"L'obésité n'est pas qu'un problème médical, c'est un problème de société"

"L'obésité n'est pas qu'un problème médical, c'est un problème de société"
"L'obésité n'est pas qu'un problème médical, c'est un problème de société" - © JEWEL SAMAD - AFP

Le nombre d’obèses a plus que doublé dans 73 pays depuis 1980 et il a continué à augmenter dans les autres nations. En 2015, près de 108 millions d’enfants et près de 604 millions d’adultes souffraient d’obésité dans le monde. Bref, un être humain sur 10 est obèse. C’est ce que révèle une nouvelle étude présentée ce lundi 12 juin.

Jean-Paul Thissen, grand spécialiste de l’obésité, endocrinologue aux cliniques Saint-Luc à Bruxelles, était l'invité de Matin Premi1ère ce mardi. Il a répondu aux questions de Pascal Claude.

Comment expliquez-vous ces chiffres impressionnants ?

Ces chiffres sont déjà connus. En fait, je crois que le mérite de cette étude est d’avoir couvert pratiquement le monde entier, vu que pratiquement 195 pays ont été analysés. Ce travail montrait que non seulement l’obésité est fréquente, mais qu’elle a doublé au cours des 30 dernières années. Cette évolution se marque surtout dans des pays en voie de développement, alors que les pays occidentaux plutôt nantis voient la fréquence de l’obésité, la prévalence, se stabiliser à un niveau relativement élevé. Mais nous sommes plutôt vers un plateau.

L’étude précise aussi qu’il existe un fort accroissement de maladies liées au surpoids. Quelles sont ces maladies provoquées par l’obésité ?

Je suis endocrinologue, donc c’est clair que nous sommes en première ligne pour voir l’évolution du diabète sucré. Le diabète sucré de type 2 bien sûr, mais également de l’hypertension, des problèmes de graisses dans le sang. Ces trois infections constituent le lit des maladies cardio-vasculaires. Il y a d’autres complications que le grand public connaît beaucoup moins. Ce sont les problèmes ostéo-articulaires, souvent sous-estimés, et le risque de cancer. De plus en plus d’études indiquent que l’obésité augmente le risque de cancer, particulièrement chez la femme.

Dire que l’obésité tue, c’est exagéré ?

Non, ce n’est pas exagéré. Le problème, c’est que l’augmentation de l’obésité a été plus importante que l’augmentation de la mortalité liée à l’obésité. C’est dû en fait à l’amélioration de traitements médicaux. Mais il n’empêche que tous ces patients représentent une masse de plus en plus importante à traiter qui vont représenter pour eux un handicap et, pour la sécurité, un coût social important.

Les auteurs de l’étude parlent d’une crise grandissante et troublante de santé publique au niveau mondial. L’obésité est considérée par certains spécialistes comme étant la maladie, l’épidémie du siècle. Qu’est-ce qui est mis en place pour y faire face à l’échelle mondiale et en Belgique ?

La première notion, c’est que l’obésité n’est pas qu’un problème médical, même si vous m’interrogez en tant que médecin, c’est un problème de société. Ça veut dire que ce n’est pas que l’affaire des médecins. Je pense qu’il y a toute une série d’intervenants possibles.

Le second élément, c’est que l’accent devrait être certainement mis plus sur la prévention que le traitement. Perdre du poids reste très difficile, prévenir une prise de poids est beaucoup plus facile et quels que soient les traitements médicamenteux et chirurgicaux, le risque de récidive est non négligeable. Comme vous l’avez dit, l’obésité est une maladie, ce qui a été reconnu par l’American Medical Association. Cessons de penser que ce n’est qu’un problème esthétique. Je crois que c’est vraiment important.

Mais qu’est-ce qu’il faut mettre en place ? Un nouveau plan d’action à l’échelle mondiale ou en tout cas déjà à une échelle européenne ?

À partir du moment où c’est un problème sociétal, ça veut dire que le niveau des intervenants est important. Il peut y avoir le monde politique, le monde de l’éducation, le monde associatif. Il y a toute une série de facteurs, d’éléments, d’intervenants possibles, ce qui rend la chose probablement plus difficile parce qu’il faut une politique qui soit à la fois coordonnée, ce qui n’est pas toujours très efficace, difficile à obtenir dans notre pays entre les Régions et les communautés au niveau fédéral, et une politique de santé efficace. Certains pays scandinaves ont mis en place des politiques qui commencent à porter leurs fruits dans ce sens.

Quels sont les produits qu’il faut accueillir sur la table du petit-déjeuner pour un début de journée léger ?

Il faut certainement une certaine quantité de protéines, plutôt des protéines maigres. Il faut une quantité de glucides et une quantité relativement correcte de graisses. Je pense que ce n’est pas que le petit-déjeuner, c’est beaucoup plus que ça. C’est tout un ensemble d’éléments, que ce soient les quantités, l’endroit où nous prenons nos repas, la consommation de boissons caloriques, les grignotages entre les repas, la richesse de notre alimentation. Nous avons une génétique qui n’a pas beaucoup changé au cours des derniers siècles, alors que notre environnement a profondément été modifié. C’est ce qui cause le développement de cette obésité.

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