L'opposition du secteur agricole au CETA est toujours aussi farouche

Le CETA "va tuer tout notre élevage au niveau Wallon", estime la Fugea
Le CETA "va tuer tout notre élevage au niveau Wallon", estime la Fugea - © BRUNO FAHY - BELGA

Cela fait tout juste un an, le 30 octobre 2016, qu'a été signé le CETA, le traité commercial entre l'Union européenne et le Canada.

Si ce traité a reçu le feu vert du Parlement européenne le 15 février 2017son application n'est entrée en vigueur que le 21 septembre dernier, et elle n'est que provisoire et limitée. Pour l'instant, par exemple, aucun arbitrage international n'a encore été mis en place et la réduction des droits de douane ne concerne pas encore les produits dits "sensibles" (essentiellement les produits agricoles).

"Tout est permis là-bas !"

Ce qui n'empêche pas le secteur agricole belge de continuer à être totalement opposé au CETA. 

"On n'est pas contre le commerce, mais on veut un commerce équitable avec les mêmes normes et les mêmes valeurs", se justifie Luc Hollands, représentant du European Milkboard et du D19-20, un groupement de 80 organisations citoyennes qui veulent garder la qualité alimentaire et sociale au niveau belge et européen.

Le problème, selon lui, est que le Canada est autorisé à utiliser des produits interdits au niveau de l'Union européenne, "tout est permis là-bas !". Ce qui leur permet de produire moins cher et d'exporter à des prix intéressants malgré les droits de douane encore en vigueur aujourd'hui.

"C'est un nivellement vers le bas de la qualité", s'indigne-t-il. "On ne peut pas les concurrencer et on est même en train de revoir les normes au niveau bio".

Ce CETA, c'est aussi pour lui la crainte de voir des produits américains transiter par le Canada pour arriver chez nous.

"Cela va tuer tout notre élevage au niveau wallon"

Et selon cet agriculteur germanophone, la pression se fait déjà sentir au niveau du secteur de la viande. Un point de vue partagé par Philippe Duvivier, le président de la Fédération unie de groupements d'éleveurs et d'agriculteurs (Fugea), un mouvement de jeunes qui promeut une agriculture paysanne durable

"C’est comme pour le lait et d’autres produits, dès qu’il y a une surabondance d’un produit et notamment de la viande, automatiquement les prix chutent. Dès lors, pourquoi encore importer de la viande canadienne ?", explique Philippe Duvivier. "Nous, ce qui nous fait le plus peur, c’est au niveau des importations de viande. Là, c’est très grave. Cela va tuer tout notre élevage au niveau Wallon. C’est notre crainte et on le ressent déjà !".

Des Belges trop europhiles, pas assez protectionnistes ? 

"Le Belge, c’est dans sa culture d’être europhile, donc on accepte tout, de n’importe où, on exporte tout, on accepte la carte du libre-échange, mais notre agriculture familiale ne sait plus jouer dans ce système-là", se désole le président de la Fugea. D'autant qu'il estime que le gouvernement wallon n'en fait pas assez pour protéger ses produits : "Le problème est que chez nous, on n’a pas de produits AOP (appellation d’origine protégée) et ça c’est vraiment incroyable. Les autres états, les autres régions se protègent. Nous, non".

"On a l’impression qu’on est vraiment mis en balance et on ne nous aide pas à produire correctement", conclut Philippe Duvivier.

Autrement dit, il préférerait faire sans le traité pour éviter d'amener davantage de produits sur un marché déjà saturé. Et en cas de signature, il faut selon lui que le gouvernement wallon en fasse davantage pour protéger ses produits régionaux.

Maintien de la pression 

Les agriculteurs et d'autres associations comme Greenpeace entend donc maintenir la pression sur le politique.

Le 7 novembre prochain, une délégation se rendra devant le parlement flamand pour exposer leurs récriminations et tenter de pousser le gouvernement flamand à refuser de ratifier le traité. La seule issue acceptable pour eux : "Tant qu'on autorise les hormones au Canada et que les règles ne sont pas les mêmes que chez nous", clame Luc Hollands.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK
JT 13h
en direct

La Une

JT 13h