La bataille de Vimy, une victoire fondatrice de la nation canadienne, il y a 100 ans

Le Canada commémore la bataille de Vimy, victoire fondatrice de la nation canadienne
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Le Canada commémore la bataille de Vimy, victoire fondatrice de la nation canadienne - © PHILIPPE HUGUEN - AFP

Des milliers de Canadiens ont traversé l’Atlantique pour commémorer une bataille : la bataille de la crête de Vimy dans le Pas-de-Calais en présence du Premier ministre, Justin Trudeau.

Chantal Kesteloot, chargée de la direction du secteur histoire publique de la CEGESOMA, le Centre d’études et de documentation guerre et société contemporaine décrit cette bataille méconnue mais fondamentale pour l'histoire du Canada : "Au printemps 1917, la crête de Vimy est sous contrôle allemand depuis l’automne 1914. A plusieurs reprises, des troupes françaises et britanniques ont essayé, mais sans succès, de s’en emparer. Elle offre un dégagement et donc permet de contrôler les environs. Elle est surélevée et à partir de janvier-février 1917, les armées alliées décident d’une offensive et vont confier à la première armée britannique, dont font partie les 4 divisions canadiennes, la conquête de la crête de Vimy. Ils vont préparer ça minutieusement, c’est véritablement une préparation stratégique qui est mise en œuvre et en l’espace de 3 jours, les 4 divisions canadiennes vont réussir à conquérir la crête de Vimy. Et donc la crête de Vimy devient effectivement un lieu emblématique pour la mémoire canadienne qui va se construire après la Première Guerre mondiale."

Lieu de mémoire, lieu fondateur

Ce lieu est géré par les autorités canadiennes, une foule de vétérans s’est présentée depuis dimanche, tous les hôtels de la région son plein, il y a des militaires, des cadets qui ont fait le déplacement en France et puis 10 000 étudiants canadiens qui ne sont pas du tout militaires sont allés jusqu’à Vimy pour rendre hommage aux soldats morts, preuve de l'importance symbolique de cette victoire pour le Canada.

Le Canada est indépendant depuis 1867, mais pour sa politique étrangère, c’est un dominion, donc il fait partie de l’Empire britannique. Lorsque l’Empire britannique déclare la guerre à l’Allemagne le 4 août 1914, tous les dominions sont impliqués. À ce moment-là, on l’imagine aisément, le Canada ne dispose pas d’une véritable armée, explique Chantal Kesteloot : "Il va donc y avoir un appel aux volontaires. A la bataille de Vimy, ce sont encore des volontaires canadiens : il sont des milliers, on estime à 650 000 le nombre de soldats canadiens qui vont participer à la Première Guerre mondiale, des milliers de volontaires canadiens vont traverser l’Atlantique vont venir se battre. Ils vont participer à une série de batailles. La première participation des Canadiens, c’est chez nous, c’est la première bataille d’Ypres, celle où on a pour la première fois utilisé le gaz. Ces Canadiens vont petit à petit s’aguerrir, se faire une solide réputation."

"Au départ, il n’y a pas du tout d’armée constituée : c’est véritablement sur le terrain que naît cette armée canadienne, et pour la première fois les 4 divisions vont participer ensemble à une bataille et c’est cette prise de Vimy. Il y aura d’autres batailles par la suite auxquelles ils vont participer conjointement, mais c’est une première et le fait qu’elle se passe, que ce soit une victoire et une victoire rapide, fait de ce moment un moment tout à fait emblématique, qui va en quelque sorte aussi avoir pour impact d’avoir pour la première fois un Canadien à la tête du Corps expéditionnaire canadien. Donc, ça va forger cette identité et lorsque les Canadiens rentrent chez eux, grosso modo on peut dire que leur expérience de la Première Guerre mondiale a consolidé cette identité canadienne, ce qui explique cette place importante du mémorial de Vimy."

Justin Trudeau a eu des mots forts dimanche : il a affirmé " le Canada est né ici ", puisqu’ensuite le Canada est devenu signataire du traité de Versailles comme État indépendant. "Très rapidement, cette idée de la naissance du Canada à Vimy va s'imposer", explique Chantal Kesteloot. "Quasiment instantanément après les faits, il va y avoir une exposition en décembre 1917 à Paris. Et très rapidement, l’idée qu’il y a eu quelque chose là, ce qu’on appellera la 'canadianisation', est née effectivement là et ça explique après la Première guerre mondiale. La Première guerre mondiale va avoir cet élément d’importance à la fois pour le Canada, mais aussi pour un autre pays qui est l’Australie, avec la bataille de Gallipoli. On peut dire que la Grande guerre a véritablement forgé les légitimités nationales de ces deux pays".