport souligne "l'urgence et l'ampleur des actions à mener" en estimant que l'efficacité des actions en cours "reste incertaine".

"Sans un abaissement très important de la teneur en nitrate des eaux de ruissellement, les marées vertes subsisteront et défieront les capacités de ramassage", prévient le texte.

Mieux vaudrait prévenir que guérir

Jusqu'à présent, selon le Ceser, priorité a été donnée à l'action curative. "Entre 2007 et 2009, les volumes ramassés ont crû de 27.000 à 60.000 m³. Les coûts de ramassage et de traitement sont passés de 345.000 à 800.000 euros" puis 850.000 en 2010 pour 61.000 m³ échoués.

"Cela fait quarante ans que ça dure... combien ont-ils été et combien seront-ils encore, tous ces élus, tous ces préfets et leurs relais médiatiques à se bousculer à la table des belles âmes pour rédiger des plans toujours onéreux pour les contribuables, tout aussi inefficaces, si on en juge par les résultats", s'insurgeait récemment dans une tribune Yves-Marie Le Lay, de l'association "Sauvegarde du Trégor".

Et "ça ne va pas s'arranger", selon André Ollivro, car les autorités qui n'ont jamais cessé de délivrer des permis d'élevage se préparent à réviser à la hausse les taux d'épandage de lisier.

Au moment où la prolifération des algues vertes "donne lieu à beaucoup d'annonces mais à peu d'actions préventives, cette initiative est pour le moins mal venue", selon l'association UFC Que choisir.

Le risque sanitaire reste marginal quand les algues sont ramassées, mais les marées vertes pèsent sur les activités conchylicoles et "ternissent incontestablement l'image de la Bretagne", ce qui entraîne "une baisse générale de l'attractivité touristique", selon le rapport du Ceser.

Pour "lancer la saison estivale", le maire PS de Plouha, Philippe Delsol organise samedi un grand bain public sur la plage du Brehec, dans les Côtes d'Armor.

Une campagne d'affichage de France Nature Environnement, avec la photographie d'un enfant jouant sur cette plage engluée d'algues vertes, avait suscité une tempête de protestations en Bretagne au printemps.

AFP

         
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