L'eurodéputée Pierrette Herzberger-Fofana porte plainte pour avoir été brutalisée par des policiers à Bruxelles

L’eurodéputée Pierrette Herzberger-Fofana (Verts/ALE) a annoncé mercredi en séance plénière du Parlement européen avoir porté plainte pour "des violences policières à tendance raciste" subies selon elle en sortant de la Gare du Nord à Bruxelles, alors qu’elle prenait des photos d’une intervention visant "deux jeunes noirs".

"Violences policières et acte discriminatoire"

"J’ai été victime de violences policières et d’un acte discriminatoire à tendance raciste", a dénoncé l’élue allemande née au Mali, à l’ouverture de la séance plénière.

Mme Herzberger-Fofana sortait mardi de la Gare du Nord à Bruxelles lorsqu’elle a aperçu "neuf policiers harcelant deux jeunes noirs", a-t-elle témoigné.

"C’était une situation pour moi très humiliante"

Alors qu’elle prenait des photos de la scène avec son smartphone, elle affirme que des policiers le lui ont arraché des mains et lui ont demandé de se placer face au mur. "J’ai refusé explique-t-elle au micro de la RTBF. C’est à ce moment-là que quatre policiers m’ont poussée contre le mur, les jambes écartées, les mains en l’air. C’était une situation pour moi très humiliante parce que personne ne veut vivre cela. Et je n’ai rien fait".

"J’ai dit que j’étais députée au Parlement européen, mais ils ne m’ont pas crue. Alors qu’ils avaient en main le laissez-passer du Parlement et mon passeport allemand, ils m’ont demandé ma carte de résidence en Belgique", a poursuivi l’élue.

L’avocat de Pierrette Herzberger-Fofanan, Alexis Deswaef, confirme qu’une plainte a été déposée auprès du procureur du Roi. Elle l’a fait après avoir vécu cette expérience qu’elle qualifie de "traumatisante". "Je porte plainte pour moi mais aussi pour les autres personnes qui sont victimes de ce genre de violences policières et qui n’ont pas la force ou le courage de porter plainte" explique encore la députée européenne à notre micro.

Selon la Police, "elle s’est immiscée dans l’intervention"

Nous avons contacté la zone de Police de Bruxelles-Nord. La responsable de la communication de la zone, Audrey Dereymaeker, explique que "hier après-midi, un contrôle d’identité a été effectué par une équipe de police rue d’Aerschot. Deux personnes ont été contrôlées car elle avait un comportement suspect. Ce contrôle a eu lieu dans le cadre des patrouilles de sécurisation du quartier car une agression violente a encore eu lieu ce week-end dans ce quartier-là".

Audrey Dereymaeker, a aussi donné des détails sur les raisons qui ont poussé les policiers à contrôler Mme Herzberger-Fofana. "Madame a tout à fait le droit de filmer l’intervention. Mais là, elle s’est immiscée dans l’intervention car elle a notamment interpellé les policiers. Et lorsqu’une personne intervient et s’immisce dans une intervention, il est possible de procéder à un contrôle d’identité. En particulier quand la personne tente d’interpeller des badauds et donc de créer elle-même un incident. L’intervention était très tendue et dans ce cas-ci, nous ne sommes pas du tout devant le simple fait de filmer l’intervention". Un PV a été dressé car "les propos tenus par la députée et la manière dont elle s’est adressée aux policiers ont poussé le magistrat à demander aux policiers de dresser un PV pour outrage".

"La couleur de sa peau n’est pas étrangère à ces brutalités"

Le co-président du groupe des Verts/ALE, Philippe Lamberts, a dénoncé l’intervention policière. "Pierrette Herzberger-Fofana n’a commis aucun délit", a-t-il souligné en rappelant la légalité de filmer des interventions policières.

"Je ne peux m’empêcher de penser que la couleur de la peau de Mme Herzberger-Fofana n’est pas étrangère à ces brutalités", a-t-il ajouté. Tout en reconnaissant les difficultés du métier de policier, il a souligné que le monopole de la violence légitime détenu par la police lui imposait "retenue et discernement." Il a exigé "toute la lumière" sur cette intervention et "des sanctions appropriées".

Le président du Parlement, David Sassoli, a invité l’élue allemande à lui préciser les faits afin de demander des éclaircissements aux autorités belges.

Minute de silence

Le témoignage de l’élue noire intervenait avant un débat sur les manifestations antiracistes à la suite de la mort de George Floyd, asphyxié lors d’une intervention policière à Minneapolis (Etats-Unis).

En ouvrant sa séance, le Parlement européen a observé une minute de silence en mémoire de cet Américain devenu un nouveau symbole mondial de la lutte antiraciste.

Dans son intervention, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a une nouvelle fois dénoncé le racisme et toute forme de discrimination, et appelé à en parler "ouvertement et honnêtement". "Nous tolérons le racisme depuis beaucoup trop longtemps", a-t-elle proclamé.

Elle a annoncé que le collège de la Commission discuterait mercredi prochain des questions liées à cette thématique et a promis des actions supplémentaires aux législations et règlements déjà existants.


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