L'ONE a 100 ans : retour sur un siècle d'accompagnement de la petite enfance (archives)

Ce vendredi, l'Office de la naissance et de l'enfance (ONE) et ses pendants flamand et germanophone Kind & Gezin et Kaleïdo, fêteront le 100e anniversaire de leur parent commun, l'Œuvre nationale de l'enfance. La fête, qui sera officiellement ouverte par la reine Mathilde, aura lieu au palais 10 de Brussels Expo.

L’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE), ce sont aujourd’hui près de 600 consultations pour enfants en Fédération Wallonie-Bruxelles ou encore plus de 1200 milieux d’accueil agréés. Ce sont aussi 842 travailleurs médico-sociaux, 1000 médecins et 4500 volontaires qui travaillent chaque jour pour accompagner familles et enfants dans leurs premières années de vie. Une mission que poursuit l’ONE depuis 100 ans déjà.

Lutter contre la mortalité infantile

C’est précisément le 5 septembre 1919 qu’est créée ce qu’on appelle alors l’Oeuvre Nationale de l’Enfance. Au lendemain de la Première guerre mondiale, il s’agit d’instituer des services d’aide aux familles mis en place progressivement au tournant du 20e siècle.

"Fin du 19e, début du 20e siècle, la mortalité infantile est énorme, nous explique Marie-Christine Mauroy, pédiatre et ancienne directrice santé de l’ONE. On parle d’un enfant sur trois ou quatre qui décède avant l’âge de 5 ans. En grande majorité, ces enfants décèdent de maladies infectieuses : des diarrhées, la rougeole, la diphtérie… Il y a vraiment une prise de conscience du fait qu’il faut pouvoir faire quelque chose. Parce qu’on connaît l’origine microbienne de ces maladies, et qu’on sait qu’on peut les diminuer en améliorant l’hygiène, l’allaitement maternel et en luttant contre la malnutrition infantile".

Premières consultations

Très vite se créent donc des consultations qui ressemblent fort à celles que nous connaissons aujourd’hui, appelées les Gouttes de lait. Les mères viennent y peser leurs bébés, recevoir des conseils sur l’alimentation et l’hygiène. Les premières études montrent que ces consultations ont un effet : la mortalité infantile diminue.

Les consultations prennent donc de l’ampleur, notamment pendant la Première guerre mondiale, pour permettre de répartir au mieux l’aide alimentaire internationale. Au lendemain de la guerre, il y a en Belgique 900 consultations, dix fois plus qu’avant le début du conflit. Et malgré la guerre, on se rend compte que la mortalité infantile avant la première année de vie a diminué de moitié. Les politiques décident de fédérer ces consultations. C’est la naissance de l’Oeuvre Nationale de l’Enfance.

Contrôle des milieux d’accueil

Ses missions sont avant tout centrées sur les nourrissons, et avec le temps, l’ONE se met donc à contrôler les milieux d’accueil comme les crèches. Dans nos archives, nous avons retrouvé ce reportage de 1964 où la journaliste nous explique qu’il n’y a alors que 54 crèches en Belgique.

"À la base, les crèches étaient destinées aux mères en très grandes difficultés, parce qu’elles étaient tellement pauvres qu’elles étaient obligées de travailler, précise Marie-Christine Mauroy. On s’était rendu compte que dans ces crèches, la mortalité était plus importante parce que ces mères arrêtaient l’allaitement plus tôt et que les enfants mélangeaient leurs microbes. C’est progressivement que des lois sont sorties pour dire que l’ONE était responsable aussi de veiller au maintien de lieux d’accueil suffisamment fiables sur l’ensemble du territoire et que donc toute personne qui gardait un enfant qui n’était pas de sa famille devait se signaler à l’ONE. C’est encore le cas actuellement".

Une mission disparue : les colonies pour "enfants débiles"

Pendant longtemps aussi, l’ONE s’occupera de milliers d’enfants en colonies. Une activité qui remonte à 1943, quand Madame Feyerick-Nevejean, directrice de l’ONE à cette période, sauve plusieurs milliers d’enfants juifs en les retirant d’autorité d’une caserne où les Nazis les avaient regroupés. En 1977, une équipe de la RTBF assistait encore au départ d’une de ces colonies pour "enfants débiles".

"Débile ne s’entendait pas au sens où on le comprend maintenant, ce n’était pas pour des enfants en retard mental, mais pour des enfants en retard de croissance parce qu’ils étaient élevés dans des villes polluées où ils étaient sous-nourris. L’idée était de les envoyer un peu en dehors des grandes villes pendant trois mois. Ils étaient en plein air, on leur faisait faire du sport et on les nourrissait mieux", explique Marie-Christine Mauroy.

Cette mission a disparu aujourd’hui, mais l’encadrement extrascolaire a lui pris de l’ampleur depuis les années 90.

100 ans de campagnes

En 100 ans, l’ONE a mené de très nombreuses campagnes d’informations. Vaccination, santé dentaire, dangers de la cigarette, autant de thèmes récurrents au fil des ans. Mais c’est le ton qui a beaucoup évolué.

"À l’origine, on agissait beaucoup sur la peur, la peur de la mort ou de l’accident et les campagnes étaient très moralisatrices", confie Marie-Christine Mauroy. C’est ce qu’on peut voir notamment avec une des toutes premières affiches de promotion des consultations en 1919. On y voit la Mort, représentée par un squelette, qui guette des enfants. Pour "sauver leur bébé", les mères sont alors invitées à se rendre en consultation.

Une autre campagne conseille également aux mères d’offrir le seul aliment qui convienne à leur bébé, LEUR lait. "On sait aujourd’hui qu’il vaut mieux donner envie aux gens d’imiter tel ou tel comportement parce que c’est mieux comme ça, plutôt que d’agir sur la peur. Nos campagnes de promotion essayent de ne plus jouer sur la culpabilisation des gens", précise Marie-Christine Mauroy.

Sur le ventre ou sur le dos ?

Certains conseils ont aussi évolué, comme la position du bébé dans son lit. Jusque dans les années 80, la recommandation officielle était ainsi de le coucher sur le ventre. "Des enfants étaient décédés dans leur sommeil après avoir vomi, et on avait peur que l’enfant s’étouffe en vomissant, explique l’ancienne directrice santé de l’ONE. Puis dans les années 80, alors qu’on était aux alentours de 2% de mortalité infantile, la mort subite du nourrisson restait la principale cause de mortalité. De grandes études internationales ont montré de manière tout à fait statistique que quand on disait à tous les parents de faire dormir les enfants sur le dos plutôt que sur le ventre, on diminuait de moitié la mortalité infantile".

Quand on s’en est rendu compte, de grandes campagnes ont donc été lancées pour faire dormir les enfants sur le dos.

Bien-être et développement de l’enfant

Suite aux différentes réformes institutionnelles, les compétences de l’Oeuvre Nationale de l’Enfance se communautarisent et en mars 1983 naît l’Office de la Naissance et de l’Enfance, toujours raccourci en ONE. La mortalité infantile ayant fortement diminué, l’ONE s’intéresse aussi de plus en plus au bien être et au développement de l’enfant. En 1992, une de nos équipes emmenée par Johanne Montay assistait à une animation, l’oreiller magique. Une activité qui existe encore aujourd’hui et favorise la prise de conscience de l’importance du sommeil.

En 100 ans, l’ONE a changé de nom, mais ses missions principales sont toujours aussi fondamentales : assurer plus de sécurité, d’égalité et d’avenir aux tout petits, grâce au travail de centaines de professionnels et de milliers de bénévoles. Un documentaire réalisé par Patrick Paulo reviendra sur 100 ans d’évolution des droits de l’enfant ce vendredi 13 septembre sur La Une.

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