L'inceste, un crime pas toujours puni

L'inceste, un crime pas toujours puni
L'inceste, un crime pas toujours puni - © Tous droits réservés

C’est un sujet dont on parle très peu qu’a décidé de traiter l’émission Questions à la Une : l’inceste existe depuis la nuit de temps, mais pourtant, les violences sexuelles intrafamiliales existent aujourd’hui encore et elles ne sont pas toujours punies.

L’inceste, pas dans le code pénal belge

Ce sont dans la plupart des cas, les enfants qui sont victimes de ces violences, mais les faits peuvent durer parfois au-delà de la majorité. Claudia a été violée par son père alors qu’elle n était qu’une enfant. "J’avais 10 ans quand ça a commencé. Ça a débuté tout simplement par des bisous, il me montrait comment on s’embrassait puis les caresses sont arrivées, avec le temps, les masturbations et puis ça ne s’est pas arrêté là parce que les fellations ont suivi et pour finir c’était la sodomie et ce cauchemar a duré pendant 8 ans".

L’inceste est un sujet de société et tout le monde est concerné. Pourtant, le mot inceste n’est pas dans le code pénal. Ça ne veut pas dire que l’inceste n’est pas puni, c’est un crime, mais les violences sexuelles intra-familiales sont considérées comme une circonstance aggravante d’un viol ou d’un attouchement.

Un délai de prescription trop court ?

Un crime qui est puni, mais il existe un délai. Il est de 15 ans, après la majorité. Les victimes ont donc jusqu’à 33 ans pour porter plainte. Mais pour certaines d’entre elles, oser parler prend beaucoup plus de temps, comme nous l’a expliqué Claudia. "Ce n’est qu’avec le temps que j’ai compris que c’était un viol, je devais avoir 13-14 ans. Je me rendais compte qu’il avait tout simplement confondu son rôle de père avec un rôle d’homme (…) Mais là aussi à qui en parler, j’avais ma mère qui était à la maison en pleine dépression. J’aurai pu aller à la police, mais j’étais tellement petite. Et vous vous dites 'mince, s’il va en prison qui va s’occuper de ma mère et de mes frères, qui va subvenir à leurs besoins' et vous vous taisez."

Parfois, les auteurs sont condamnés

Un silence qui peut ne jamais être brisé ou trop tard, mais parfois, c’est l’inverse. Amira a été violée par son père de ses 12 à ses 18 ans. Elle a attendu d’avoir la majorité et son diplôme en poche pour quitter le domicile familial, juste après des nouveaux actes de son père, mais un concours de circonstance a permis à la jeune fille d’envoyer son père en prison. "J’ai préparé mon bagage. Ensuite ma mère est rentrée plus tôt que prévu. Elle est tombée sur ce sac à main. Elle m’a demandé des explications. J’ai été directement dans le vif du sujet. Le premier réflexe qu’elle a eu c’est de me dire que c’était impossible, puis elle m’a dit qu’on allait aller vérifier ça aux Urgences". Les preuves étaient réunies et son père a écopé d’une peine de 14 ans de prison. Mais les preuves ne sont pas toujours faciles à récolter, comme dans le cas d’Amira. Parfois, il n’y en a tout simplement plus. Le travail des enquêteurs est alors encore plus compliqué.

Les conséquences

Mais qu’il y ait condamnation ou non, la vie d’une victime d’inceste est souvent un parcours du combattant au niveau psychologique. Bien souvent, ces blessures d’enfant ne se referment jamais. "Pour moi, la pire conséquence, c’est de regarder en arrière et de voir que ma vie, c’est un grand désert affectif. Oui j’ai eu des petites amies, mais pour moi, être avec quelqu’un, c’est coucher, enfin à l’époque et je ne comprenais pas les réactions d’en face. Le pire pour moi, c’est le désert affectif et ce manque de besoin humain de toucher", explique Patrick qui a été violé par son oncle pendant toute son adolescence.

Quelles solutions ?

Rien ne pourra effacer les douleurs de l’acte commis par un parent proche. Néanmoins, des associations existent pour aider les victimes, comme SOS Inceste. Dans les locaux de l’association, elles peuvent tout simplement parler ou recevoir de l’aide dans les démarches qu’elles souhaitent entreprendre. Mais les associations sont très peu nombreuses en Belgique, et pourtant les cas sont nombreux, même si aucun chiffre officiel n’existe chez nous. "On reçoit 3 à 4 nouveaux cas par semaine et nous sommes à environ un millier d’appels par an pour une toute petite association", explique Lily Bruyère, coordinatrice de l’association SOS Inceste.

Il existe également, depuis quelques mois, trois centres depPrise en charge des victimes de violences sexuelles en Belgique. Les victimes de viols ou d’attouchements peuvent aller dans un de ces centres. Leur spécificité, outre l’accueil spécialisé, est que les équipes d’infirmiers peuvent faire des prélèvements, si la victime le désire. Ces prélèvements sont ensuite conservés pendant un an. Un temps laissé à la victime pour décider de la suite qu’elle veut donner à son histoire. Ces centres permettent aussi une meilleure collaboration entre le corps médical, la police et la justice. Pour les victimes, tout se fait au même endroit, sauf exceptions.

Mais pour cela, il faut que la victime ose parler, le plus rapidement possible, à une personne en qui elle a confiance, au sein de la famille, mais aussi à son instituteur, à des amis ou à une association par exemple.

Questions à la Une : inceste, quelle justice pour les victimes ? au JT du 11/04

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