La Belgique a précommandé 22 millions de vaccins à 5 firmes : après Pfizer et Moderna, où en sont les trois autres ?

A bottle of  Covid-19 Vaccine
A bottle of Covid-19 Vaccine - © David Talukdar - Getty Images

La Belgique, on le sait, a précommandé des vaccins via la Commission européenne, à cinq groupes pharmaceutiques. Dans l’ordre chronologique, Astra Zeneca, 7 millions et demi de doses, Johnson&Johson 5 millions, Cure-vac 3 millions, début de l’automne et ensuite, seulement en novembre à Pfizer, 5 millions et enfin en décembre, à Moderna 2 millions de doses.


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Deux ont été autorisés à la mise sur le marché par l’EMA (l’agence européenne des médicaments) : Pfizer-BioNtech et Moderna, deux vaccins innovants à ARN messager. Leur efficacité étant particulièrement bonne, respectivement, 95 et 94,5%. La vaccination a déjà commencé avec le vaccin Pfizer. Moderna devrait suivre.

Pfizer, Moderna et après ?

Mais qu’en est-il des trois autres, ceux pour lesquels, nous avons souscrit des contrats auprès de l’Europe, en premier. Le plus avancé est celui d’Astra Zeneca, basé sur une autre technologie que l’ARN, des vecteurs viraux à ADN qui ne se réplique pas (un virus de chimpanzé), il nécessite lui aussi deux doses. Il a déjà été autorisé en urgence et inoculé dans plusieurs pays dont le Royaume-Uni et l’Inde. Il est en évaluation à l’agence européenne du médicament depuis octobre qui annonce un feu vert de mise sur le marché en février.

Astra Zeneca et le couac de la demi-dose plus efficace

On s’en souvient, les essais cliniques avaient donné des résultats surprenants, dans un sous-groupe de quelques milliers de volontaires qui avait reçu par erreur une demi-dose à la première injection, l’efficacité du vaccin était montée à 90%, alors que les autres groupes, l’efficacité était seulement de 60%. "Ce n’était pas un couac": tempère Jean-Michel Dogné, Directeur du département pharmacie de l’UNamur et expert en sécurité des vaccins, "Ils ont juste constaté par erreur qu’une plus faible première dose administrée dans ce sous-groupe donnait des efficacités plus importantes que les deux doses standards. Mais le nombre de volontaires dans ce sous-groupe était trop petit pour pouvoir en tirer des conclusions."

"Une grande étude sur 30.000 personnes serait en cours aux Etats-Unis avec les deux doses normales" poursuit l’expert, "Astra Zeneca veut d’abord confirmer les résultats avec des doses normales à plus large échelle. Libre à eux d’en démarrer une avec une première demi-dose comme ils l’ont annoncé. Mais à ce jour, il n’y a aucune donnée puisque l’étude en question n’a pas encore été lancée."

Mais la première à publier officiellement ses résultats

Reste qu’Astra Zeneca est la première à avoir publié officiellement les résultats de ses essais cliniques. C’était dans la revue scientifique "The Lancet". Avec minimum 60% de protection, ce vaccin est moins efficace que ceux à ARN mais il peut être mis sur le marché car la FDA (agence américaine du médicament) et l’EMA (l’Européenne) demandent une efficacité d’au moins 50% pour être autorisé. Par comparaison, les vaccins contre la grippe, par exemple, ont des efficacités allant de 30 à 60%.

Johnson&Johnson, un vaccin peut-être à une seule dose

Deuxième vaccin qui devrait arriver chez nous, celui de Johnson &Johnson (et le belge Janssen Pharmaceutica). Il n’y a pas encore de résultats publiés comme pour Astra Zeneca, mais des essais cliniques en phase 3 sont en cours sur 45.000 volontaires. "Les résultats sont attendus pour fin janvier": affirme Muriel Moser, Immunologiste à l’ULB, "Ce qui est intéressant, c’est que ces tests sont réalisés sur des personnes de différentes classes d’âge et d'ethnies. Ici le vecteur transporteur est un virus qui donne le rhume chez les humains, c’est un bon stimulant pour la réponse immunitaire. Et puis, ils ont lancé en parallèle deux études de phase 3, avec un groupe qui recevra une dose et un autre qui en recevra deux, pour comparer la protection acquise contre le Covid-19. Et ainsi savoir, si une dose suffit. On notera enfin que ce vaccin se conserve à la température du frigo, pas besoin comme pour les vaccins à ARN de super congélateurs".

Curevac, le dernier avec un peu de retard

Reste le petit dernier, Curevac, une petite biotech allemande qui utilise aussi la technologie de l’ARN messager. "Mais ici, ce sont des ARN naturels non modifiés, contrairement à ceux de Pfizer ou Moderna qui les a modifiés pour qu’ils soient moins inflammatoires et plus stables", nous explique Muriel Moser, "Curevac affirme que cela pourrait donner une immunité plus forte avec des concentrations en ARN plus faibles. On devrait avoir des réponses après les derniers essais cliniques, ce candidat vaccin a pris un peu de retard sur ses concurrents. Il faut dire que les Etats-Unis ont investi massivement dans les deux firmes américaines. Même si l’Europe a investi plusieurs millions d’euros dans cette biotech allemande innovante."

Une étude sur la sécurité du vaccin serait en cours, en parallèle avec un essai clinique sur 35.000 volontaires en Europe et en Amérique latine. Les résultats pourraient, selon notre experte, tomber dans les prochaines semaines.

Jean-Michel Dogné qui siège aussi à l’agence du médicament relativise : "Nous avons très peu d’infos au niveau de l’EMA, Curevac n’a pas encore présenté d’étude d’évaluation, elle est un peu sous le radar et l’évaluation pourrait durer jusqu’à la fin du premier semestre. Curevac est une petite société qui a une connaissance excellente et approfondie de l’ARN et des médicaments innovants, mais pas l’infrastructure pour les produire. Aujourd’hui, il semble qu’elle veut mettre un coup d’accélérateur au niveau de la logistique et de la production. Elle vient de s’associer avec le Géant Bayer."

Et ce spécialiste de résumer pour nous : premier trimestre, arrivée chez nous, d’Astra Zeneca, deuxième trimestre, Johnson&Johnson, début de l’été, Curevac/Bayer, si tout se déroule comme prévu, bien sûr. Il se dit confiant.

Reportage sur le vaccin Moderna, dans notre journal télévisé du 6 janvier :

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