L'Europe ne parvient pas à s'entendre sur les perturbateurs endocriniens

L'Europe ne parvient pas à s'entendre sur les perturbateurs endocriniens
L'Europe ne parvient pas à s'entendre sur les perturbateurs endocriniens - © SISKA GREMMELPREZ - BELGA

Les perturbateurs endocriniens sont au cœur d’une bataille qui se joue entre les institutions européennes. La Commission européenne vient de proposer un projet de directive visant à définir ces substances exogènes. Une étape indispensable afin d’élaborer un classement des perturbateurs potentiellement dangereux pour la santé. Cependant, cette proposition de directive a, une nouvelle fois ce mardi, été bottée en touche par les Etats membres.  

Évidemment, dans pareils cas, plusieurs tendances s’affrontent entre ceux prônant l’interdiction totale des perturbateurs endocriniens et ceux voulant que l’Europe n’interdise que les perturbateurs dont le risque pour l’homme et la femme a été clairement identifié. C’est le nœud du problème, car cette division empêche les Etats membres de se mettre sur la même longueur d’onde. Certains, comme la France, la Suède et le Danemark estiment que cette directive ne va pas assez loin.

Les perturbateurs endocriniens : qu’est que c’est au final ? 

Il s’agit de substances artificielles ou naturelles présentes dans de nombreux produits alimentaires ou de cosmétiques. Des molécules qui agissent sur le système hormonal et qui perturbent, au final, la production d’hormones. Les conséquences peuvent déboucher sur de graves problèmes de santé : le diabète de type 2, l’obésité, les troubles cognitifs, les troubles du système reproducteur ou encore certains types de cancer. "Depuis 20 ans, la communauté scientifique constate une augmentation de ces pathologies et les scientifiques pensent que ces substances pourraient jouer un rôle avec d’autres facteurs de risques liés à notre mode vie comme l’alimentation, la sédentarité", explique Bernard Alfred, professeur de l’unité toxicologique industrielle et de médecine du travail à l’Université catholique de Louvain. 

Néanmoins, même au sein de la communauté scientifique, il existe un débat sur le danger de ces molécules exogènes. "Ce débat se situe entre les risques et le danger réel. On estime qu’il estime près de 800 substances susceptibles d’agir sur le système hormonal de l’homme ou de l’animal. En revanche, ce qui ressort des études épistémologiques c’est qu’un nombre très limité de ces substances - une quarantaine - ont effectivement un lien avec certaines pathologies", précise Bernard Alfred.

Ça discute ferme au Parlement européen

L’absence de législation en la matière au niveau européen interpelle bon nombre d’eurodéputés. Récemment, les Verts européens ont participé à une étude menée par l’association écologiste "Génération-Futures". Plusieurs personnalités se sont soumises à un test permettant d’identifier les perturbateurs endocriniens qui sont présents dans leur corps en analysant une mèche de cheveux. Résultat : les chercheurs ont identifié 51 perturbateurs pour Nicolas Hulot et 68 pour la navigatrice française Isabelle Autissier.

Même si les mèches de cheveux ne sont pas les meilleurs outils pour procéder à ce genre d’analyse, il s’agit d’une nouvelle preuve qu’il faut agir pour Michelle Rivasi, eurodéputé d’Europe Ecologie Les Verts : "On a fait des expériences sur nos cheveux et même nous, écologistes, alors que nous faisons attention à notre alimentation, nous sommes touchés par ce problème".

L’eurodéputé ajoute : C’est très grave ! Il est absolument nécessaire de légiférer, de réglementer pour interdire ces corps nocifs pour notre santé". 

Ce mardi, un groupe d'expert du Conseil européen a reporté pour la 4e fois ce vote sur la définition même de ces perturbateurs endocriniens. Un projet de directive qui promet encore de nombreux combats à l’échelon européen.