Coronavirus : la Belgique est-elle prête à relever le défi logistique de la vaccination de 70% de sa population ?

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- - © HENDRIK SCHMIDT - AFP

La Belgique est depuis longtemps une plaque tournante dans la production de vaccins. GSK à Wavre, Pfizer à Puurs près d’Anvers, Novasep à Seneffe (pour la production du vaccin Astrazeneca) sont autant d’usines de fabrication de vaccins dans notre pays et leurs lignes de production fonctionnent déjà à plein régime actuellement, avant même qu’un seul de ces vaccins ne soit déjà homologué par l’Agence européenne du médicament. Mais si elle est bien dotée en usine de fabrication de vaccins, la Belgique réussira-t-elle son pari d’assurer la distribution et la vaccination gratuite de 70% de sa population (avec priorité aux groupes à risque) endéans la fin de l’année prochaine ?

Un casse-tête logistique

La mise à l’épreuve de notre logistique n’est apparemment plus qu’une question de semaines. Le vaccin Pfizer-BioNTech ne devrait pas tarder à être homologué. Il affiche, en effet, des résultats très encourageants à l’issue des essais cliniques de phase 3. En effet, un individu exposé au coronavirus et ayant reçu ce vaccin présente plus de 95,5% de chance, supplémentaire, aux dernières nouvelles, de ne pas tomber malade qu’une personne non vaccinée.

S’il est prochainement homologué, ce vaccin développé par Pfizer-BioNtech présente des particularités dans son mode de conservation (il doit être conservé à -72°). Ce vaccin sera aussi le premier vaccin ARN à être utilisé pour une grande campagne de vaccination. Or, il présente des caractéristiques assez spécifiques : c’est la toute dernière génération de vaccin conçu entièrement synthétique et qui n’a jamais été commercialisé jusqu’à présent. Son prix par dose est donc assez onéreux.

Des supercongélateurs à -72°

Pfizer annonce avoir déjà mis au point toute une logistique au départ de son centre de production de Puurs. Les doses de vaccins fabriquées sont, en effet, entreposées dans des congélateurs à ultra basse température. Au nombre de 350 sur place à Puurs pour l’instant, ils seront 700 d’ici le début 2021. Pfizer a par ailleurs mis au point des conteneurs thermiques contenant de la glace sèche (du dioxyde carbone sous forme solide) assurant une température de -72° et qui seront acheminés jusqu’aux points de vaccination. Une fois arrivées à destination, les doses peuvent être conservées deux à cinq jours dans des frigos normaux (2° à 5°).

Mais, nous affirme, Marie-Lise Verschelden, responsable communication Pfizer Belgique, "la réfrigération à -72° peut être maintenue plus longtemps en renouvelant la glace sèche. Notre chaîne de distribution sera équipée d’un système GPS qui nous permettra de vérifier en permanence la température du vaccin". Avec ces containers de glace sèche, Pfizer peut assurer quinze jours de validité des doses de vaccins. Dernière solution, les centres de vaccination s’équipent de congélateurs spéciaux à ultra basse température qui permettent de prolonger la conservation du vaccin jusqu’à six mois.

Quelle option nos autorités fédérales choisiront-elles ? A ce jour, la seule réponse que nous apporte Yves Van Laethem, virologue et porte-parole interfédéral, est la suivante : "nous disposerons de 10 à 90 points de stockage des doses de vaccins Pfizer, toujours en cours d’identification disséminés partout en Belgique. Mais nous ne savons pas encore comment nous conserverons ces doses de vaccins. Congélateurs à ultra basse température ou containers de glace sèche ? Nous ne le savons pas encore. Nous sommes en train de définir ces points de stockage dans ces prochaines semaines pour pouvoir démarrer d’ici janvier-février. On pourrait concentrer les lieux de vaccination dans des structures comme les hôpitaux (où il y a des frigos à -80°) et les maisons de repos où nous avons déjà beaucoup de personnes concentrées. Un certain nombre de travel clinics pourraient être des lieux de vaccination également."

Des vaccins plus traditionnels comme AstraZeneca pour vacciner le reste de la population ?

La Belgique a d’ores et déjà commandé 5 millions de doses du vaccin Pfizer-BioNtech. Cela signifie qu’elle pourra vacciner au maximum 2,5 millions de personnes puisque le vaccin se prend en deux doses. Soit au total, moins de 25% de notre population. Les autorités belges ont déjà communiqué à plusieurs reprises sur les publics qui seraient prioritairement vaccinés : le personnel médical et les personnes à risque (les plus de 65 ans, les diabétiques, les cardiaques).

Mais où la vaccination de ces personnes sera-t-elle opérée ? Ni les pharmacies, ni les médecins ne disposent de congélateurs adéquats pour conserver un vaccin à -72°. La chaîne de distribution classique pourra donc difficilement fonctionner. Comme en Allemagne, la Belgique va-t-elle mettre en place des centres de vaccination prêts à accueillir les containers acheminés par la firme Pfizer ?

Par ailleurs, l’annonce, ce lundi, que le vaccin anglo-suédois, AstraZeneca, est efficace à 70% en moyenne, (c’est déjà beaucoup mieux que le vaccin contre la grippe efficace entre 30% et 70% selon les années), laisse augurer qu’il sera sur le marché d’ici peu de temps aussi. Par ailleurs, la Belgique a déjà pré-acheté sept millions de doses de ce vaccin qui se prend en deux fois et pourrait donc immuniser trois millions et demi de Belges. AstraZeneca utilise une technologie plus traditionnelle que celle de Pfizer BioNTech. Elle ne nécessite pas de maintenir une chaîne du froid comme son concurrent.

Le vaccin AstraZeneca pourrait donc suivre une filière traditionnelle de distribution en pharmacie et chez le médecin. Peter Van Eslande, président de l’Association nationale des grossistes-répartiteurs de spécialités pharmaceutiques (ANGR), participera ce vendredi à la réunion de la Task Force Vaccins. Il peut déjà assurer une chose :" Nous livrons les pharmaciens deux à trois fois par jour. Notre chaîne de distribution ne va sans doute pas assurer la distribution en pharmacie du vaccin Pfizer BioNtech car c’est très compliqué avec une telle chaîne du froid. Mais notre chaîne de distribution pourra assurer la distribution en pharmacie de tous les autres vaccins, entre 2° et 8°. Nous sommes la chaîne logistique la plus légitime pour la distribution des vaccins plus traditionnels. "

Un ministre de la santé très confiant

Frank Vandenbroucke, le ministre de la Santé, s’exprimait ce week-end dans l’émission De Zevende Dag. Il a pris un pari : "Lorsque le vaccin sera arrivé dans notre pays, nous aurons tout organisé. Si ça ne fonctionne pas, vous pourrez vous en prendre à moi", a-t-il déclaré.

Des propos confiants dans le but de rassurer les citoyens belges, que le professeur Ramaekers et responsable de la Task Force Vaccins a relayés : "Personne ne doit craindre que notre pays ne soit pas prêt à temps. La task force travaille dur. Le niveau fédéral et les communautés avaient déjà élaboré divers scénarios et idées, sur lesquels nous travaillons maintenant au sein du groupe de travail. Je pense que nous pourrons arrêter un premier projet de stratégie d’ici la fin de cette semaine. Je ne veux pas révéler son contenu, car lorsqu’une stratégie est prête, elle doit encore être approuvée politiquement au préalable", explique le président du groupe.

Podcast "Derrière les chiffres"

 Pourquoi vouloir vacciner 70% des Belges ?

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