L’ombre du variant Delta plane sur la Belgique : peut-on lui faire face pour éviter une quatrième vague ?

Alors que cet été 2021 est synonyme de levée de certaines mesures sanitaires contre le coronavirus, et donc de liberté retrouvée, l’ombre du variant Delta se fait de plus en plus présente sur notre pays, et sur toute l’Europe.

Tous les experts sont unanimes : ce variant, anciennement appelé indien, deviendra le variant dominant dans notre pays, et de nombreux pays, et remplacera le variant alpha : avec le risque potentiel d’une nouvelle vague de contaminations, voire d’hospitalisations, selon le taux de vaccination des populations, et le maintien des règles sanitaires tant qu’une grande majorité de la population n’est pas complètement vaccinée.

Delta, le "super-variant" de SARS-CoV-2

L’apparition de variants, par mutations de certaines parties du génome du virus, est un processus évolutif naturel. Les capacités de ces variants à devenir dominant seront déterminées par le ou les avantage(s) évolutifs qui lui confèrent leurs mutations, par rapport aux autres variants. Dans le cas du SARS-CoV-2, ce sont les variants les plus contagieux qui se sont révélés les plus aptes à devenir dominant : en automne passé, le variant anglais (aujourd’hui nommé Alpha) est devenu en quelques mois le principal responsable des infections en Europe. D’ici la fin de l’été, il sera probablement remplacé par Delta.

Selon les données récoltées par l’ECDC, dans son rapport d’estimation des risques liés au développement du variant Delta en Europe, Delta est entre 40 à 60% plus contagieux qu’Alpha, qui lui-même était aussi jusqu’à 60% plus contagieux que la souche d’origine. Ses capacités à se répandre dans la population (sans mesures sanitaires) sont deux fois plus élevées que pour le virus originel. Ce qui a une conséquence directe sur la vaccination : afin d’obtenir une immunité collective, les experts estiment qu’il faudrait obtenir une couverture vaccinale de 90% si le variant Delta est dominant, alors qu’une couverture de 70% était estimée avant que les variants n’entrent dans la danse.

L’ECDC estime, sur base de différents modèles, que 70% des nouvelles infections en Europe pourraient être dues au Delta d’ici début août, un chiffre qui grimperait à 90% fin août. Mais le conditionnel est ici important : la couverture vaccinale joue en effet un rôle dans l’évolution de la propagation du virus.

Plusieurs pays constatent en effet une augmentation des cas liés au variant Delta : le Portugal a annoncé ce 26 juin qu’il était devenu dominant dans le pays, et subit un rebond des contaminations. En Russie, et tout particulièrement Saint-Pétersbourg, le nombre de cas a fortement augmenté, les autorités suspectant de "nouveaux variants" d’aggraver la situation.

En Afrique du Sud, plusieurs experts ont affirmé que le variant Delta était responsable de la forte hausse des contaminations. L’Australie, un des premiers pays à avoir levé ses restrictions contre le covid, a replacé Sydney en confinement pendant deux semaines pour contenir la progression de Delta.

En Israël, le port du masque dans les lieux publics a été rétabli, et la réouverture du pays aux touristes a été reportée suite à une reprise de l’épidémie malgré un taux de vaccination élevé, même dans les populations jeunes.

Delta progresse malgré la vaccination ?

Depuis le début des campagnes de vaccination, c’est le grand point d’interrogation : à quel point les vaccins nous permettront de nous protéger contre des nouveaux variants du coronavirus ? Force est de constater qu’en l’état actuel des choses, le taux de couverture vaccinal, même des pays les plus avancés en la matière, n’est pas suffisant pour contenir le développement d’un variant aussi contagieux que le Delta. Mais heureusement, les vaccins ont bel et bien un effet sur les cas sévères et décès du coronavirus.

Le Royaume-Uni, un des pays qui a le meilleur suivi moléculaire du SARS-CoV-2, fait office de point de référence pour les pays ayant pu mettre en place une campagne de vaccination et qui craignent l’arrivée du variant Delta. Malgré une très bonne couverture vaccinale, Delta a mis peu de temps pour devenir largement dominant outre-Manche : détecté pour la première fois en février, il a passé la barre de 50% des contaminations en mai, alors que plus de 60% de la population avait déjà reçu sa première dose, et un peu moins de 30% étaient complètement vaccinés. Il est aujourd’hui quasi omniprésent.

Depuis fin mai, la moyenne journalière des contaminations a quintuplé dans le royaume britannique, suivant une courbe assez raide. Le nombre de nouvelles admissions a l’hôpital a presque doublé, mais semble légèrement se stabiliser ces derniers jours. L’augmentation des cas se constate principalement dans les classes d’âge les plus jeunes, soit celles qui ont le taux de vaccination le moins élevé.

 

Si l’augmentation des cas liés au Delta se constate surtout dans les populations à faible couverture vaccinale, les récentes données sur les capacités de protection des vaccins face à ce variant montrent qu’il est impératif que les populations soient très rapidement complètement vaccinées, soit pas seulement avec une seule dose.

Le dernier rapport de surveillance de la vaccination du ministère anglais de la santé, datant du 24 juin, a livré des données (préliminaires) sur l’efficacité des vaccins Pfizer et AstraZeneca contre le variant Delta sur la population britannique. Deux points sont à retenir : une très bonne nouvelle d’abord, ces vaccins continuent de très bien protéger contre les hospitalisations (efficacité autour des 80% en 1re dose, et de 95% en seconde dose). Par contre, ils seraient beaucoup moins efficaces contre les cas symptomatiques du covid-19 en première dose : à peine 35% d’efficacité (qui remonte cependant à 80% en deuxième dose). Leur capacité à réduire la transmission du virus serait donc diminuée.

La Belgique est-elle prête face au variant Delta ?

La situation dans les différents pays cités, et les derniers chiffres sur l’efficacité des vaccins amènent donc à cette conclusion, que l’on peut retrouver sur le site de l’ECDC : les mesures sanitaires contre le coronavirus doivent être maintenues tant qu’une grande majorité de la population n’est pas complètement vaccinée, donc pas seulement pour une seule dose.

Lors de sa dernière conférence de presse le 25 juin, Yves Van Laethem, le porte-parole interfédéral du centre de crise, a précisé que le variant Delta était en hausse dans notre pays : il est désormais responsable de 15.7% des contaminations, au détriment du variant Alpha, en déclin (81%). Si le variant Delta est en hausse, en chiffre absolu, les infections au covid-19 restent faibles et en baisse. La course contre la montre est lancée : les Belges doivent au plus vite être complètement vaccinés.

En ce jour, 70% de la population belge a reçu au moins une première dose, mais avec une région bruxelloise à la traîne. Selon la dernière conférence de presse de la task force vaccination de ce 26 juin, les experts espèrent pour fin juillet une couverture vaccinale partielle (une dose) à 88% pour la Wallonie, 90% en Flandre et 60% à Bruxelles (pour les plus de 18 ans). Les modèles prévoient une couverture vaccinale totale à 70% pour fin juillet, et à 100% pour fin septembre : des prévisions à prendre avec beaucoup de précaution, ces chiffres dépendant fortement des livraisons (notamment du vaccin Johnson&Johnson, qui ne nécessite qu’une dose), des campagnes pour convaincre ceux qui hésitent encore, et des départs en vacances. En effet, des vacances planifiées avant l’administration de la première dose peuvent pousser certaines personnes à décaler leur vaccination, car l’administration de la seconde dose (dans une période assez restreinte) se ferait durant leurs vacances. Les voyages estivaux apportent également leurs lots d’incertitude sur la manière dont les contaminations inter-pays se dérouleront.

La conclusion est donc que la Belgique a encore un certain laps de temps pour faire avancer un maximum la campagne de vaccination, y compris pour les deuxièmes doses, afin d’éviter de voir renaître une nouvelle vague, la quatrième, durant l’été ou à la rentrée. Et en attendant que la couverture vaccinale soit suffisante, maintenir au maximum les gestes barrières et mesures sanitaires… Un effort qui se révélera sûrement difficile, surtout quand la plupart des villes belges lèvent peu à peu leurs restrictions pour l’été.

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