L'Iran a-t-il atteint la capacité de produire des armes nucléaires ?

"Que les Américains et les autres sachent (...) que face aux menaces de guerre et aux menaces pétrolières, nous avons aussi nos propres menaces qui seront mises en oeuvre le jour venu si cela est nécessaire", a déclaré le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, à l'occasion du 33eme anniversaire de la révolution islamique de 1979.

"Toute guerre sera dix fois plus préjudiciable aux Etats-Unis que leurs menaces", qui ne font que "montrer leur impuissance" en menaçant l'Iran, a ajouté le numéro un iranien lors de la prière du vendredi à l'Université de Téhéran.

Les Etats-Unis et Israël ont laissé planer à plusieurs reprises, ces dernières années, l'éventualité d'une action militaire pour empêcher l'Iran d'acquérir l'arme atomique si les sanctions internationales prises contre Téhéran depuis 2007 ne suffisent pas à le faire.

Malgré ses dénégations, Téhéran est soupçonné par la communauté internationale de cacher un programme militaire derrière son programme nucléaire civil, qui a été condamné par six résolutions du conseil de sécurité de l'ONU dont quatre assorties de sanctions.

Ces sanctions ont été renforcées depuis 2010 par plusieurs mesures unilatérales des Occidentaux, qui ont notamment annoncé en janvier un embargo contre l'achat de pétrole iranien.

Menaces de rétorsion

Téhéran a toujours affirmé qu'il répondrait à toute agression militaire en frappant Israël et les bases américaines au Moyen-Orient.

Des responsables militaires iraniens ont également évoqué la possibilité de fermer le détroit d'Ormuz, par où transite le tiers du trafic maritime pétrolier mondial, en cas de blocus empêchant l'Iran d'exporter son pétrole.

L'ayatollah Khamenei a toutefois estimé que les sanctions ne faisaient que renforcer l'Iran, qui a annoncé vendredi, à l'appui de sa détermination à braver les Occidentaux, un nouveau lancement de satellite.

Développement de missiles

Ce satellite d'observation de 50 kilos, baptisé Navid, est le troisième et le plus gros mis en orbite par l'Iran depuis en 2009.

Lancé en orbite basse (250 à 370 km) par une fusée Safir en présence du président Mahmoud Ahmadinejad, il devrait prendre des photos de la terre pendant les deux mois de sa durée de vie prévue par l'Organisation spatiale iranienne.

Tout comme son programme nucléaire, le programme spatial iranien, qualifié de "priorité stratégique" par Téhéran, inquiète la communauté internationale qui redoute qu'il n'aide l'Iran à développer des missiles capables d'emporter des charges nucléaires à moyenne ou longue distance.

Téhéran récuse ces soupçons, alimentés par le fait que les lanceurs développés par l'Iran sont, selon les experts occidentaux, dérivés de ses missiles balistiques.

Les précédents lancements iraniens ont été qualifiés de "provocations" par les Occidentaux, qui ont souligné que le programme balistique iranien avait été lui aussi condamné par l'ONU.

L'ambitieux programme spatial iranien prévoit néanmoins le lancement d'au moins sept autres satellites dans les prochaines années.

Un homme dans l'espace ?

Mahmoud Ahmadinejad a affirmé à plusieurs reprises que Téhéran avait également l'objectif d'envoyer un homme dans l'espace d'ici 2020, et l'Iran développe une capsule spatiale capable d'emporter un être vivant lors d'un vol suborbital.

Outre ses lanceurs orbitaux Safir -dérivés du missile balistique iranien Shahab-3, lui-même dérivé du missile nord-coréen No-Dong, selon les experts occidentaux- l'Iran a développé une famille de lanceurs suborbitaux baptisés Kavoshgar et travaille à la mise au point d'une fusée beaucoup plus grosse baptisée Simorgh.

Craintes israéliennes

Le chef des services israéliens de renseignement militaire a affirmé jeudi que l'Iran pouvait d'ores et déjà produire quatre bombes atomiques.

"Aujourd'hui, les services de renseignement internationaux sont d'accord avec Israël pour dire que l'Iran a accumulé près de 100 kilos d'uranium enrichi à 20%, soit suffisamment pour produire quatre bombes", a expliqué le général Aviv Kochavi.

"L'Iran poursuit très activement ses efforts pour développer ses capacités nucléaires, et nous avons la preuve qu'ils (les Iraniens NDLR) cherchent à disposer d'armes nucléaires", a-t-il ajouté lors d'une conférence internationale annuelle sur la sécurité à Herzliya, près de Tel-Aviv.

Selon le général, "il faudra un an pour que ce soit chose faite, lorsque l'ordre en ce sens sera donné" par les autorités iraniennes.

Lors de la même conférence, le ministre israélien de la Défense Ehud Barak a affirmé qu'il y avait "un large consensus international sur le fait que si les sanctions n'atteignent pas leur objectif de stopper le programme nucléaire militaire iranien, il faudrait envisager une action" contre l'Iran.

Mais Ehud Barak n'a pas spécifié la nature de cette "action".

"Avoir à traiter avec un Iran nucléaire serait plus compliqué, plus dangereux et coûterait davantage de vies et d'argent que si on l'arrêtait aujourd'hui", a-t-il estimé.

Ehud Barak s'était auparavant félicité des nouvelles sanctions européennes contre l'Iran, en recevant le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle, se refusant à évoquer une possible opération militaire.

"Aujourd'hui, nous sommes toujours dans une période de diplomatie et de sanctions", avait-il souligné.

Les dirigeants israéliens soufflent le chaud et le froid sur l'éventualité de frappes contre les installations nucléaires iraniennes.


T.N. avec agences
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