L'intelligence artificielle, l'avenir de la Belgique

L’intelligence artificielle, l’avenir de la Belgique
L’intelligence artificielle, l’avenir de la Belgique - © RTBF

Le 18 mars, un groupe d’experts indépendants remettra une série de recommandations au gouvernement fédéral pour une future politique de développement des intelligences artificielles. La Belgique n’a pas à rougir de son expertise – il y a chez nous des chercheurs de renommée internationale – mais elle manque d’un plan global d’investissement, contrairement à la France ou l’Allemagne, qui ont investi respectivement 1 milliard et demi et 3 milliards d’euros, sans parler de la Chine, qui y consacre 150 millions par an. Le rapport devrait insister sur le manque de formation et de financement.

L’intelligence artificielle c’est quoi ?

L’IA, en abrégé, c’est l’ensemble des théories et techniques mises en œuvre pour réaliser des machines capables de simuler l’intelligence. C’est un ensemble de technologies informatiques et d’algorithmes qui permet de créer des systèmes de résolutions de problèmes.

Bruno Schröder, chercheur chez Microsoft : « C’est un programme qui fait quelque chose qui tient de l’intelligence humaine. Ce sont des programmes informatiques dans un domaine que seuls les humains pouvaient faire. L’intelligence artificielle analyse des données avec des outils statistiques très évolués. Cela permet de créer des méthodes probabilistes pour lesquelles il n’y a pas de modèle. Ces IA peuvent par exemple identifier les gens qui vont acheter tel produit, ou voir comment la population réagit à telle publicité politique. Dans les écoles, on peut reconnaître les élèves qui vont abandonner, aux Etats-Unis, on a créé un système prédictif de l’état des patients bipolaires, selon la manière dont ils communiquent sur leur smartphone… ».

Jusqu’ici, aucune intelligence artificielle n’a réussi à remplacer le cerveau humain dans sa complexité. Mais certains programmes surpassent déjà l’homme. En 1997, la machine Deep Blue bat aux échecs le champion du monde Garry Kasparov. En 2016, AlphaGo remporte une partie de jeu de Go contre l’un des meilleurs joueurs mondiaux – le jeu de Go est un jeu d’origine chinoise qui consiste à placer à tour de rôle des pierres noires et blanches sur un tablier quadrillé. En 2017, Libratus gagne un tournoi de poker face à quatre champions de poker. En 2018, dans un tout autre domaine, Christie’s a mis en vente le tableau « Edmond de Belamy », le portrait d’un personnage fictif, réalisé par un programme mathématique.

Dans les années 50, on se demandait si les ordinateurs pouvaient penser. Aucune IA n’est à la hauteur du cerveau humain dans sa complexité. Mais aujourd’hui, on sait que l’intelligence artificielle peut remplacer l’homme dans certaines tâches. Et qu’elle peut souvent mieux faire. Dans le cas de Deep Blue, il s’agit d’un simple – si l’on peut dire — calculateur évaluant 200 millions de positions à la seconde, sans conscience du jeu lui-même. Aujourd’hui certaines machines traitent jusqu’à 160 milliards d’opérations par seconde. Mais ces IA sont-elles réellement intelligentes ? Oui d’une certaine façon, puisqu’elles analysent des millions de combinaisons possibles. Et ce, grâce au deep learning, en français, apprentissage profond, soit un ensemble de méthodes l’apprentissage automatique.

Des applications infinies

Les IA peuvent donc faire des choses à notre place et souvent avec de meilleurs résultats. Dans le domaine de l’imagerie médicale, les programmes font mieux et plus vite que l’humain, pour repérer les tumeurs cancéreuses par exemple. Partout ailleurs, les applications sont multiples : logiciels de traduction automatiques, reconnaissance vocale, faciale ou gestuelle. Un programme peut ainsi détecter les gestes d’un conducteur de voiture et peut ensuite envoyer un signal s’il s’endort sur la route. Sur les chaînes de montage, des machines connectées augmentent la cadence, la fiabilité, la sécurité. Une petite start-up wallonne, Global Connection, crée des machines capables de limiter les accidents sur chantiers. A l’aide d’une caméra, un logiciel peut vérifier si les ouvriers sont correctement équipés. Valentin Marris, développeur dans la start-up, nous fait la démonstration : « J’entre sur le chantier, je porte mon gilet mais pas mon casque. L’écran indique : équipement manquant. Vérifiez ce que vous portez. Une fois le casque mis, il indique : vous êtes autorisés à entrer ». La start-up a également créé un programme qui détecte une chute sur chantier.

Hugues Bersini, chercheur à l’ULB : « En réalité, l’intelligence artificielle, on la trouve aujourd’hui partout dans notre quotidien. Dans les toilettes publiques, la lumière qui s’allume et la chasse qui se déclenche automatiquement, le ticket de métro qui donne actionne le portique d’entrée, le » Tax-on-web « avec rubriques préremplies, les thermostats intelligents ». En plein développement, les chatbots, ou assistants personnels intelligents. Ce sont des logiciels capables de simuler une conversation et de donner des informations. Chez Microsoft, un ingénieur malvoyant a mis au point « Seeing AI ». C’est un logiciel qui décrit, grâce à un smartphone ou à des lunettes intelligentes, ce que la personne ne peut pas voir. Une personne, un objet ou même le détail de billets de banque.

Investir pour créer de l’emploi

En Belgique, le développement des intelligences artificielles pourrait créer 16.000 emplois, selon Agoria, la fédération des entreprises technologiques. Mais cela demande un vaste plan de soutien. C’est bien ce que vont proposent les experts mandatés par Alexander De Croo, le ministre de l’agenda numérique.

Investir dans la formation tout d’abord. Bruno Schröder, chercheur chez Microsoft et membre du groupe d’experts : « La Belgique a besoin de plus de compétences. L’IA, c’est une autre manière de résoudre les problèmes, basée sur une méthode d’analyse probabiliste. Nous avons besoin de compétences qui comprennent cette manière de penser ». Investir de l’argent ensuite. « Il faut investir dans la recherche appliquée, dans la mise au point de ce qu’on appelle les use case, des cas concrets d’utilisation de cette technologie, de manière à ce que les entreprises voient que ces cas fonctionnent et puissent plus rapidement décider d’investir dans ce domaine ».

Joseph Fattouch, chargé du groupe d’experts mandaté par le gouvernement fédéral : « La Belgique n’a pris encore aucune mesure pour attirer les chercheurs et les départements de recherche et développement des géants du Net. Il faut mettre le sujet à l’agenda politique. La Belgique doit devenir un acteur majeur. Les start-up partent aux Etats-Unis, faute de moyens suffisants. L’objectif est que le futur gouvernement s'engage à investir dans les IA ».

Hugues Bersini, chercheur à l’ULB et membre du groupe d’experts : « c’est le secteur public qui doit booster tout ça. Ce n’est pas le privé qui a lancé tout ça. Si internet s’est créé, c’est grâce au public, s’il y a beaucoup de systèmes d’intelligence artificielle qui sont nés, c’est grâce au secteur public, même Google est né dans une université donc il faut de l’argent public, ensuite le système va voler de ses propres ailes et c’est l’économie de marché qui va continuer à la faire vivre ».

Parce que si on ne fait rien, la Belgique restera à la périphérie des avancées technologiques. Les grandes sociétés comme Microsoft ont des milliers de chercheurs et nous n’aurons aucun moyen de les concurrencer. Si nous ne le faisons pas, nous serons dépendants des technologies mises au point dans d’autres pays. Nous serons simplement des consommateurs, au lieu d’être des producteurs.

Archives : Soir première 29/03/2018

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