La Belgique imposera-t-elle le port du masque dès 6 ans ? Le flou persiste autour de la transmission des enfants

Les enfants et le masque sont une grande inconnue depuis l'arrivée du coronavirus de notre côté du monde
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Les enfants et le masque sont une grande inconnue depuis l'arrivée du coronavirus de notre côté du monde - © Kelly Sikkema on Unsplash

Espagne, Italie, Grèce et depuis ce 29 octobre, France. Les pays à imposer le masque aux enfants âgés de plus de six ans sont de plus en plus nombreux. En Belgique, il est obligatoire dès 12 ans et ce, dans les lieux confinés ou lorsqu’une distance d’1,5 mètres ne peut pas être respectée entre les personnes. Mais allons-nous connaître, comme bon nombre de nos voisins européens, une extension de l’obligation du port du masque dans les semaines, jours ou même heures à venir ? Rien n’est moins sûr. En attendant, certains éléments permettent de comprendre si oui ou non, obliger nos chérubins à porter le masque dès 6 ans serait, ou non, une bonne idée.

"Dès la rentrée de lundi, le protocole sanitaire sera adapté et renforcé pour assurer la protection de tous les enfants, les enseignants, les parents d’élèves", a annoncé le Premier ministre français Jean Castex devant l’Assemblée nationale. Il défendait l’extension de l’obligation du port du masque dès 6 ans.


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En Belgique, toujours pas de mouvement prévu à ce propos. Pourtant, la mesure fait débat et ce, depuis le retour de nos enfants à l’école en septembre dernier. Le masque pour les enfants de 12 ans et plus est une réalité en Belgique dans de nombreux cas comme les écoles, les transports en commun et certains lieux publics. Hors de chez nous, nous ne sommes susceptibles de croiser que les sourires des plus petits, entrecoupés par une dent de lait tombée la veille.

Aucune immunité pour les enfants

"On estime qu’entre 6 et 10 ans environ, il y a une faible transmissibilité. On constate aussi que les enfants sont moins souvent malades. Les plus petits sont de moins bons transmetteurs. Après, c’est différent", a répondu en juillet Yves Van Laethem, le porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19 concernant le port du masque pour les enfants en dessous de 12 ans.

Si au début de l’épidémie, certains disaient les enfants immunisés au Covid-19, il apparaît aujourd’hui clairement que ce n’est pas le cas. Pour preuve : depuis le début de l’épidémie, plus de 9000 enfants âgés de moins de 9 ans ont été testés positif au virus. Sur les près de 393.000 cas belges enregistrés aujourd’hui, cela reste toutefois anecdotique puisqu’ils représentent 3% du total des infections et 1,6% des hospitalisations.

Ils ne sont pas très malades

À l’Hôpital Universitaire des Enfants Reine Fabiola (Huderf), même si on ne communique pas sur les chiffres, de petits patients atteints du coronavirus sont admis régulièrement. "On en a eu et on en a encore", confirme Pierre Smeesters, chef du service pédiatrie et infectiologue. "Ils ne sont pas très malades et ne nous inquiètent pas mais il y en a. Je dois dire que notre expérience est tout à fait rassurante." Pourtant, le risque zéro n’existe pas, en atteste le décès d’une fillette de 3 ans en juillet dernier.

Incertitudes

S’il convient alors de préserver les plus petits des Belges au même titre que n’importe quelle classe d’âge, faut-il pour autant obliger les enfants à porter le masque dès 6 ans ? Pour le savoir il faut établir la distinction entre une personne porteuse du coronavirus et une personne transmetteuse. Et la transmission, c’est justement une inconnue importante à l’heure actuelle.


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"On sait que la transmission du Covid-19 n’est pas égale d’une personne à l’autre", assure le pédiatre. "Il y a une forme de graduation liée à l’âge et les enfants sont moins transmetteurs que les adultes." Il faut donc comprendre par là que plus vous êtes jeune, moins vous transmettez le virus. C’est tout du moins ce que bon nombre de recherches avancent.

Pourtant, cela est loin de faire consensus en Belgique comme dans le monde. En juillet, une étude américaine émettait l’hypothèse que les enfants soient de vecteurs importants de propagation du virus. Une autre étude, sud-Coréenne cette fois-ci, estimait au même moment que les enfants en dessous de neuf ans étaient de moins bons transmetteurs.

"Moteur" ou pas ?

Difficile donc de savoir exactement à quel point les plus petits belges peuvent nous transmettre le coronavirus. Pour Pierre Smeesters, il y a un large consensus partagé par les pédiatres du monde entier : "Les enfants subissent mais ne sont pas le moteur de l’épidémie." Il affirme donc que si les enfants sont impactés comme leurs aînés, ce ne sont pas eux qui sont à l’origine de la large transmission de Covid-19 que nous connaissons aujourd’hui.

"Quand on regarde qui est la première personne de la famille qui a été infectée, dans moins de 10% des cas, c’est l’enfant qui a été le premier infecté. Et dans les études réalisées sur les enfants hospitalisées, on se rend compte que 90% des cas, ces enfants avaient un parent à la maison déjà malade", avait témoigné la pédiatre et infectiologue Anne Tillemanne mi-octobre.

Aujourd’hui, des zones d’ombre entourent encore ce virus qui est entré dans nos vies depuis mars 2020. Et de nouvelles études amènent chaque jour leurs lots d’informations aux professionnels du terrain. "Il est possible que les modes de transmission changent en fonction de la mesure de l’épidémie, s’interroge Pierre Smeesters. On ne peut pas exclure que vu la situation, des choses qu’on n’a pas observées durant les 6 premiers mois de l’épidémie soient aujourd’hui possibles."

Le masque en dessous de 12 ans

Malgré certaines zones de flou, les données semblent positives pour garder le visage des plus petits enfants découvert. Mais alors pourquoi certains pays font aujourd’hui le choix d’obliger aux enfants, dès 6 ans, de sortir masqués ? Tout est une question de gestion des incertitudes, assure le chef de service de l’Huderf. "La différence majeure est de savoir jusqu’où on va", explique-t-il.

Il évoque "deux tendances majeures qui dialoguent". D’un côté, les personnes qui constatent qu’aujourd’hui, nous sommes dans une situation où le contrôle de l’épidémie a été perdu. "Ils se disent que ce qu’on a fait jusqu’à maintenant ne fonctionne pas et se demandent ce qu’on peut faire de plus", ajoute le docteur Smeesters.

Avez-vous déjà porté le masque pendant toute une journée ?

De l’autre côté, certains pédiatres qui assurent qu’un enfant de 7-8 ans ne peut de toute façon pas porter un masque pendant plusieurs heures de manière efficace. "Avez-vous déjà porté le masque pendant toute une journée ?", interroge le pédiatre infectiologue. Il estime qu’il faut être réaliste "si c’est déjà difficile pour un adulte de porter le masque correctement sur une longue durée, cela devrait l’être tout autant voire davantage pour un enfant". Mais selon lui, c’est aux instituteurs d’estimer si ce serait gérable ou pas et il fait d’abord une réelle mesure de l’impact du port du masque dès 6 ans.

"Il nous semble qu’il est peu probable que la majorité des enfants entre 6 et 12 ans puissent porter non seulement convenablement mais maintenir ce port convenable du masque pendant un temps prolongé", a affirmé de son côté Yves Van Laethem pas plus tard que ce vendredi 30 octobre. Il estime que le masque a un impact mais nuance : "On sait aussi que si on le porte mal, c’est une fausse sécurité et que dans certains cas ça pourrait même être plus délétère qu’autre chose. C’est pour cela qu’actuellement il ne semble pas nécessaire et utile d’étendre le port du masque dans les écoles ou ailleurs."

Des mesures "conditionnelles et temporaires"

Si élargir l’obligation de porter le masque reste incertain en termes d’impact, l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS) estime que les enfants âgés entre 6 et 11 ans doivent se munir d’un masque s’ils évoluent dans "une zone où la transmission est intense".

C’est pourquoi Pierre Smeesters plaide pour une application au cas par cas. Il estime que oui, le port du masque chez les enfants peut être une bonne chose, par exemple dans les écoles où on constate une forte circulation du virus. "Mais il y a de nombreuses écoles dans lesquelles il ne se passe rien, ajoute-t-il. Alors pourquoi pas imposer le masque pendant des périodes de trois semaines quand c’est nécessaire et dans les écoles les plus touchées ?"


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Si ce pédiatre ouvre le débat, il insiste : "On fait face à une maladie où des différences régionales évoluent dans le temps." Selon lui, il n’y a aucune "mesure absolue parfaite" et le masque fait uniquement office de filtre qui aide mais qui n’est pas non plus un remède miracle.

Enfin, Pierre Smeesters conclut : "Le combat des pédiatres est aujourd’hui de dire que les enfants ne doivent pas payer ce que les adultes ne veulent pas faire. Si on ne connaît pas l’impact de faire porter le masque à partir de 6 ans, on sait que limiter les contacts sociaux est quelque chose qui fonctionne beaucoup mieux."

Reste à savoir si l’extension du port du masque sera au menu du Comité de concertation qui verra sans doute l’application de nouvelles mesures.

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