L'humour peut-il renforcer le racisme? "On doit tous se poser cette question"

Ce mardi de nombreux humoristes se produisent lors du gala "Rire ensemble contre le racisme" au Palais 12 à Bruxelles. Mais le rire peut-il aussi être une arme de racisme, de discrimination ou de renforcement de clichés ? "Oui, sûrement" répond Laurence Bibot interrogée sur La Première. "On a tous la question à se poser, je pense. C'est une question d'interprétation, c'est aussi une question de qui on est. Entre moi et Kody par exemple, évidemment on ne va pas parler de la même chose, on n'a pas la même problématique, on n'a pas la même histoire, on n'a pas le même passé. Dans le précédent spectacle, j'avais intégré un personnage de Française et ça faisait beaucoup rire les Belges. C'est comme si ça nous libérait d'années d'oppression française. Et à la fin je me suis dit : 'Mais c'est vrai, je suis presque tombée dans l'inverse, une espèce de racisme anti-français'."

"Mais pour moi aussi, c'était une manière de dire aux Français: 'Ecoutez, ça fait des années que vous vous foutez de notre gueule et que vous faites mal notre accent, à mon tour maintenant !' Donc, il y a aussi parfois une revanche qui est prise, mais c'est vrai qu'on est toujours en train de se poser la question, de se dire : 'là, est-ce que c'est juste du bashing, est-ce que je suis juste en train d'être bêtement raciste ou est-ce que c'est justifié ?' Il y a aussi le faible par rapport au fort. Je pense donc que c'est assez multi-complexe et que c'est à nous aussi de nous poser régulièrement des questions" poursuit-elle.

"L'humour est une arme de rassemblement massif"

Pour Mourad Maimouni, l'organisateur du spectacle de ce mardi, "le rire est une arme. Mais comme chaque arme, elle peut servir à des bonnes choses comme à des mauvaises, pour se défendre ou attaquer. Pour moi, l'humour est une arme de rassemblement massif et rien d'autre. Il s'est avéré que nous avons vu dans la presse un article disant que la Belgique était le pays où la discrimination à l'embauche était la plus élevée d'Europe. C'est pour cette raison-là que nous avons voulu reverser les bénéfices de la soirée à lutter contre les discriminations à l'embauche".

Guillermo Guiz pense que l'humour peut être une arme à double tranchant : "Il faut être à mon avis le plus subtil possible. Je n'ai de leçons à ne donner à personne, mais ce que j'essaie de faire, ce n'est pas de véhiculer des clichés au premier degré. Quand je véhicule un cliché, je le véhicule en tant que cliché en disant : 'Au fait, on manipule un cliché et on est en train de jouer avec un cliché'. J'espère et suppose que les gens qui m'écoutent comprennent que je suis en train de parler d'un truc que je ne crois pas réellement et auquel je n'adhère pas réellement. C'est ça le principe en fait, c'est d'arriver à avoir une connivence suffisante avec son audience pour que chacun comprenne que l'autre est au deuxième degré, quelque part. Moi, c'est comme ça que je le vois et c'est comme ça qu'il me semble qu'il faut manipuler l'humour raciste. Enfin je pense."

"Le racisme est un allié objectif"

"Pour moi, le racisme, très honnêtement — ça va être brutal ce que je vais dire — a toujours été un allié objectif, puisque les préjugés vont toujours en ma faveur quelque part. Donc, c'est aussi contre ça que j'essaie de lutter à travers des sketchs où je raconte justement que c'est plus facile d'être Blanc que de ne pas l'être, clairement".

L'humour peut-il changer les mentalités ? "Je pense que l'humour est une des pierres à l'édifice, parmi d'autres, qui peut effectivement modifier tout doucement l'état d'esprit des gens. Si moi, par un demi-sketch, j'arrive à convaincre une demi-personne qu'il est effectivement pas mal de faire son introspection et de regarder qui on est et si on n'a pas nous-mêmes des réflexes racistes. C'est ça l'histoire : c'est d'essayer de se comprendre soi-même et de voir comment on réagit, parce qu'on a tous quelque part, à mon avis, des réflexes racistes qui sont inconscients. Donc, c'est bien de pouvoir déterminer ça et ça ne fait en tout cas pas de mal. Je ne sais pas si c'est nous qui devons être les moteurs principaux de ça, mais en tout cas on ne fait pas de mal" conclut Guillermo Guiz.

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