L'extinction de masse des animaux s'accélère: comment réagir?

L'extinction de masse des animaux s'accélère et il ne reste sans doute plus que 20 ou 30 ans pour juguler cet "anéantissement biologique" qui met en danger "les fondements de la civilisation humaine", alerte une nouvelle étude.

Plus de 30% des espèces de vertébrés sont en déclin, à la fois en termes de population et de répartition géographique, indique cette étude parue dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Les scientifiques alertent sur les conséquences catastrophiques pour la biodiversité et pour l’humanité de cette "défaunation". Que faire ? Comment agir ? Comment réagir ? Edwin Zaccai, philosophe et docteur en sciences de l’environnement, professeur à l’ULB et spécialiste du développement durable, répond à ces questions.

En quoi sommes-nous directement concernés par les résultats alarmants de cette étude ? Autrement dit, pourquoi est-ce que la diminution par exemple impressionnante du nombre de lions africains nous concerne ?

Je pense qu’il faut comprendre que c’est un signe que l’humanité prend trop de place sur la Terre. Elle prend une place excessive, ce qui fait que les autres espèces n’ont plus assez de place. En fait, si vous regardez un certain nombre de mammifères, l’étude montre qu’ils n’ont plus qu’un cinquième de l’espace qu’ils avaient depuis 1990, 40% des espèces des mammifères. C’est la même chose pour toute une série d’autres animaux. L’Homme a remplacé en fait les espèces naturelles par des espèces qu’il contrôle. On mange des espèces d’élevage. En Belgique, il y a des millions par exemple de porcs ou de vaches pour l’élevage, et tout ça c’est au détriment du reste des autres espèces, qui n’avaient pas nécessairement besoin de l’Homme.

C’est clairement l’être humain qui est responsable de cette défaunation ?

Les scientifiques le montrent et, de toute façon, c’est assez évident. L’agriculture qui va transformer toute une série d’espaces en espace cultivé et qui va, à travers aussi des routes, empêcher les animaux de se déplacer correctement, comme ils le faisaient. Ou bien c’est également beaucoup de pesticides qui vont faire que de nombreux insectes vont disparaître. C’est ce que l’Homme recherche, mais ça va faire que beaucoup d’oiseaux vont également disparaître, vont diminuer en nombre. Une des caractéristiques de cette étude, c’est de regarder non pas seulement le nombre d’espèces qui diminue, mais vraiment les individus. Ça confirme d’autres études, par exemple des moineaux, toute sorte d’espèces communes. Les moineaux vont diminuer de 50 % dans les villes d’Europe en 25 ans.

Pourquoi est-ce qu’il faut à tout prix se battre pour éviter l’extinction de certaines espèces ?

Vous avez des espèces emblématiques, comme le lion, qui ont une signification, qui ont un symbole, qui nous montrent que nous ne sommes pas nécessairement et que nous n’avons pas toujours été les rois du monde. Il y a le côté symbolique, le côté affectif, mais il y a aussi le côté de l’équilibre de l’Homme avec son environnement parce que qui dit espèce dit aussi les insectes ou les micro-organismes. Tout ça forme des équilibres qui affectent également notre santé. C’est à la fois pour des raisons peut-être sentimentales, symboliques ou affectives, mais également pour notre propre sécurité.

Parce que la faune rend beaucoup de services à l’être humain ?

Oui, on peut le voir comme ça, la faune et la flore rendent beaucoup de services. La flore et les végétaux nous permettent de nous fournir de la nourriture et puis il y a également toute une série de chaînes alimentaires qui se passent dans la nature et qui, finalement, nous aident aussi. Nous avons été créés au départ, nous sommes petit à petit formés en tant qu’êtres humains dans cet ensemble, et quand cet ensemble est déséquilibré, nous finissons par avoir toute une série de problèmes. On ne peut pas nécessairement les pointer du doigt, mais ces signes-là sont des signes vraiment inquiétants de ce déséquilibre.

" Il ne reste plus que 2 ou 3 décennies pour agir ", c’est l’avertissement des scientifiques qui ont réalisé cette étude. Alors que pouvons-nous faire ? Comment agir ? Quelles sont les politiques à mettre en action, en place de toute urgence ?

Je pense qu’on peut en pointer 2 ou 3. Il faut d’abord se rendre compte qu’une grande partie de la biodiversité se trouve dans les zones tropicales. Il y a toujours aujourd’hui la déforestation pour notamment des cultures, par exemple on parle des palmiers à huile. En Indonésie, la déforestation touche par exemple les orangs-outans et est liée au palmier à huile. Il y a toute une série d’éléments pour le contrôle de cette biodiversité, de cette déforestation dans les forêts tropicales, de l’agriculture dans les forêts tropicales. C’est lié au prix des marchés. Ce qui régule de façon très forte toutes ces pratiques, c’est le fait d’aller vers ce qui coûte le moins cher. Il y a d’autres paramètres, d’autres valeurs à introduire par rapport à ce prix du marché dans l’agriculture. Chez nous également, l’agriculture utilise beaucoup de pesticides et il est possible d’aller vers une agriculture qui respecte davantage l’environnement, qui est une demande à la fois d’une série de consommateurs et d’une série d’agriculteurs. Ce sont des éléments importants à prendre en compte.

Le citoyen peut également agir ?

Le citoyen, oui, à travers sa prise de conscience, comme je le disais, que nous ne sommes pas la seule espèce et qu’il y a d’autres espèces autour de nous. Apprendre à les connaître, apprendre à les observer et également avoir une demande par rapport à certains produits d’agriculture qui ne soit pas toujours l’agriculture la plus économique, mais qui a en fait des effets négatifs sur l’environnement.

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