La barbe, le coronavirus et l'hygiène : un an après les premières (fausses) alertes

Les barbiers pourront tailler les barbes dès ce 1er mars.
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Les barbiers pourront tailler les barbes dès ce 1er mars. - © MIGUEL RIOPA - AFP

"Non, il n’est pas recommandé de se raser la barbe pour lutter contre le coronavirus." Cet article des Décodeurs du journal Le Monde a un an, jour pour jour. A l’époque, la pandémie n’était pas encore déclarée. Mais tout le monde ou presque, en Europe, se préparait au pire. Fin février, les cas se multiplient en Europe et l’inquiétude grandit. Au point où nous serons submergés d’informations contradictoires, dont celles invitant les barbus à se raser au plus vite. A la veille de la réouverture des barbiers en Belgique, petit retour en arrière.

Tout est parti d’une affichette reprenant les recommandations des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC, Centers for disease control and prevention) aux Etats-Unis. Plusieurs sites la publient et résument : la barbe est à proscrire pour des raisons sanitaires. Pour faire face à la maladie, mieux vaut être glabre que velu, semblent prétendre ces sites. Problème : ces recommandations partagées largement sur les réseaux sociaux ne sont pas récentes. Elles n’ont pas été compilées et diffusées par le CDC en février 2020 mais en 2017.

Sur le site Foozine, qui a depuis retiré son article, on pouvait lire : "Depuis la propagation de l’épidémie, beaucoup se précipitent dans les pharmacies pour acheter des masques respiratoires et du gel hydroalcoolique mais les barbus devraient limiter leur pilosité faciale. […] Le CDC s’adresse donc aux hommes barbus qui ne sont peut-être pas conscients que les formes de leurs pilosités faciales peuvent faire obstacle à l’efficacité des masques respiratoires." Début 2020, souvenons-nous, tant en France qu’en Belgique, le port du masque n’est pas recommandé. Il est réservé au personnel soignant et aux malades.

Les recommandations du CDC doivent donc être replacées dans leur contexte. Lorsque le CDC les diffuse en 2017, c’est dans le but d’informer le personnel de santé sur le bon usage des masques. Que dit le CDC concernant les masques, en février 2020 ? "Le CDC ne recommande pas aux gens qui sont en bonne santé de porter un masque pour se protéger des maladies respiratoires, dont le Covid-19." Un an plus tard, les recommandations sur le port du masque ont évidemment évolué. Le CDC invite à porter un masque "pour se protéger soi-même, protéger les autres et stopper la propagation du Covid-19".

C’est très sale les barbes et les moustaches

Les recommandations du CDC, une des premières fake news sur la longue liste des fausses informations relayées depuis un an autour du Sars-Cov2 ? L’approche autour de la pilosité et du coronavirus a parfois évolué.

Car le mois suivant, sur le plateau de BFM TV, l’habitué des médias, le médecin urgentiste Patrick Pelloux, coupe les cheveux en quatre. "Il faut vous raser." "Oui bien sûr", répond le médecin à un téléspectateur qui demande si le virus peut tenir sur une barbe ou une moustache lorsqu’on tousse et que l’on éternue. Evidemment, sur la chaîne infos en continu, pas question de "faire une campagne contre les barbes et les moustaches. Mais de toute façon c’était déjà recommandé. C’est très sale les barbes et les moustaches".

BFM TV

Dans la même période, les établissements hospitaliers rappellent quelques principes à ses travailleurs, dont celui, pour les hommes, de se raser la barbe. C’est le cas en Grande-Bretagne ou au Québec. Cela permet au personnel de porter correctement le masque une fois dans les unités de soins. "La direction générale des affaires universitaires, médicales, infirmières et pharmaceutiques tient à rappeler que les professionnels de la santé, incluant les médecins, doivent être rasés en tout temps en cette période d’épidémie pour le port efficace des masques de protection. Il en va de la sécurité́ de l’ensemble de l’équipe soignante", soulignait ainsi fin février 2020 la sous-ministre adjointe québécoise Lucie Opatrny dans une lettre transmise aux directeurs des services professionnels des établissements publics de santé et de services sociaux.

En résumé : pas de barbe lorsqu’on travaille dans un hôpital et que l’on veut se couvrir parfaitement le visage et le nez. Pareil chez les pompiers, comme ceux de Bruxelles. La barbe n’est pas sale en soi. C’est juste qu’elle ne permet pas de porter un masque de manière optimale.

Pas plus sale que des cheveux

Mais pour le commun des mortels au masculin ? Dans l’Obs, le 24 mars 2020, Bruno Grandbastien, président de la Société française d’hygiène hospitalière rappelle qu’une barbe bien entretenue "n’est pas plus sale que des cheveux lavés régulièrement. En revanche, il faut bien la laver quand on prend sa douche, car il est vrai que le virus résiste plusieurs heures sur la barbe comme il résiste plusieurs heures sur une surface sèche."

"Le docteur Pelloux pousse le raisonnement un peu loin, mais il y a des choses très vraies dans ce qu’il dit : se raser la barbe ou la moustache, cela vaut surtout pour les soignants", enchaîne Bruno Grandbastien qui autorise des barbes de deux-trois jours.

Que vous la portiez à la Thor, Wolverine, Professeur de Casa de Papel, Sergio Ramos, Patrick Weber ou Emmanuel André, votre barbe n’attirera pas plus le coronavirus. Mais elle réclamera soin, hygiène et de pas entraver le port du masque.

Les barbiers ont pu rouvrir le 13 février dernier, comme les coiffeurs. Cependant, ils ne pouvaient pas tailler les barbes, seulement couper les cheveux de leurs clients. Se faire tailler la barbe (et donc retirer son masque) sera autorisé dès ce lundi 1er mars, dans le cadre de la réouverture des autres métiers de contacts (salons d’esthétique, pédicures non médicales, salons de manucure, de massage, de tatouage/piercing…).

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