"L'impact psychologique, on va vraiment le voir dans les mois qui viennent"

L'impact négatif de la crise sanitaire sur la santé mentale n'est plus à démontrer... Troubles du sommeil, anxiété, dépression, idées suicidaires, jusqu'au passage à l'acte. Les autorités ont promis un renforcement des soins psychiques de première ligne, mais pour les acteurs de terrain ce n'est pas suffisant. A l'approche des fêtes, la période est d'autant plus sensible dans ce contexte. On en parle sur le plateau de CQFD avec Frédérique Van Leuven, psychiatre et responsable du service de crise de la région du centre et Olivier Luminet, psychologue de la santé et membre du groupe de travail "Psychologie et coronavirus".

Un phénomène de cumul de stress

"On est tous touchés d'une manière ou d'une autre", explique Olivier Luminet, "à minima, cette crise implique un changement de nos habitudes. A maxima, ce sont des situations d'isolement extrême, de confrontation à des situations de danger pour soi ou de détresse psychologique, par exemple dans les services hospitaliers. On a vraiment un phénomène de cumul de stress, et même les gens les plus épargnés sont exposés". 

Le psychologue pointe aussi un effet d'accumulation qui perdure depuis le premier confinement: "il y a eu, entre les deux, une période de répit très courte qui s'est limitée au mois de juin et au début du mois de juillet. Cela veut dire qu'un grand nombre de gens n'ont pas pu bénéficier du moment de répit traditionnel de l'été [...] Et on sait très bien en psychologie qu'une accumulation de stress et un stress chronique comme on le vit maintenant, c'est ce qu'il y a de plus dommageable pour la santé mentale".

Frédérique Van Leuven note elle une différence entre les deux vagues quant aux hospitalisations d'urgence, celles liées à un trouble psychiatrique majeur: "on les retrouve moins durant cette deuxième vague. Ce qui s'explique par le fait que la plupart des services de première ligne étaient fermés durant la première vague". 

Une bombe à retardement?

"Le rebond des problèmes psychologiques arrive bien plus tard que les problèmes physiques", poursuit Olivier Luminet. "Il est urgent de les prendre à bras le corps. Les données qui commencent à arriver au niveau belge montrent que sur toute une série d'aspects, idées suicidaires, risques de stress prost-traumatique, etc. depuis l'automne, les données sont soit stables à un niveau élevé, soit augmentent. L'impact, on va vraiment le voir dans les mois qui viennent. Car il y a toujours un effet retard sur la santé mentale", explique le psychologue membre du groupe de travail "Psychologie et coronavirus".

Le mot "psychologique" n'est apparu dans le discours politique qu'en août

Une attention particulière à la santé mentale est inscrite dans l'accord de gouvernement, visant un accès facilité aux soins et un meilleur remboursement de ceux-ci. La semaine dernière, en conférence interministérielle Santé Publique, un protocole d’accord a aussi été conclu. Objectif: renforcer, de façon coordonnée, l’offre de soins psychiques, singulièrement en première ligne, avec des budgets supplémentaires à l'appui.

Le politique a mis du temps à considérer ces aspects, estime Olivier Luminet: "ils ont été fortement négligés dans un premier temps. Dans un deuxième temps, le mot "psychologique" est apparu de plus en plus dans le discours politique, c'était fin août et déjà fort tard...". Pour Frédérique Van Leuven, il reste surtout du travail à faire en première ligne: "il faut accélérer d'urgence les systèmes permettant aux gens d'accéder, dans leurs communes, à des soins rapides et gratuits, ce qui n'est pas encore en place. A côté du public précarisé, il y a aussi toute une série de personnes qui à un moment basculent et là, l'accès au soins de santé mentale, et notamment les lignes de soutien pour les professionnels, n'est pas assez connu", regrette la psychiatre. 

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