La Belgique, paradis des proxénètes? Vraiment?

Maison de Prostitution
Maison de Prostitution - © RAYMOND ROIG - BELGAIMAGE

Lors du procès DSK, Dominique Alderweireld, alias Dodo La Saumure, s'est fendu de plusieurs déclarations sur la façon dont le proxénétisme était selon lui poursuivi en Belgique. L’homme prétend qu’en Belgique il n’est pas considéré comme un proxénète. Alors, notre pays autorise-t-il vraiment le proxénétisme ?

C’est presque devenu une rengaine : "Moi je n'ai pas d'employées. S’il y avait un lien de subordination avec les filles, selon la loi belge, je serais un proxénète. C’est pour ça que je n’ai que des indépendantes. Elles vont où elles veulent." Dominique Alderweireld le rappelle une fois de plus lors de son audition dans le procès dit du Carlton de Lille.

Sauf que le code pénal belge ne fait pas cette distinction entre indépendantes ou salariées. Il interdit tout simplement d’inciter à la débauche ou à la prostitution.

Le proxénétisme est illégal en Belgique. Selon l’article 380 du code pénal : "Sera puni d'un emprisonnement d'un an à cinq ans et d'une amende de cinq cents [euros] à vingt-cinq mille [euros]

1° quiconque, pour satisfaire les passions d'autrui, aura embauché, entraîné, détourne ou retenu, en vue de la débauche ou de la prostitution, même de son consentement, une personne majeure (...) ;
2° quiconque aura tenu une maison de débauche ou de prostitution ;
3° quiconque aura vendu, loué ou mis à disposition aux fins de la prostitution des chambres ou tout autre local dans le but de réaliser un profit anormal ;
4° quiconque aura, de quelque manière que ce soit, exploité la débauche ou la prostitution d'autrui."

La loi interdit, mais la justice condamne-t-elle ?

Dominique Alderweireld est la preuve que la justice belge condamne pour proxénétisme. En première instance et ensuite en appel, il a été condamné pour proxénétisme, blanchiment d'argent, organisation criminelle, infraction à la loi sur les stupéfiants, faux en écriture...

La liste est longue, parce que, souvent, une infraction pour proxénétisme s'accompagne d'autres infractions. Si ses maisons de prostitution n'ont pas encore été fermées, c’est parce que la procédure judiciaire est toujours en cours - le tenancier de maison de prostitution s’est pourvu en Cassation.

Mais le "simple proxénétisme" est aussi régulièrement condamné en Belgique. Isabelle Algoet, substitut du procureur du Roi au parquet de Mons, division de Tournai, connaît bien cette matière. "En Belgique, le proxénétisme est illégal et c’est évident que l’article 380 est utilisé régulièrement. J’ai d’ailleurs en tête plusieurs cas où le simple proxénétisme a été poursuivi et condamné."

La magistrate précise toutefois que le ministère public a des priorités. "On va se pencher en priorité sur les cas les plus abusifs."

Voilà qui explique pourquoi certains bars à prostituées ont encore pignon sur rue : le parquet peut estimer qu'il y a des dossiers plus importants à poursuivre, que d'autres. D'où, peut-être, l’accusation qu’on entend parfois de laxisme de la Belgique vis-à-vis des proxénètes.

O. Leherte

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK