L'Irlande est le pays au monde où le Covid se répand le plus vite: à cause du variant britannique ou du relâchement de Noël ?

A l’époque, la stratégie de "confiner pour sauver Noël" avait été applaudie, et semblait même couronnée de succès : après six semaines de confinement, début décembre, la deuxième vague semblait bien vaincue.

Mais dès la mi-décembre, la situation s’est emballée et aujourd’hui, l’Irlande est le pays au monde où l’épidémie se répand le plus vite, devant la Tchéquie et le Royaume-Uni. 

L’Irlande est confrontée à un "tsunami" de contaminations au nouveau coronavirus. Les responsables de la santé ont confirmé mercredi soir 7 836 cas de Covid-19 pour ce pays de 5 millions d’habitants, le chiffre quotidien le plus élevé depuis le début de la pandémie. Elle a décidé mercredi de fermer au moins jusqu’à la fin du mois ses écoles, durcissant ainsi davantage encore le confinement réinstauré après Noël. Les crèches sont également fermées, ainsi que les chantiers de construction et tous les commerces non essentiels. Les déplacements sont limités à 5 kilomètres autour du domicile, le télétravail est obligatoire et les contacts sociaux sont limités à la "bulle de soutien".

L’Irlande recense désormais plus de 1000 patients hospitalisés à cause du nouveau coronavirus, soit plus que lors de la première vague. Détaillant une décision "difficile", le Premier ministre a souligné que le "virus est arrivé à un point où nous devons simplement arrêter autant que possible les déplacements dans le pays".

"Nous faisons face à un mois de janvier qui s’annonce très sombre", a estimé le vice-Premier ministre Leo Varadkar, "une troisième vague qui pourrait être pire que la première. Il a évoqué un "grave risque" de submersion des hôpitaux et unités de soins intensifs.

Il faut dire que la situation irlandaise est en fait bien plus grave : si au Royaume-uni, les contaminations ont augmenté de 50% en une semaine, en Irlande, elles ont carrément quadruplé !

Il est évidemment tentant de lier cette progression fulgurante de l'épidémie au nouveau "variant" britannique, plus contagieux. Celui-ci ne représentait que 8% des souches identifiées il y a deux semaines, 10% la semaine dernière, mais le Dr Holohan a déclaré que la semaine précédant le 3 janvier, un total de 47 des 189 échantillons de cas positifs (24,9%) étaient ceux de la variante britannique.

"Elle s'est répandue très, très rapidement dans tout le Royaume-Uni, et elle est devenue la souche dominante maintenant et a presque remplacé la souche précédente dans de nombreuses régions en quelques semaines", a déclaré le Dr Deepti Gurdasani, épidémiologiste clinique à l'Université Queen Mary de Londres.

 

Le Dr Gurdasani a déclaré à la télévision irlandaise qu'il était particulièrement préoccupant que la nouvelle variante semble se répandre rapidement même lorsque des restrictions sont en place. "Cela signifie que les restrictions ne seront pas aussi efficaces pour contenir cette variante qu'avant. Donc, si nous mettions en place des confinements comme nous l'avons connu en mars, nous pourrions ne pas voir une réduction aussi rapide des cas qu'alors ".

 

"Il est peu probable que le B117 soit responsable de la récente flambée de cas de Covid en Irlande", a toutefois déclaré le professeur Derek Doherty, immunologiste au Trinity College de Dublin.

"Il est plus probable que la récente flambée soit due à l'assouplissement des mesures intervenu en décembre: la réouverture de restaurants, les rassemblements autorisés dans les maisons et l'autorisation des déplacements", a-t-il déclaré.

 

Bien qu’il reconnaisse que l’échantillon analysé était faible (169), le professeur estime que le pourcentage identifié indique que cette souche "n’est pas responsable de la récente augmentation significative et préoccupante" des cas en Irlande.

Tout le monde n’est cependant pas de son avis : le médecin en chef Tony Holohan a déclaré qu' "il existe des preuves d’une présence croissante de la variante britannique en Irlande. Tous les comtés ont une trajectoire ascendante de la maladie. Il y a une escalade des admissions à l’hôpital et aux soins intensifs. Nous sommes très susceptibles de voir une augmentation de la mortalité et des admissions aux soins intensifs dans les jours et les semaines à venir".

Malgré un taux d’incidence bien supérieur, le taux de mortalité en Irlande est aujourd’hui bien inférieur à celui observé au Royaume-Uni. Mais cela peut s’expliquer par le fait qu’après son confinement, l’Irlande était retombé très bas dans le nombre de contaminations, et que les chiffres des décès sont souvent en décalage de quelques semaines par rapport aux chiffres des contaminations.

Notons qu’en Tchéquie, pays où le taux d’incidence est le plus élevé au monde en ce moment, aucune "souche britannique" n’a encore été détectée pour le moment, selon les autorités.

L'Irlande se reconfine: images du 22/12/2020

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