La Belgique a 10 ans pour éradiquer l'hépatite C, le Nobel de médecine 2020 va-t-il l'y aider ?

Illustration - Un Test Rapide d'Orientation Diagnostique (Trod), permettant le dépistage, rapide et sans prise de sang, de l'hépatite C.
Illustration - Un Test Rapide d'Orientation Diagnostique (Trod), permettant le dépistage, rapide et sans prise de sang, de l'hépatite C. - © Belga / AFP

Éradiquer l’hépatite C d’ici 2030, la Belgique s’y est engagé.

Mais "à politique inchangée, notre pays n’atteindra pas cet objectif", affirment les experts, "même pas dans 30 ans". Raison pour laquelle ils ont tenu ce vendredi depuis Bruxelles, une table ronde en ligne. Parmi les participants : des hépatologues, des médecins généralistes ou encore des spécialistes de l’addiction. Ensemble, ils ont mis des propositions sur la table pour parvenir à cet objectif. Le rapport doit maintenant être rédigé avant d’être transmis aux autorités.

Le fait que le Nobel de médecine ait été attribué cette année au trio de scientifiques qui ont découvert le virus de l’hépatite C leur donne aussi beaucoup d’espoir.

Des malades qui s’ignorent

Aujourd’hui, on estime à 18.000 le nombre de patients porteurs de ce virus. Mais ils sont sans doute beaucoup plus nombreux : "Le gros problème dans le cas de l’hépatite C, c’est qu’une autre proportion de patients ne sait pas qu’ils sont contaminés", explique le Dr Jean-Pierre Mulkay du CHU Saint-Pierre et porte-parole de cette table ronde.

Ceci s’explique par le fait que "vous n’avez pas de symptômes", rappelle cet hépato-gastro-entérologue. "Vous ne ressentez rien et si cette maladie n’est pas diagnostiquée, progressivement, en 20-25 ans, cela peut entraîner des lésions irréversibles au niveau du foie. C’est ce qu’on appelle la fibrose de la cicatrice qui amènera à la cirrhose du foie. Et une fois que cette cirrhose est constituée, il peut donner d’autres complications comme le cancer du foie, et il décède lorsque le foie ne fonctionne plus".

Des patients peu conscients des conséquences

D’où l’importance de diagnostiquer cette maladie. Mais ce n’est pas simple car les deux groupes particulièrement touchés par cette infection aujourd’hui sont des personnes difficiles à atteindre : "Ce sont des patients usagers de drogues et également des patients qui ont des rapports sexuels entre hommes", affirme le Dr Mulkay. "Ils ont d’autres problèmes à traiter (problèmes sociaux, juridiques, etc.), donc l’hépatite C n’est pas une priorité pour eux". Mais "c’est à nous d’aller chercher ces patients pour les dépister, les informer, et pouvoir les accompagner pour que le traitement soit le plus efficace".

D’autres ont pu être contaminés par une transfusion de sang, puisque le virus de l’hépatite C se transmet essentiellement par le sang, "avant 1990 - 1992, avant que l’on puisse identifier clairement le virus de l’Hépatite C". Mais dans ces cas, "heureusement une bonne partie de ces patients ont pu être diagnostiqués et sont traités actuellement".

Les propositions mises sur la table

Les propositions mises sur la table ce vendredi pour venir à bout de cette infection sont ambitieuses, mais pas irréalisables.

Pour ces spécialistes, il faut :

– simplifier les critères de remboursement pour rendre le traitement plus accessible ;

– créer une centralisation des données administratives puisqu’en Belgique, la prévention et le dépistage dépendent du Régional, et le traitement du Fédéral ;

une simplification des tests : "Ne pas multiplier les tests inutiles d’une part et être ouverts aux nouveaux tests disponibles, notamment les tests rapides", tests qui, par une simple goutte de sang prélevée sur le bout d’un doigt, permettent de déterminer si on est contaminé par l’hépatite C. Et que ces tests "puissent être utilisés par des acteurs sociaux et des gens de première ligne pour accélérer la prise en charge" ;

- "une ouverture plus grande aux nouveaux tests rapide pour mesurer la charge virale" avec l’objectif, cette fois, de pouvoir déterminer sa présence dans le sang. "Bref, "toutes des nouvelles techniques qu’il faut pouvoir acquérir et mettre en première ligne".

Dr Mulkay rappelle qu’il existe aujourd’hui un traitement "absolument efficace" : "C’est un traitement sans effets secondaires où vous devez prendre une à trois gélules pendant une période de deux à trois mois, donc excessivement facile, et avec une efficacité de plus de 95 à 99%".

Archives JT du 28/07/2017: les dangers de l'hépatite C

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