L'histoire d'Isala Van Diest, première femme médecin belge

L'histoire belge de Christine Masuy
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L'histoire belge de Christine Masuy - © RTBF

Place à la dernière du quotidien contée par Christine Masuy.

C'est la 100e journée internationale de la femme. Et pour l'occasion, une toute nouvelle pièce de 2 euros a été mise en circulation aujourd'hui. Vous allez sans doute la trouver très bientôt dans vos porte-monnaie.
C'est une pièce à l'effigie de deux femmes, deux Belges: Marie Popelin, qui fut la première femme juriste en Belgique, et  celle dont je vous raconte l'histoire ce soir: Isala Van Diest, la première femme médecin.
A l'époque - Isala Van Diest naît en 1842 - les filles ne vont que très peu à l'école. Dans les milieux populaires parce qu'elles doivent travailler très jeunes. Et dans les familles aisées parce qu'on ne voit pas l'intérêt de faire faire des études à une fille! Tout ce qu'on attend d'elle, c'est qu'elle soit un jour une bonne épouse et une bonne mère On lui apprend les bonnes manières, un peu de piano, un peu de broderie, et ça s'arrête là. C'était d'ailleurs le destin tout tracé d'Isala puisque son père est chirurgien, à Louvain. Famille aisée, bourgeoise mais, Isala veut faire comme son père: elle veut être médecin!

A l'époque, pour faire médecine, il faut d'abord terminer ses humanités complètes, en latin-grec. Le problème, c'est qu'il n'existe pas d'humanités complètes pour les filles. Il n'y a aucun établissement scolaire pour demoiselles au-delà de la troisième. Et de toute façon, dans ces établissement, on n'étudie jamais le latin-grec. Ce sont des cours réservés aux garçons.

Mais les parents d'Isala Van Diest soutiennent leur fille et ils décident de la scolariser en Suisse parce que là-bas, il est possible pour une fille de faire ses humanités complètes en latin-grec. Elle rentre en Belgique avec le diplôme nécessaire pour entrer en Faculté de Médecine. Elle se présente à l'Université de Louvain - puisque sa famille vit à Louvain - mais elle se fait claquer la porte au nez. Il n'est pas question qu'une femme fréquente les auditoires de l'université! On lui dit:
‘Vous voulez soigner les malades? C'est très généreux, Mademoiselle!  Soyez infirmière!’ µ
En sachant qu'à l'époque, pour être infirmière, il faut être religieuse. Et ce n'est pas du tout son projet. Alors, elle retourne en Suisse, à Berne, et c'est finalement là qu'elle fait ses études de médecine.
Quand elle rentre en Belgique, on lui dit que, comme son diplôme est étranger, il ne vaut rien en Belgique.
Petite lueur d'espoir: entre-temps, la loi a changé et permet désormais l'accès de l'université aux femmes. L'ULB accepte d'inscrire Isala Van Diest (même si elle est accueillie par les quolibets de ses homologues masculins) et elle doit donc pratiquement recommencer ses études à Bruxelles. Quand elle aura décroché son deuxième diplôme de médecine, on lui dira que, de toute façon, les femmes n'ont pas accès à la profession! Elle devra attendre un arrêté royal spécial - spécialement conçu pour elle - pour lui permettre d'exercer. Et quand cela arrive finalement, Isala a 42 ans. Et célibataire.
C'est une constante chez les pionnières:  elles sont toujours restées célibataires. Trois raisons à cela. D'abord, elles consacrent tellement de temps et d'énergie à leur combat qu'il n'y plus beaucoup de place pour leur vie privée. Ensuite, se marier et avoir des enfants, à leurs yeux, ce serait rentrer dans le rang. Il n'en est pas question! Et puis, de toutes façons, les prétendants ne se bousculent pas au portillon. Ces pionnières passent pour des folles furieuses et ce n'est pas vraiment le profil d'épouse que cherchent les hommes de l'époque!

Une petite enquête pour voir quelle est aujourd'hui la place des femmes en Faculté de médecine m'a révélé qu'en premier bac médecine, il y a actuellement 60% de filles. Et si vous prenez certaines spécialités comme la gynécologie ou la pédiatrie, il y a même 85% de filles! Evidemment, aucune ne serait là s'il n'y avait eu le combat d'Isala.

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