La Belgique, pays du commerce équitable?

La 15 ème édition de la semaine du commerce équitable met l’accent cette année sur la croissance des produits équitables dans les rayons des grandes surfaces.

De grandes enseignes comme Carrefour proposent depuis longtemps des produits qui respectent les règles éthiques en matière de conditions de travail et de rémunération. Des règles édictées par le label Fair-Trade (anciennement Max Havelaar) qui garantis que les producteurs bénéficient de conditions décentes.

À peine 1% des marchandises mises en vente

A l’occasion de cette semaine du commerce équitable, l’Agence belge de développement a réalisé une enquête auprès des consommateurs belges. Premier enseignement, plus de 90 % des consommateurs ont entendu parler du commerce équitable. C’est mieux qu’en 2014. Deuxième enseignement, ils achètent aussi davantage: chaque ménage a dépensé 12 euros en 2015 pour des produits labélisés Fair-Trade contre un peu plus de dix euros l’année précédente. C’est un chiffre aussi en progression mais "c’est encore trop peu ", confesse Bernard Butinckx porte-parole de Fair Trade Belgium. "Mais les produits labellisés vert et bleus se retrouvent dans toutes les grandes surfaces aujourd’hui. Cela représente à peine 1 % des marchandises mises en vente." Avec un produit phare: la banane. 10 % des bananes vendues en Belgique sont labellisées Fair Trade et des ventes ont progressé de 12 % l’an dernier.

Les grandes surfaces s’y mettent

Une constante progression qui concerne aussi d’autres produits comme le cacao. Même un peu plus chers, ces produits sont de très bonne qualité et pleins de saveurs. C’est aussi cela qui attire les clients. Et les grandes surfaces l’ont bien compris. Exemple, Carrefour qui affirme mettre 400 produits équitables en rayon. Principalement des fruits, du chocolat et du café. Avec une progression de plus de 10 % des ventes en 2015. Delhaize affiche elle un résultat en progression de 15%. La stratégie de ces grandes enseignes, c’est de miser sur les labels pour attirer une clientèle sensibilisée à l’importance du commerce équitable et du bio en espérant qu’il y aura un effet d‘entraînement vers d’autres produits plus classiques. Si vous venez dans un grand magasin pour acheter des produits bio ou équitables, vous ferez le reste de vos courses dans ce même magasin.

Une concurrence pour les boutiques spécialisées ?

Chez Oxfam, le commerce équitable est au cœur de l’activité de ses boutiques qui proposent depuis les années 70, des produits venus des pays du sud. Jeannine est bénévole dans l’un de ces magasins à Namur. Depuis quinze ans qu’elle anime la boutique, elle a connu beaucoup de changements. "La gamme des produits s’est fort élargie. Au début, nous vendions surtout des objets artisanaux, du café du chocolat et des vêtements. Aujourd’hui, nous proposons des produits de beauté naturels, des disques et même du vin. Et cela attire un public plus large. La plupart de nos clients viennent chez nous par conviction. Ils sont persuadés que le fait d’acheter équitable a un réel effet bénéfique sur les producteurs. Leur rémunération est garantie mais aussi leurs conditions de vie. Fair Trade et Oxfam s’assurent que les familles vivent décemment et ont accès à l’eau ou à l’école par exemple. C’est très important. Mais on a de plus en plus aussi des gens qui viennent acheter de beaux objets pas chers, tout simplement."

Quant à la concurrence des grandes surfaces, Jeannine n’en a pas peur. "Au contraire: plus on vend des produits équitables, plus cela profite à ceux qui les produisent et c’est quand même ça le but du jeu ! "

Même souhait du ministre de la coopération Alexandre De Croo (Open Vld) qui a inauguré la semaine du commerce équitable en fixant un objectif: "Nous souhaitons que les Belges achètent, goûtent, respirent, sentent, rêvent équitable… Bref, que d’ici 2020, le choix du commerce équitable soit inscrit dans l’ADN belge ! " Un pari loin d’être gagné. La cause progresse lentement mais sûrement.

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