L'homosexualité est assez bien acceptée en Belgique, "mais il existe une sorte d'intolérance impulsive irraisonnée"

Ce 7 août, deux homosexuels se sont fait agressé à Gand, l'une des victimes a été frappée avec un objet en métal et des insultes homophobes auraient été proférées. L'une des victimes a été frappée avec un objet en métal et des insultes homophobes auraient été proférées. Deux suspects ont été interpellés, ils ont comparu hier devant le juge d'instruction et l'un d'eux, un homme de 23 ans, un voisin des victimes, a été placé sous mandat d'arrêt hier après-midi. Des faits graves qui ont interpellé UNIA, l'organe de lutte contre les discriminations, qui a décidé d'ouvrir un dossier.

"La présomption d'homophobie est là, c'est la raison pour laquelle nous avons ouvert un dossier. On a pris contact d'une part avec le parquet, on va rencontrer les victimes la semaine prochaine, et on a également pris contact avec les associations homosexuelles à Gand, Savaria et Casa Rosa, de manière à pouvoir entrer et vérifier si l'homophobie est véritablement un des mobiles liés à cette agression. La présomption est là parce que des agressions homophobes il y en a malheureusement beaucoup en Belgique, proportionnellement par rapport à d'autres types de phénomènes." explique le directeur d'UNIA, Patrick Charlier, qui était l'invité de Jour Première ce matin.

Qu'encourent les agresseurs si le caractère homophobe de l'agression est reconnu par la justice ?

Il y a eu coups et blessures, donc là il y a des peines de prison, et si le caractère homophobe est reconnu, les peines peuvent être doublées. C'est ce qu'on appelle le mobile abject, la circonstance aggravante. L'idée qu'il y a derrière, c'est que quand un acte est commis, un crime, un délit est commis, si le mobile est l'hostilité et le mépris à l'égard d'une personne homosexuelle — et c'est la même chose pour d'autres critères, pour l'antisémitisme, l'islamophobie, etc. — c'est un crime qui est commis avec un message, c'est-à-dire que ce n'est pas uniquement vous que je veux toucher, mais c'est également tous les autres homosexuels, vous n'allez pas être en paix. Quand Ihsane Jarfi est assassiné, c'est aussi un message à l'ensemble des homosexuels : attention, si nous tuons Ihsane Jarfi, nous pouvons aussi vous tuer vous, homosexuels. C'est la raison pour laquelle le Code pénal prévoit un doublement des peines.

Est-ce que vous constatez une hausse de ce type d'agressions ?

On ouvre en général entre 85 et 100 dossiers liés à l'orientation sexuelle par an. Ça, c'est relativement stable, il n'y a pas d'augmentation ou de diminution par rapport aux dossiers que nous traitons. Ce qui est vrai, c'est que ce qui se passe dans ce qu'on appelle la vie sociale, ce qui se passe dans la rue, entre voisins, dans le cercle familial, dans les transports publics, est une singularité liée à l'homophobie qu'on ne trouve pas par rapport aux autres critères. La singularité de discriminations liées à l'orientation sexuelle, c'est vraiment ce qui se passe dans la vie sociale, c'est le seul critère pour lequel ce phénomène est en tête de manière constante depuis cinq ou dix ans.

C'est-à-dire qu'il y a une différence entre le nombre de cas envers cette communauté et d'autres types de personnes, de références ?

Alors, 10% des dossiers sont des dossiers d'agressions physiques, ce qui proportionnellement est énorme par rapport aux autres types de discriminations, de discours ou de délits de haine. Et donc là, il y a véritablement une acceptation. On a fait une enquête et on montre qu'il y a globalement dans la société belge une acceptation intellectuelle de l'égalité de droit. On n'a pas connu comme en France de mobilisations contre le mariage homosexuel, contre l'adoption possible pour les couples homosexuels, de cet ordre-là, on a été préservé de ce type de débats, de conflits, etc. Par contre, on voit une sorte d'intolérance impulsive irraisonnée. Quand on est confronté dans des transports publics, sur la voie publique, entre voisins, mais parfois aussi dans des cercles familiaux, à l'homosexualité, il y a comme une impulsion qui se traduit par des violences et des violences physiques, pas uniquement des mots, pas uniquement du harcèlement, mais véritablement des coups et des blessures. Je pense que c'est lié à une forme de représentation que l'on a des rôles et de l'identité de genre et ça touche à des choses très intimes, très personnelles, et ça génère cette forme de réaction violente contre laquelle il faut réagir, il faut éduquer, il faut prévenir.

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