L'Italie fait face à ses vieux démons et va construire un musée du fascisme

Benito Mussolini en compagnie d'Adolf Hitler
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Benito Mussolini en compagnie d'Adolf Hitler - © Keystone - Getty Images

L’ancienne Maison du parti fasciste de Predappio, dans le nord de l'Italie, est installée dans le centre de la petite ville. Enorme, imposante, elle a été construite par Mussolini dans les années 30. Située à quelques centaines de mètres de la maison natale de fondateur du fascisme, cette maison va bientôt être transformée en musée du fascisme.

Dans la tête de Carlo Giunchi, le concepteur du projet, ce lieu abandonné s’est imposé comme une évidence pour l’installation du futur musée. "Cet édifice est immense mais il est surtout chargé de symboles, il a été construit pour glorifier les origines de Mussolini."

Des sièges du parti fasciste, Mussolini en a construit 11 000 dans toute l’Italie, mais dans sa ville natale il avait imaginé un véritable palais de marbre. "Ici nous sommes dans l'ancien salon des fêtes de la maison du fascisme et c'est ici que nous construirons la partie muséale du projet" explique Carlo Giunchi.

Expliquer le pourquoi et le comment du fascisme

Cinq millions de fonds publics seront investis pour transformer cette ruine en musée, pudiquement requalifié de "Centre de documentation sur le fascisme" par les autorités communales. "Mais attention nous voulons reconstruire le fascisme depuis ses origines car nous voulons surtout expliquer pourquoi et comment une telle chose a pu se produire"

Le problème, c’est que Predappio est déjà un lieu de pèlerinage pour les groupes néo-fascistes, des extrémistes accueillis par ce commerçant qui vend des souvenirs très douteux au mépris des lois qui interdisent pourtant la diffusion de ces objets. "L'histoire a été réécrite par les vainqueurs, il faut dire toute la vérité, le bien et le mal. Mais ici avec Mussolini, le bien, il est toujours caché."

Briser les tabous

Le fascisme reste encore le grand tabou de l’histoire de l’Italie mais, paradoxe, les autorités ont quand même autorisé, dans les années 50, la création d’une tombe pour Benito Mussolini, un lieu accessible aux nostalgiques du régime, à quelques centaines mètres du futur musée. "Il y a de plus en plus de familles qui viennent avec les enfants, et qui leur expliquent l'histoire de Mussolini. Cela je ne l'avais jamais vu. Avant nous devions venir en cachette comme des rats." Comme cet homme, des milliers de personnes viennent se recueillir sur la tombe de Mussolini en laissant des messages clairement fascistes. La preuve qu’un danger d’instrumentalisation du futur musée du fascisme existe réellement en Italie.

Carlo Sarpieri est le Président de l’Association des Partisans de Forli."Nous devons courir quelques risques si nous voulons sortir de cette situation. Une situation qui n'aide pas les associations de partisans mais qui n'aide pas non plus le pays à grandir et à regarder son histoire en face. Ce que nous ne sommes pas encore capable de faire en Italie, car au contraire de l'Allemagne, nous n'avons pas eu le procès de Nuremberg"

Où sommes-nous, dans la maison du diable?

Les associations de résistants se disent donc prêtes à accepter ce Centre de documentation mais redoutent qu’il devienne un lieu d’apologie du fascisme, comme c’est déjà le cas dans cette ancienne villa de Mussolini. "Ici nous sommes dans la salle à manger, et ceci était la place du Ducce. Il avait fait installer une clochette pour appeler ses serviteurs."

Domenico Morosini a ainsi investi tout son patrimoine pour acheter la maison de Mussolini située à quelques kilomètres du futur musée officiel de Predappio. "Que feront-ils dans ce musée? Que diront-ils? On m'a dit que trente, quarante historiens participeront à sa création. Mais pourquoi aucun historien n'est jamais venu ici? Où sommes-nous, dans la maison du diable?

On estime que 10 % des Italiens se déclarent nostalgiques de la période fasciste en niant les crimes du régime totalitaire de Mussolini. Il est grand temps de briser ce tabou dans l’Histoire italienne.

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