La Belgique, "pays d'Europe qui vaccine le plus"? Pas vraiment, en fait

Après avoir été pointée du doigt comme le mauvais élève, la Belgique serait en ce moment le pays de l’Union européenne qui vaccine le plus contre le coronavirus, si l’on en croit un tweet énormément partagé ces derniers jours. Le classement était authentique… mais il est déjà dépassé. Et il est à prendre pour ce qu’il est : une photo à un moment donné. Mais il est révélateur d’une réelle évolution dans notre pays.

"C’est plus un marathon qu’un sprint". C’est ce que répétait régulièrement Sabine Stordeur pour la Task Force Vaccination, alors que certains pointaient le (trop) lent démarrage de la Belgique dans la vaccination contre le Covid-19, la plaçant tout en queue de peloton des pays européens en termes de nombre de doses administrées par habitant au début de cette année.

Si on veut reprendre l’image, la Belgique n’est pas encore en tête de la course, mais elle est celle qui court le plus vite en ce moment, ce qui lui a fait résorber son retard, et la rapproche inéluctablement des premières places.

Que dit le graphique partagé ? Il compare les pays de l’Union européenne au niveau du nombre moyen de doses administrées (peu importe qu’il s’agisse de la première ou de la seconde) par jour lors de la semaine écoulée, et ce en se basant sur les chiffres de Our world in Data, site mis au point par l’université d’Oxford, et qui fait référence en la matière. Celui-ci se base lui-même sur les chiffres fournis en Open data par les différents instituts de santé publique nationaux. Et c’est incontestable : au 11 juin, la Belgique apparaissait bien en tête de ce classement pour l’Union Européenne. Attention, on parle bien d’Union : au niveau géographique, c’est l’Islande qui est en tête de la course européenne.

Et de doses administrées sur la semaine : si on prend le nombre de personnes déjà vaccinées, c’est Malte qui est loin en tête, devant la Hongrie, et la Finlande, la Belgique étant juste derrière au niveau de l’Italie et l’Allemagne.

Est-ce qu’il est toujours d’actualité ? Non. Dans la mise à jour de samedi la Belgique était à nouveau dépassée par Malte. Ça ne veut pas dire que la Belgique a ralenti le rythme, c’est plus une question de dates et d’actualisation des données : une dose administrée n’est pas immédiatement rentrée dans le système informatique vaccin.net. Et puis ce dimanche à 11h, c'est l'Irlande, où les données manquaient, qui est repassée devant. Bref, c'est un classement très mouvant.

 

Comment expliquer l’évolution ? Au moment où certains politiques pointaient le "retard" de la Belgique, le nombre de doses administrées était très faible partout en Europe. Un très léger retard pouvait vous faire reculer très fort dans ce classement. Or, de son propre aveu, la Belgique a voulu "sécuriser" son stock au début, c’est-à-dire qu’étant donné le faible nombre de doses reçues au début de l’année, la Task Force Vaccination préférait ne pas administrer toutes les doses reçues, afin d’être sûr de disposer de suffisamment de vaccins au moment de donner les secondes doses. D’autre part, le tout début de la vaccination "grand public" a connu quelques couacs, notamment liés aux maladies de jeunesse du logiciel de gestion des invitations, et à un système de convocations un peu "rigide" pour être certain de respecter les priorités fixées (personnes âgées, comorbidités,…). Une fois ces personnes à risque invitées, le système s’est assoupli, et plusieurs initiatives ont été mises en place afin d’utiliser toutes les doses disponibles, comme Qvax ou l’actuel "marathon de la vaccination" à Soignies. Vu le nombre de centres et leur proximité, la logistique belge est désormais très performante.

Est-ce qu'on va gagner la course? Sans doute pas. Mais il est évident que ce n'est pas le plus important. La vraie course n'est pas contre les autres pays, mais bien contre l'apparition de variants plus transmissibles et (un peu) plus résistants au vaccin, comme on le voit au Royaume-Uni, où on assiste à une hausse des cas et des hospitalisations malgré une vaccination déjà plus large que chez nous. On peut y faire face, selon les épidémiologistes, mais à condition d'obtenir une couverture vaccinale suffisante.

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