L'évacuation de la jungle de Calais repoussée suite au recours des associations

L'ultimatum pour le démantèlement de la Jungle à Calais expire ce mardi soir à 20 heures. Mais suite à un recours des associations actives sur place, le démantèlement, qui devait avoir lieu demain, a été reporté. Une juge du tribunal administratif de Lille est venue "visiter" la Jungle ce mardi matin. Elle devait rendre son verdict cet après-midi quant à la demande de suspension du démantèlement du camp de réfugiés. L'AFP vient d'annoncer qu'elle ne prendra pas de décision aujourd'hui, mais probablement mercredi ou jeudi. L'ultimatum fixé par les autorités n'expirera donc pas ce mardi soir comme prévu.

Le Gouvernement français avait annoncé une évacuation progressive de la partie sud de la Jungle de Calais, là où vivent des candidats réfugiés dans l'espoir d'un départ vers le Royaume-Uni. Un millier de personnes vivent dans la Jungle selon les autorités françaises. Mais les associations ont fait leur propre recensement et parlent plutôt de 3500 demandeurs d'asile.

Les associations ont déposé un recours

Les associations sont inquiètes pour ces réfugiés si le démantèlement du camp a bien lieu ce soir. Elles ont donc déposé un recours. La juge du tribunal administratif de Lille s'est rendue sur place ce matin, sa décision était attendue dans l'après-midi. Mais son verdict a été postposé selon l'AFP. Le demantèlement est donc reporté, en attente de la décision de la juge.

François Gemenne, professeur en Sciences Politiques à l’ULG et à Sciences-Po Paris, spécialiste des migrations, était l’invité de Matin première. Il est l'un des 250 signataires opposés à la décision de l’Etat français de raser la moitié de la surface du camp de réfugiés de Calais. Pour lui, l'objectif des autorités françaises est clair.

Le seul but: produire des images de télévision

"Le seul but de cette démolition de la Jungle de Calais, c’est uniquement de produire des images de télévision pour montrer aux Français que le Gouvernement fait semblant de s’occuper du problème sans du tout s’attaquer aux causes réelles. Et donc cette démolition remplit la même fonction matamore  que la construction de murs et de barrières. Il ne s’agit pas du tout de s’attaquer aux causes et aux racines du problème, ni d’essayer de trouver une solution."

Les disperser ne va rien résoudre

Le professeur explique qu'il existe plusieurs alternatives aux réfugiés du camp si le démantèlement a bien lieu: "Les migrants qui se trouvent dans ce qu’on appelle la Jungle, sont dans des situations très différentes. Je pense qu’une partie d’entre eux devraient pouvoir aller en Angleterre et qu’il faut pouvoir trouver une solution diplomatique avec les Britanniques pour accueillir ces personnes. Une autre partie est en situation de demander l’asile en France et donc il faut parvenir, je pense, au cas par cas, à trouver une solution pour chacune de ces personnes."

"Les disperser ne va rien résoudre. Au contraire. Un nouveau camp va évidemment se reformer soit à Grande-Synthe où les conditions sont pires encore, soit ailleurs. On rend le problème invisible ou en tout cas on essaie de le faire."

Craintes d'un petit Calais belge

Mais en Belgique, le Gouverneur de Flandre Occidentale, Carl Decaluwé, a d'autres craintes… Celles qu'une partie des réfugiés vienne en Belgique. Pour Jean Pierre Luxen, Directeur Général de Fedasil, notre pays n'est pas leur priorité.

"Ces candidats à l’asile ne sont pas des candidats à l’asile en Belgique, ce sont des candidats demandeurs d’aller en Angleterre, et donc ils feront tout, notamment éventuellement via Zeebruges pour aller en Angleterre. Ils ne sont pas du tout demandeurs d’être enregistrés en Belgique."

Les autorités ont cependant pris des mesures pour éviter l'établissement d'un "petit Calais". Le Ministre de l'Intérieur Jan Jambon a annoncé un rétablissement des contrôles à la frontière franco-belge. 250 agents supplémentaires ont été déployés sur le terrain.

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