La bière belge est-elle toujours la meilleure? 850 bières sous la loupe

La bière belge est-elle toujours la meilleure?
La bière belge est-elle toujours la meilleure? - © EMMANUEL DUNAND - AFP

Depuis jeudi et jusqu'à ce vendredi soir, 60 jurés internationaux vont départager plus de 850 bières originaires des quatre coins du monde. Cela se passe à Anvers. Au terme de cette sélection, les meilleures bières sont récompensées, chacune dans leur style.

C'est l'occasion pour nous de s'intéresser d'un peu plus près à l'un de nos produits phares en Belgique. On va aller au-delà de la mousse et de la pils. Laurent Melotte, zythologue (œnologue pour la bière si vous préférez) a répondu aux questions de Pierre-Yves Meugens dans Matin Première : 

Est-on toujours les meilleurs dans le domaine ? Les goûts ont-ils évolués en la matière ?

"Je crois, en effet, que la bière belge est encore une référence dans le monde. C’est un petit peu un retour de manivelle, parce qu’il y a eu il y a quelques années, je parle des années 90 – 2000, une diminution assez importante de la diversité des bières belges. Et c’est justement dans des pays comme le Canada, les Etats-Unis, où la bière belge était la référence, que la diversité s’est développée. 

Donc, il y a eu ce retour de manivelle, ce petit vent sur la bière belge et là les brasseurs se sont maintenant réveillés. Après la consolidation des brasseries, on a vu une diminution du nombre de brasseries. Je crois qu’on était à 100 en 2000. On est maintenant à plus de 200 sur lesquelles il n’y a jamais eu autant de diversité au niveau des bières belges".

Cela veut dire qu’on s’est un peu pris de haut à un certain moment ?

"Je crois qu’il y a eu un confort assez important parce que la consommation en Belgique était stable. Elle diminuait, mais on buvait plutôt des bières de qualité. Et puis, surtout, il y avait une exportation qui était en constante évolution et qui l’est encore. Donc, de fait, c’était relativement confortable. Et puis, il y avait les impératifs économiques. Il y avait de plus en plus de petites brasseries qui étaient avalées, qui étaient reprises par des grands groupes, et dont les marques disparaissaient. Et donc la priorité était moins à offrir au consommateur des bières diverses, mais plutôt à avoir du rendement économique".

Les micro-brasseries se développent au Canada. On entend aussi que des trappistes viennent des Etats-Unis, d’Autriche, alors que nous étions leader puisqu’on en a six. Est-ce qu’il n’y a pas aussi un risque pour nos bières ?

"Je ne crois pas qu’il y a de risque. Il y a, de fait, un énorme engouement pour la bière au niveau mondial. Des pays qui n’étaient pas du tout préoccupés par ça, comme la France qui a plutôt des bières de consommation rapide, se développent aussi au niveau de la diversité.

En fait, la nature a horreur du vide. Avec ces consolidations des brasseries belges, il y a eu un énorme vide au niveau de la diversité et le développement du brassage amateur a fait que, maintenant, il y a énormément de brasseurs qui se lancent. Je crois que c’était plutôt bénéfique le fait qu’il y ait cet engouement mondial.

Au niveau des brasseries trappistes, il faut savoir que les trappistes belges, et notamment Chimay, ont investi dans le développement de ces bières trappistes, que ce soit en France ou aux Etats-Unis, par exemple".

Qu’est-ce qui explique cette évolution des goûts, ce retour vers la bière artisanale ? On a des bières aujourd’hui soit fruitées, soit avec des goûts très amers, ce qu’on n’avait pas avant ?

"Il y a eu une sérieuse évolution assez pareille à l’évolution du nombre de brasseries ou de leur taille. On a eu une diminution de tous les goûts, principalement l’amertume mais aussi l’acidité. Les bières dans les années 70-80-90 ont vu leur amertume diminuer. Les gueuzes sont devenues assez édulcorées. Et donc, là de nouveau, il y a eu une certaine uniformisation, et c’est de nouveau un petit peu le vent du Canada, des Etats-Unis, où les bières belges étaient assez prisées, qui a fait que là on a recommencé à faire des bières amères. On a développé de nouveaux houblons.

Et donc, maintenant, il y a un retour de manivelle de ce côté-ci également, avec les excès que l’on connaît parce que les houblons sont maintenant utilisés parfois avec peu de discernement. On trouve des bières très très très amères, des bières qui sentent plutôt le pipi de chat que le fruit de la passion. A ce niveau-là, il y a également des excès, mais je crois qu’on n’a jamais eu autant de diversité".

Ce genre de concours international – plus de 60 pays sont représentés -, 650 bières testées -, est-ce que ça a encore une utilité pour les bières qui vont se faire élire "meilleure bière du monde" dans leur catégorie ?

"Je crois que, pour l’amateur pointu, c’est peu intéressant. Pour le consommateur lambda, je ne crois pas que ce soit prioritaire non plus. Mais, par contre, ça reflète quand même une certaine image au niveau mondial. Donc, je crois qu’il est important que les brasseurs belges y participent et que l’on retrouve dans les classements les bières belges parce qu’il faut quand même se remémorer que, par exemple, la Westvleteren ou les bières de chez Dupont se sont fait connaître à l’export grâce à ce genre de concours. Je crois qu’il ne faut pas être négligeant, en tout cas".

Nos bières sont toujours bien classées de manière générale ?

"Je crois. Je dois dire que je ne suis pas de manière très attentive ce genre de classement, mais je crois que c’est toujours une référence. Quand on visite les brasseries, il y a toujours des médailles à gauche et à droite".

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