La Belgique, plaque tournante de la viande de kangourou ? Gaia dénonce

La Belgique, plaque tournante de la viande de kangourous? Gaia dénonce.
La Belgique, plaque tournante de la viande de kangourous? Gaia dénonce. - © GAIA

L'ONG de défense du bien-être animal Gaia veut qu'on retire la viande de kangourou de nos supermarchés. Elle dénonce un massacre à grande échelle de kangourous en Australie, et les 'terribles souffrances des kangourous' et des bébés kangourous. Gaia pointe notamment le rôle de la Belgique dans ce qu'elle estime être un massacre, puisque selon les derniers chiffres disponibles (2016), la Belgique à elle seule représentait 27 % de l'importation mondiale de viande de kangourou, soit 632 tonnes.

Nous avons tenté de vérifier ces chiffres, mais ça s'est révélé compliqué. Le SPF économie nous renvoie vers l'Institut des Comptes Nationaux de la Banque nationale, qui nous a répondu ne pas avoir de chiffres spécifiques pour la viande de kangourou, car celle-ci est reprise dans la rubrique import/export 'autres viandes'. Quant à l'Afsca (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire), elle tient à rappeler que "les ports d'Anvers et de Zeebruges sont des portes d'entrée sur le territoire européen pour de nombreux produits, dont des denrées alimentaires provenant du monde entier". Ce qui arrive au port d'Anvers et de Zeebruges n'est donc pas toujours destiné au marché belge.

Environ 55 à 60 % de la viande de kangourou est exportée vers d'autres pays européens

L'organisation GAIA admet d'ailleurs que l'ensemble des importations de viande de kangourou n'est pas forcément consommé par des Belges. "Ce qu'on sait aujourd'hui, explique Rafal Naczyk, porte-parole de Gaia, c'est qu'une partie de cette viande est exportée vers d'autres Etats européens au départ de la Belgique qui devient une sorte de plaque tournante, pas seulement de viande de kangourou d'ailleurs. Environ 55 à 60 % de la viande en question est exportée vers d'autres Etats membres".  Pour confirmer ce chiffre, Gaia cite dans son rapport les propos que tenait en 2009 dans De Standaard l'un des deux importateurs belges de viande de kangourou, la PME Deli-Ostrich: "Nous découpons et emballons la viande importée, avant de l’envoyer vers des chaînes de supermarchés dans toute l’Europe. Quarante pour cent de la viande est destinée au marché belge, le reste est ré-exporté dans pratiquement tous les pays d’Europe."

Cette proportion reste globalement identique. "On importe davantage aujourd'hui, nous explique Olivier Van de Vliet, directeur Vente & Marketing de l'entreprise Deli Ostrich, mais par contre, le pourcentage de viande dédiée au marché belge reste d'environ 40%".

Michael Gore, administrateur délégué de la Febev (Fédération Belge de la Viande), précise toutefois que même si les importations sont en légère croissance ces dernières années, "c'est un marché de niche, ça ne représente presque rien". On a tenté le calcul: en 2016 ça représentait environ 38 grammes de viande de kangourou consommée en moyenne par un Belge 'actif'.

Le Belge mange-t-il davantage de kangourou qu'auparavant?

Le groupe Delhaize prétend que non. Les rayons de ses supermarchés contenaient depuis quelques années de la viande de kangourou, mais le groupe a annoncé lundi qu'il arrêterait d'en proposer. "On a commencé il y a deux ou trois ans, dit Karima Ghozzi, responsable de la communication chez Delhaize, à la demande des clients. Mais depuis lors la demande a fortement baissé. Nous analysions depuis quelques temps l'opportunité de la retirer de nos rayons et sous l'impulsion de la campagne de Gaia, nous avons pris cette décision". Lidl et Colruyt ont aussi décidé récemment de cesser la vente de viande de kangourou, rapporte Gaia. Quant à Aldi Belgique, il avait pris l'engagement, bien avant tout le monde de ne pas en proposer dans ses rayons.

Au contraire de Delhaize, Olivier Van de Vliet, responsable de l'une des deux entreprises belges qui conditionnent du kangourou, estime que le Belge mange davantage de kangourou. "S'il mange globalement moins de viande, il sélectionne par contre davantage sa viande. Car la viande de kangourou est plus maigre, a davantage de propriétés nutritives (l'Université de Gand étudié le sujet à notre demande) et elle a un impact moindre sur l'environnement que des animaux d'élevage, malgré le long trajet depuis l'Australie". C'est d'ailleurs la manière dont la PME promeut sa viande 'exotique' sur son site internet: 'Tasty, Natural, Healthy' peut-on y lire. Et Olivier Van de Vliet de regretter que ce qu'il considère comme 'une partie de la solution au problème environnemental auquel nous devons faire face' soit attaqué de la sorte par Gaia.

'Bon pour la santé' ou 'danger pour la santé publique'?

Si Gaia dénonce le fait que la Belgique importe tant de kangourous, c'est parce qu'elle pointe la manière dont ils sont chassés et le fait que la viande serait "contaminée par des bactéries pathogènes, l'E. Coli et la salmonelle". Selon l'ONG, "l’industrie a trouvé une parade pour éviter de perdre des importantes parts de marché : elle nettoie de manière routinière la viande de kangourou avec de l’acide acétique et de l’acide lactique dans le but d’enlever les traces de ces contaminations systématiques". Dans des steaks qu'elle a fait analyser, on aurait trouvé trop d'acide lactique.

L'Afsca se veut rassurante. "La viande contient naturellement de l'acide lactique, dit l'Agence Fédérale pour la sécurité alimentaire, donc sa présence peut être 'naturelle'. Par ailleurs, l'acide lactique n'est pas dangereux pour le consommateur. Il est efficace pour neutraliser certains pathogènes, ce qui a conduit à autoriser son utilisation au niveau des carcasses bovines dans la réglementation de l'Union européenne". 

Les kangourous sont massacrés

Par ailleurs, Gaia dénonce 'une cruauté légalisée' à l'égard des kangourous. Selon l'organisation de défense des animaux, les kangourous sont littéralement massacrés. La chasse aux kangourous a lieu la nuit et les chasseurs ne voient donc pas bien sur quoi ils tirent. Souvent ils ne toucheraient pas la tête et ces bêtes agoniseraient dans d'atroces souffrances. Certaines scènes d'un film projeté par l'ONG font froid dans le dos, notamment celle d'une maman kangourou abattue et d'un bébé kangourou sorti violemment de sa poche.

Quand on soumet cette information à Olivier Van de Vliet qui commercialise du kangourou en Belgique, il ne peut que déplorer, mais se défend. "On trouve important que la viande soit issue d'une chasse respectueuse de l'animal. Mais on ne pense pas que ce que montre Gaia soit représentatif. La viande de kangourou que nous commercialisons est contrôlée directement par les autorités australiennes et s'ils suspectent la moindre infraction à la loi qui régit la chasse dans le pays, elle est directement bloquée".

L'histoire semble se répéter pour l'entreprise, qui, en 2009, déjà, défendait ses choix dans cet article du Standaard. La chaîne de supermarchés Albert Heijn pensait à l'époque arrêter la commercialisation de la viande de kangourou et le PDG de la PME de l'époque s'était voulu rassurant.

Le consommateur a entre-temps changé, il se veut plus responsable, voire éco-responsable. On verra dans les mois à venir si les 38 grammes de viande de kangourou disparaîtront de l'assiette du Belge, ou non. 

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