Féminicides: la Belgique a-t-elle besoin de son "Grenelle" des violences conjugales?

L'ouverture d'un "grenelle des violences conjugales" en France était au cœur du débat lancé par Arnaud Ruyssen dans Soir Première ce mercredi, autour de cette question: la Belgique en fait-elle suffisamment face aux violences à l'égard des femmes? Deux invités sur le plateau de CQFD pour y répondre ce mercredi : Maria Miguel-Sierra, directrice de l'asbl La Voix des Femmes, et Christian De Valkeneer, procureur général de Liège.

15 féminicides depuis début 2019

Le blog "Stop Féminicides" répertorie le nombre de victimes de féminicides (tuer une femme en raison de sa condition féminine) en Belgique. Elles sont au moins 15 depuis le mois de janvier 2019, elles étaient 37 sur toute l'année 2018 et 40 en 2017. En France, elles sont déjà 101 depuis le début de cette année. Pour endiguer le phénomène, un "Grenelle des violences conjugales" a été lancé et réunira jusqu'au 25 novembre ministres, administrations, associations et proches des victimes pour trouver des solutions concrètes.

Parmi les mesures déjà annoncées chez nos voisins: la création de 1000 places d'hébergement d'urgence, la mise en place de bracelets électroniques "anti-rapprochement", la présence de procureurs spécialisés dans les 172 tribunaux français, mais aussi un audit dans 400 commissariats et gendarmeries, pour évaluer la prise en charge de victimes. De leur côté, les associations de terrain réclament un budget d'un milliard d'euros pour lutter efficacement contre le violences conjugales.

Un accueil mal coordonné 

Chez nous, le manque de budget est aussi pointé du doigt par Maria Miguel-Sierra: "Nous sommes incapables de dire aujourd'hui en Belgique quels sont les budgets alloués à la lutte contre cette violence", regrette la directrice de l'asbl La Voix des Femmes. Des avancées ont été faites, concède-t-elle, mais elles ne sont pas suffisamment coordonnées: "On devrait par exemple avoir le même accueil partout en Belgique pour réceptionner les plaintes, mais aujourd'hui ce n'est pas le cas".

Christian De Valkeneer précise que ce sont des dossiers qui surviennent généralement durant les périodes de garde dans les commissariats (les weekends ou la nuit): "Ce sont souvent les services d'intervention qui doivent gérer ce genre de matière, des gens qui doivent passer d'accidents de la route à des faits de violence conjugale (...) et avoir du personnel spécialisé, dans les petites zones de police, est compliqué". 

Le modèle espagnol

L'Espagne est un exemple en la matière car elle a réussi à mettre en oeuvre une politique efficace de lutte contre les violences faites aux femmes. Là-bas, le mot "féminicide" est entré dans le code pénal. L'usage du bracelet électronique a été étendu aux conjoints violents. Et surtout, des tribunaux spécialisés ont été créés et permettent une justice accélérée. Des procédures qui ont porté leur fruits: 47 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou de leur ex en 2018 en Espagne, contre 71 en 2003. 

"En Belgique, la lenteur de la justice est effarante comparé aux résultats espagnols", observe Maria Miguel-Sierra. On estime que 70% des plaintes pour violences conjugales sont classées sans suite chez nous. Pourtant, "il y a énormément d'initiatives qui sont prises à tout niveau: la justice, la police, le secteur associatif, les régions, communes, provinces, répond Christian De Valkeneer, mais il y a un problème de coordination". 

"Il faudra réfléchir en termes de collaboration", conclut Maria Miguel-Sierra, en appelant les nouvelles majorités à être attentives à ce point, lorsqu'elles rédigeront le prochain Plan d’Action National de lutte contre la violence basée sur le genre, plan renouvelé tous les 5 ans et qui arrive à échéance cette année.

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